Sun Ship

08 novembre 2018

Stéphane Kerecki Quartet - French Touch

Au premier abord, l'exercice pourrait paraître casse-gueule.
Le contrebassiste Stéphane Kerecki, l'élégance incarnée en matière de contrebasse, convoque son quartet de Nouvelle Vague pour reprendre des grands succès de la French Touch. Entendons French Touch les morceaux de House filtrées des années 90-2000 qui dans la mouvance de Daft Punk ont conquis un bout de la sono mondiale et ravi les comptes en banque des majors, juste avant la débandade.
N'entendons donc pas les succès de boîte de nuit estivale de Guetta et cie, l'EDM n'est pas de mise ; la French Touch, c'était plutôt des Versaillais qui fantasmait le camping.
C'est tout de même très différent.
Donc, voici Kerecki qui adapte Air, Daft Punk, Justice, Phoenix et consorts avec des musiciens qui ont tous plus ou moins approché la musique électronique dans toutes ses formes : Le batteur Fabrice Moreau a travaillé avec Arnaud "Zend Avesta" Rebotini et Emile Parisien s'est illustré récemment avec Jeff Mills. Quant à Jozef Dumoulin, inutile de dire que son Fender Rhodes est depuis longtemps largement nourri aux artefacts électroniques. Un choix judicieux pour le "Sound Architect" Kerecki qui n'avait plus qu'à faire le plus dur : travailler des arrangements à travailler, incarner ces hymnes d'une génération, comme ce "Lisztomania" de Phoenix où la batterie de Moreau se lance dans toutes sortes de directions pendant qu'elle est couverte par les claviers de Dumoulin.
Bref, déconstruire, imaginer, scénariser des musiques avec une conception très éloignées des hymnes précédents. Ceux de la Nouvelle Vague française.
Evidemment, il y a des morceaux plus évidents que d'autres, ou du moins qui se prêtent davantage à l'exercice. Ainsi "Playground Love" de Air, avec sa mélodie identifiable dans l'instant est un thème que contrebasse et soprano s'échange avec une douceur et une fluidité rare. Mais les musiciens de Air sont pétris de rock progressif, de pop atmosphérique et des grands producteurs des années 70. Leur musique très cinématographique appelle ce genre de travail, qui n'est finalement que la quête d'un nouveau répertoire de Standards.
On ne perçoit pas autre chose lorsque la rupture se fait au coeur de "Harder, Better, Faster, Stronger" des Daft Punk. Il s'agit de s'approprier une musique et de la traduire dans le contexte du jazz. Lui oter ses références habituelles pour en faire un morceau où le piano martèle ses basses et où Kerecki et Parisien voguent librement sur le thème pendant que Moreau s'oblige à contourner le pied omniprésent dans la musique originale. C'est idem dans "Genesis" de Justice où le saxophone de Parisien créé une forme d'entropie qui va transporter le morceau ailleurs.
Dans l'univers du quartet.
Je ne sais pas si ça fait ça à chacun, mais lorsque j'écoute longuement et attentivement des machines industrielles, je perçois des harmoniques, j'imagine des sons... C'est un sentiment identique qui aggripe l'auditeur à l'écoute de French Touch, qui est un matériel de base davantage qu'un "hommage", et c'est tant mieux. La voie était étroite et périlleuse, mais Stéphane Kerecki s'en tire de main de maître.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

57-Albi

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07 novembre 2018

Onze heures Onze Orchestra

On ne peut pas reprocher au collectif et label parisien Onze Heures Onze d'enfoncer un clou. D'autant plus si ce rivet est asséné avec ce qu'il faut de syncopes et de rythmiques complexes. Une pulsation impaire, sophistiquée pour laquelle les musiciens proche du mouvement ont pris depuis longtemps fait et cause.
Acteur récent de la scène européenne, le label accueille des musiciens qui ont marqué une tendance lourde du jazz et des musiques improvisées bien en amont de la création de la structure. De Denis Guivarc'h (FADA, Red Quartet...) à Stéphane Payen (Print, The Workshop...) en passant par Olivier Laisney (Benoît Lugué, Magic Malik...), les membres réguliers de Onze Heures Onze intéragissent depuis longtemps dans une galaxie où les noms de Steve Coleman, Aka Moon, Magic Malik et Octurn sont naturellement prononcés.
Une famille, en quelques sorte, qui se retrouve réuni dans un tentet à géométrie variable qui célèbre à l'occasion du Volume 1 du Onze Heures Onze Orchestra (OHOO) une démarche commune en compagnie d'invités naturels dans des morceaux dédiés.
Une fête.
On ne sera pas surpris d'y retrouver Malik, aérien et virevoltant à la flute. Tout de suite, sans autre forme de débat. Spontanément et avec un XP de sa composition, évidemment. « XP31 » lance cette belle mécanique que nous propose OHOO. Les trois saxophonistes, Stéphane Payen, Denis Guivarc'h et Julien Pontvianne qui avec le Aum Grand Ensemble s'essaie déjà au grand orchestre font d'une multitude de tutti un engrenage parfait qui génère toutes sortes de réactions en chaîne, à commencer par l'échange extrêmement complexe entre le vibraphone de Stéphan Caracci (Ping Machine) et la batterie de Thibault Perriard (Slugged, autre groupe de Onze Heures Onze).
Parmi d'autres invités, on trouvera tout aussi logiquement le Frank Vaillant de Benzine venir avec « Raja », morceau très planant où l'on remarque surtout l'omniprésence de Michel Massot au trombone, instigateur du mouvement perpétuel assigné à ce morceau. C'est ce dernier, en compagnie de Vaillant qui arrachera Julien Pontvianne du Rhodes « dumoulinien » d'Alexandre Herer pour faire imploser le ton très contemplatif du morceau.
La présence d'Alban Darche, qui clôt l'album dans un clin d'oeil, est sans doute plus surprenante, encore que « Autoportrait avec Ohana et Albeniz » soit très empreint du style d'Alban dont la performance au baryton est ici remarqué. Une musique très cinématique, référentielle, pugnace et néanmoins très posée où les allusions à la musique écrite occidentale sont légions sans pourtant constituer des citations à part entière.
C'est ce qui va dans le sens du reste de ce premier volume : une musique très expressive, parfois rocailleuse, mouvementée mais pas turbulente qui s'exprime d'abord par une véritable dynamique collective, qu'importe si certaines accélérations ou décélèrement se fait à l'initiative d'un individualité, détachée pour quelques mesures. Une musique très cérébrale aussi, où les références aux figures contemporaines comme Reich et Ligeti sont légions.
Il y a un véritable plaisir pris à l'écoute, plaisir partagé manifestement en studio. Pour s'en convaincre, il suffira d'écouter « Fanfare pour Denis », dédié à Denis Guivarc'h par Stéphane Payen pour s'en convaincre ; la contrebasse de Joachim Govin comme la batterie de Vaillant sont deux filins qui semblent toujours au bord de la rupture mais tiennent fermement une structure complexe de soufflants bringuebalant au gré du vent, toujours en quête de l'équilibre.

On attendait la suite avec gourmandise, et c'est avec raison. Si le premier volume, paru à l'automne faisait la part belle à la puissance de l'orchestre, ce sont les figures contemporaines précédemment citées qui sont à l'honneur dans ce beau second volume où l'on retrouve toujours Magic Malik qui est plus que la statue du commandeur ; on commençait par la « XP 31 », on finit par la « XP32 », comme par pure logique, avec Olivier Laisney et Stéphane Payen en porte-flambeaux, et tout l'orchestre dans une sorte d'orgie gourmande, un peu outrée, presque comme il se doit.
Est-ce que cela entérine une bonne fois pour toute la parole de Malik dans la définition de la musique savante ? Toujours est-il que dans « Densité 11.11 », le vibraphoniste Stefan Carracci nous emmène dans une atmosphère Varésienne particulièrement mouvementée et foisonnante, tout comme l'est « From Crippled Symmetry » qui rend hommage à Terry Riley et à une certaine idée des motifs répétitifs qui sont aussi l'essence de cet orchestre du collectif Onze Heures Onze qui brille tout autant par ses individualités que par son sens remarqué du développement commun d'une esthétique forte et puissante.
On ne peut pas reprocher au collectif et label parisien Onze Heures Onze d'enfoncer un clou. D'autant plus si ce rivet est asséné avec ce qu'il faut de syncopes et de rythmiques complexes. Une pulsation impaire, sophistiquée pour laquelle les musiciens proche du mouvement ont pris depuis longtemps fait et cause. Acteur récent de la scène européenne, le label accueille des musiciens qui ont marqué une tendance lourde du jazz et des musiques improvisées bien en amont de la création de la structure. De Denis Guivarc'h (FADA, Red Quartet...) à Stéphane Payen (Print, The Workshop...) en passant par Olivier Laisney (Benoît Lugué, Magic Malik...), les membres réguliers de Onze Heures Onze intéragissent depuis longtemps dans une galaxie où les noms de Steve Coleman, Aka Moon, Magic Malik et Octurn sont naturellement prononcés.
Une famille, en quelques sorte, qui se retrouve réuni dans un tentet à géométrie variable qui célèbre à l'occasion du Volume 1 du Onze Heures Onze Orchestra (OHOO) une démarche commune en compagnie d'invités naturels dans des morceaux dédiés.
Une fête.
On ne sera pas surpris d'y retrouver Malik, aérien et virevoltant à la flute. Tout de suite, sans autre forme de débat. Spontanément et avec un XP de sa composition, évidemment. « XP31 » lance cette belle mécanique que nous propose OHOO. Les trois saxophonistes, Stéphane Payen, Denis Guivarc'h et Julien Pontvianne qui avec le Aum Grand Ensemble s'essaie déjà au grand orchestre font d'une multitude de tutti un engrenage parfait qui génère toutes sortes de réactions en chaîne, à commencer par l'échange extrêmement complexe entre le vibraphone de Stéphan Caracci (Ping Machine) et la batterie de Thibault Perriard (Slugged, autre groupe de Onze Heures Onze).
Parmi d'autres invités, on trouvera tout aussi logiquement le Frank Vaillant de Benzine venir avec « Raja », morceau très planant où l'on remarque surtout l'omniprésence de Michel Massot au trombone, instigateur du mouvement perpétuel assigné à ce morceau. C'est ce dernier, en compagnie de Vaillant qui arrachera Julien Pontvianne du Rhodes « dumoulinien » d'Alexandre Herer pour faire imploser le ton très contemplatif du morceau.
La présence d'Alban Darche, qui clôt l'album dans un clin d'oeil, est sans doute plus surprenante, encore que « Autoportrait avec Ohana et Albeniz » soit très empreint du style d'Alban dont la performance au baryton est ici remarqué. Une musique très cinématique, référentielle, pugnace et néanmoins très posée où les allusions à la musique écrite occidentale sont légions sans pourtant constituer des citations à part entière.
C'est ce qui va dans le sens du reste de ce premier volume : une musique très expressive, parfois rocailleuse, mouvementée mais pas turbulente qui s'exprime d'abord par une véritable dynamique collective, qu'importe si certaines accélérations ou décélèrement se fait à l'initiative d'un individualité, détachée pour quelques mesures. Une musique très cérébrale aussi, où les références aux figures contemporaines comme Reich et Ligeti sont légions.
Il y a un véritable plaisir pris à l'écoute, plaisir partagé manifestement en studio. Pour s'en convaincre, il suffira d'écouter « Fanfare pour Denis », dédié à Denis Guivarc'h par Stéphane Payen pour s'en convaincre ; la contrebasse de Joachim Govin comme la batterie de Vaillant sont deux filins qui semblent toujours au bord de la rupture mais tiennent fermement une structure complexe de soufflants bringuebalant au gré du vent, toujours en quête de l'équilibre.

29-Laisney

 

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02 novembre 2018

András Párniczky- Bartók Electrified

Avant d'entemer cette chronique d'un disque BMC -ça faisait si longtemps sur ce blog-, quelques remarques préliminaires sur ce Bartók Electrified que nous propose le guitariste hongrois András Párniczky. Il y a en ce mement, et sans raison calendaire, un engouement sur la musique de Bartók qui semble avoir passé un accord avec on ne sait quelle divinité pour ne cesser d'être moderne.
Electrifier Bartók, comme le fait cet orchestre, où l"arranger à sa façon ne créé nul outrage, et c'est une musique qui semble impossible à épuiser. Budapest Music Center est bien placé dans cet usage, mais n'en fait pas une tête de gondole. C'est avant tout, et c'est ça qui est intéressant, un tribut permanent, et surtout la preuve qu'une musique, lorsqu'elle est bien écrite, se retrouve toujours sur ses pieds.
A noter d'ailleurs que les pieds y sont pour beaucoup : ce sont souvent les danses collectées par le maîtres qui sont l'objet d'un travail d'extrapolation, "comme les six danses dans un rythmes dit bulgare" qui ouvre cet album en quartet.
Electrifier Bartók, ce n'est pas spécialement iconoclaste. Comme l'ami Raphaël Benoit le note dans Citizen Jazz, des gens comme Corea s'y étaient déjà collé. Ce qui change ici, et c'est sans doute important, c'est que dans la démarche de Párniczky, il n'y a pas spécialement d'exotisme.
"Major Seconds", tiré de Mikrokosmos est un matériel que Párniczky, dans la plus pure tradition des guitaristes de son pays, n'est pas une lecture note pour note : c'est un motif qui est découpé puis intégré dans un dessein plus grand, à l'image d'un Patchwork. Il en est de même pour "Boasting" : le tárogató de Péter Bede, élève de Dresch ce qui s'entend clairement est celui qui tient le thème, et le fait rouler sur ce qui pourrait ressembler à un Power Trio si l'orchestre décidait de renverser la table. Il y a les forces en présence pour celà, avec István Baló à la batterie et Ernö Hock à la basse.
Simplement l'une des plus belles doublettes rythmiques de Hongrie, notamment dans le Grencsó Kollektiv.
Comme souvent, c'est la contrebasse de Hock qui apporte des oasis de complexité et de poésie dans une démarche qui pourrait ne rechercher uniquement que la puissance. Son jeu est sec, imposant, mais étonnament rond. Dans "Boasting" comme ailleurs, c'est le thermostat de l'orchestre, celui qui va distribuer la parole sans pour autant faire office de leader.
Ca c'est le rôle de Párniczky qui est toujours à l'affut, sur l'influx nerveux, présent comme peut l'être le vent : plus où moins présent, plus ou moins brûlant, mais toujours imprévisible ("Fast Dances").
Adepte du Soundpainting, Párniczky laisse beaucoup de place à ses comparses, mais contrôle toujours parfaitement la situation. Il en résulte une musique tendue mais sans heurts qui rend à Bartók tout son énergie.
Encore un bien beau disque de notre label hongrois préféré !

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

107-Art-déco

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01 novembre 2018

Daniel Studer et Mark Eichenberger - Suspended

Lorsque Daniel Studer et Mark Eichenberger se rencontrent en face à face, c'est par ramification toute la scène improvisée suisse qui se rejoint.
Le premier est contrebassiste, on l'a beaucoup entendu avec son vieux compagnon Peter K. Frey. Le second est un clarinettiste plus proche de la musique contemporaine, habitué des duos, mais qui s'est également illustré dans l'enregistrement multiple ; sur l'étonnant Tuttrieb-Triebtat, il joue de toutes les clarinettes possible, en orchestre solitaire grâce au re-recording. C'est également avec cette technique qu'on l'a entendu aux côtés des Mytha Horns d'Hans Kennel, un orchestre de cor des Alpes.
Rien de tout cela ici. Du naturel et du son brut : souffles, crissement, progressive altération du silence, progression lente, comme une reptation où l'archet amplifie les harmoniques de la clarinette basse sur « Walking Harshly ».
Enregistré dans les studios de la radio SRF, la relation entre les deux improvisateurs prend le temps de s'installer. Sur « Staying Numbly », la contrebasse accueille le sifflement des anches de la clarinette par des attaques sporadiques, qui font claquer le bois sans rompre l'univers microscopique mis en place par Eichenberger, impressionnant de retenue.
On pense à ce que Studer avait enregistré avec Alfred Zimmerlin, une musique qui n'a pas besoin d'être rugueuse pour être accrocheuse et se contente même d'une esthétique spartiate où chaque mouvement est un micro-évènement dans un temps long et pesant.
Parfois pourtant, les tensions cèdent dans ce Suspended tout naturellement publié par HatHut.
Suspendu par le temps, suspendu aux lèvres qui soufflent, suspendu à l'instant à venir qui parfois n'arrive jamais ajoutant à la nervosité... Lorsqu'il y a trop plein, c'est une vague qui déborde, à l'instar de « Gliding Upwards » qui s'épanche davantage.
Mais ce n'est pas le chaos ou le torrent, plutôt un liquide épais et toxique qui se répand et englue tout sur son passage. Si ce disque est intense, c'est pour ce qu'il suggère et ce qu'il transmet à l'auditeur : un délicieux engourdissement où tous les sens sont en éveil.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

88-Fourchette

 

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31 octobre 2018

Me Revoici (et des photos aussi)

Ca y est. Je mets à profit une immobillsation forcée (putain de cheville...) pour mettre à jour ce foutu blog. Pleins de papiers anciens sont arrivés (balladez-vous depuis cet été...) et surtout, je suis à jour de mes photos de concert...

 

C'est reparti ?

 

23-Marie-Violaine

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30 octobre 2018

David Chevallier & Valentin Ceccaldi - Zèbres

Il existe, paraît-il, une histoire africaine, sorte de dahu de la savane, qui consiste à demander à l'invité de passage si les zèbres sont noirs à raies blanches ou bien blancs à raies noirs. Et c'est une question légitime pour définir les ci-devant zèbres, David Chevallier et Valentin Ceccaldi, qui nous invitent à leur première rencontre rayées de cordes : est-ce un violoncelle marbré de guitare ou bien l'inverse ?
Nulle certitude d'avoir la réponse. Dans « Noir » qui ouvre l'album, les phrases itératives de Chevallier font vaciller un archet aux aguets. Mais dans « Irno » comme un miroir déformant, c'est le violoncelle qui cerne voire submerge une guitare devenue plus bagarreuse avant de fondre comme au soleil. Ce serait oublier que le zèbre, avant de se soucier de ses questions de robe est un puissant animal sauvage, farouche mais collectif, un état d'esprit qui semble bien correspondre à la rencontre de ces improvisateurs.
On pourra être surpris de voir David Chevallier revenir à la musique improvisée radicale, aux compositions instantanées, à la relation duale avec un musicien du Tricollectif qui aime cultiver sa propre liberté.
Ce serait bien mal le connaître
Cette liberté, Valentin en disposait déjà dans Marcel et Solange. On la retrouve dans « Blanc », long morceau central où l'on se calfeutre dans un silence à peine troublé par le bourdon du violoncelle. Ambiance brumeuse, propice au rêve qui convient également parfaitement à son compagnon, d'autant que des relais sont passés, imperceptibles, pour délivrer sa propre vision de l'instant. Au centre du morceau, c'est Ceccaldi qui fascine avec un pizzicati d'une grande pureté qui s'altère peu à peu. Plus loin, c'est une guitare pleine d'écho qui fait tanguer l'édifice.
On est loin ici des reprises de Björk avec des instruments baroques ou des revisites des standards avec un beau trio. Mais l'on reste cependant, à force d'impromptus comme « Ncbla », dans une approche contemporaine très réfléchie qui induit une nécessaire écoute profonde.
Ce n'est pas la première fois qu'on retrouve le violoncelliste dans une telle atmosphère. On se souviendra par exemple de Durio Zibethinus où chaque centimètre de l'instrument était une surface sensible susceptible de faire voyager.
Les paysages sonores visités par le duo sont bigarrés et vivants, même s'ils évoquent parfois l'aridité du désert où les plages monochromes (« Lancb »). Comme l'animal qu'ils incarnent, Ceccaldi et Chevallier sont fougueux et contrastés. Leur rencontre dans la banlieue nantaise réuni deux générations et autant d'approches et d'histoire qui trouve aisément un terrain d'entente. Le résultat est parfois rugueux, mais toujours un respect mutuel qui nourrit tout un album qui sort presque naturellement sur le label Ayler Records qui suit la carrière de Valentin depuis très longtemps déjà.
Le ton aventureux et sans concession est un moteur idéal pour faire galoper l'équidé rayé. « L'ombre du zèbre n'a pas de rayures », René Char est cité à l'intérieur de la pochette. De cette émulsion musicale, on ne saurait faire meilleure critique...

11-Le-Sonart

29 octobre 2018

Renou / Donarier / Lemêtre - Adieu mes très belles

Adieu mes très belles, le titre du nouvel album Matthieu Donarier avec sa partenaire de jeu au jardin d'enfant est déroutant. Il évoque le départ, la rupture, la tristesse alors que ce qui se joue dans cet album paru chez Yolk c'est au contraire une survivance, un espoir, une transmission.
Non que le texte de Gilles Binchois qui porte ce nom soit spécialement joyeux : il est question d'amour courtois de douleur et de perte dans la plus pure tradition des ritournelles du XVe siècle, à l'époque des Dufay et des Josquin. C'est ce matériel là que Donarier et renoue utilise, avec un certain délice. A leur côté, le percussionniste Sylvain Lemêtre apporte une percutterie très cristalline qui favorise le minéral au végétal et s'harmonise à merveille avec la haute tessiture de Renou dont on n'a plus à prouver la technique. C'est souvent étrange, d'autant que le clarinettiste travaille de petites cellules, parfois réduites au simple slap qui s'ajoute de fait au champ des percussions.
Il y a de l'éther, est-ce vers Cythère ? On croirait bien que cet équipage y fait voile.
On pense qu'on y accoste dans le magnifique "Ohimé", un des quelques morceaux composés collectivement qui peuplent le disque. Les frappes de Lemêtre, qu'on avait tant apprécié dans le Spring Roll de Sylvaine Hélary, sont comme des rochers bousculés par les vagues ; au loin une cloche tinte dans le vent et les craquements de la clarinette contrebasse. Si ce n'est pas Cythère, c'est un autre pays magique où s'égayent "Toutes mes joies", une autre oeuvre de Gilles Binchois où Poline Renou fait corps avec un souffle tenu de clarinettes.
On pourrait y voir de la tristesse, mais c'est une de ces mélancolies poétiques douillettes dans lesquelles on aime se complaire. La force du trio, c'est d'arriver à leur donner corps, à les barder de ouates, à faire de chaque son une émotion supplémentaire, hors du temps et donc farouchement moderne.
Car c'est ce qui frappe à l'écoute de "Heu me Domine", un chant portugais de Vicente Lusitano de 1550. C'est qu'à travers le plain-chant, l'unité de Donarier, plus sobre que jamais avec Poline Renou, il y a une intemporalité troublante. C'est dans l'approche de la chanteuse principalement, qui ne recherche pas la pureté et la laisse davantage à Sylvain Lemêtre : C'est "L'icône tout à coup sourit" qui le révèle, comme sortie des limbes, revenue des morts, descendue du Paradis.
Et prête à nous dire de repartir avec elle.
Le répertoire choisi par Donarier, Renou et Lemêtre n'est pas le plus usité dans nos musiques. C'est peut-être dommage, car il est source de liberté. Créé en 2015 au Petit Faucheux de Tours, Adieu mes très belles est un beau projet qui mérite de se laisser guider et gagné par les belles couleurs proposées. On rêverai également de l'entendre avec un beau consort de musique ancienne, juste pour qu'il prenne encore davantage de relief.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

07-La-Plage-désaturée

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04 octobre 2018

Fabrice Martinez Chut! - Rebirth Reverse

Quand un musicien coloriste change ses palettes, abandonne quelques teintes favorites voire les remet en question, est-ce un changement de style, ou une simple variation ?
Question complexe, qui nourrira sans doutes toutes les rencontres chargées en mauvaise foi et autres psychotropes de tous les amateurs de musique autour des barbecues estivaux. Fabrice Martinez se moque un peu des débats sans fins, lui tient sa réponse. Son Rebirth Reverse, revisite avec une certaine délicatesse son précédent album, sorti en 2016, déjà sur le label ONJRecords.
La formule est la même pourtant, on retrouve d'ailleurs l'électricité vaillante de "Rebirth" au milieu du disque, avec le clavier de Fred Escoffier, complice de toujours. Mais le disque, pensé pour le vinyl (on a d'ailleurs une sensation très nette de faces, avec des narrations différenciées) est friand d'espace et de chaleur.
C'est là sans doute que la musique évolue et que la couleur se mordore. "Prune Reverse", par exemple, petit bijou tout acoustique où Escoffier se fait liant dans un exercice presque soliste où la main gauche semble juste effleurer le sol est d'une quiétude rare. Lorsque Martinez vient se poser, Eric Echampard vient proposer toutes sortes de camaïeux, et c'est une ambiance de canicule qui s'installe et perdure dans "Au cendres Reverse".
Chut! est de retour, peut-être qu'enregistré dans cette chapelle de Meudon, le nom du quartet complété par Bruno Chevillon prend encore une toute autre signification : pas forcément aux franges du silence, "Smity Reverse" et l'échappée belle de la contrebasse en témoigne, mais dans une forme de mezzo-vocce qui ne s'affranchit de la puissance, transformée ici en un certain lyrisme.
Le double album vinyle qui offre dans une forme de mélange très intéressant l'ancien album et le nouveau donne une sorte de mouvement perpétuel. Celà aurait pu ressembler à une forme de non-choix, mais c'est en réalité absolument cohérent.
Ce qui frappe également, c'est à quel point Martinez est à l'aise dans toutes les formes présentées. Dans "Smity", sorte de miroir de son cousin "Smity Reverse", il joue avec une reverb qui disparaît dans la nouvelle lecture. Il y a une sensation de fraternité, mais avec des différences notables, comme si on avait monté le même appareil avec deux schémas radicalement différents.
Durant ce magnifique ONJ qu'a été la mandature Benoit, Fabrice Martinez s'est révélé être l'un des musiciens les plus inventifs de l'orchestre, et de toute façon les plus en vue en dehors de l'orchestre. Ce Rebirth Reverse se révèle être un trè beau témoignage de cette période.
Indispensable.

 

07-Martinez

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26 septembre 2018

Loustalot / Chesnel / Chiffoleau / Marguet - Old and New Songs

Lorsque quatre mélodistes se rencontrent, pour un quartet classique mais d'une incontestable élégance, il y a peu de chance d'être déçu.
Saisir le disque qui regroupe le trompettiste Yann Loustalot et le pianiste François Chesnel dans une ambiance proche de Verona, c'est l'assurance de passer un moment de douceur et de chaleur sans cependant céder à la facilité.
"File la laine", où la trompette très ronde de Loustalot rencontre la contrebasse claire et précise de Fred Chiffoleau en témoigne, d'autant que Christophe Marguet clôt le carré avec son éternelle invention coloriste, toujours à l'affut du moindre interstice pour y trouver une trouvaille rythmique où un frottement à propos.
Et puis il y a le titre, référentiel en Diable : Old and New Songs comme il y eût des Old and New Dream en quartet aussi avec Don Cherry et Charlie Haden. Ici, le saxophone est supplanté par le piano, qui joue souvent un rôle d'ouverture des possibles, notamment dans le très beau et énergique "La Romanella", un traditionnel italien où le toucher se fait solide et plutôt tranchant, un alliage galvanisé avec la contrebasse et la batterie, qui joue de ses cymbales avec malice.
S"il y a quelques parenté à tirer des deux quartet, c'est une certaine douceur dénuée de distance qui embrasse le monde avec une forme de candeur. Il y a clairement une volonté d'explorer un "song book" qui soit tout sauf américain et qui se promène d'Europe en Asie, non sans une certaine légèreté.
Ce n'est pas une Ici, c'est avec des chants traditionnels de tous pays, du joli et envoutant "Une jeune fillette" en passant par "Oshima Anko Bushi", entrepris par Chesnel avec un goût certain pour les silences.
Visiter le monde en un disque, sur des airs patrimoniaux, voici le désir de Marguet et ses amis. Loustalot est souvent en éclaireur, saisissant le thème pour mieux laisser à ses comparses toutes sortes d'enluminures.
Ainsi  sur "Kristallen Den Fina", ritournelle norvégienne, le soufflant est une colonne vertébtrable qui permet aux balais du batteur et à la main droite de Chesnel de travailler le détail, copeau par copeau. Une statuette parfois un peu naïve et pleine de belles couleurs qui peut même parfois prendre des formes plus abstraites sur des partitions plus complexes comme le très courtois "La Belle va au jardin d'Amour", repris en son temps par Odeia, sans doute le morceau le plus intéressant de cet album sur le label Le Bruit Chic, qui édite les disques de Yann Loustalot depuis de nombreuses années.
Une jolie ballade, sans volonté d'autre chose que d'éclairer un chemin printanier et agréable.

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54-Vikajarvi

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07 septembre 2018

Bronxtet - Eli's velvet eyes

Le pianiste François de Larrard est de ces artistes dont le nom rime avec son qualificatif le plus juste. Larrard est rare, c'est un fait, et c'est bien pourquoi nous sommes heureux de le retrouver au sein de son quartet Bronxtet, dans un exercice moins introspectif que son magnifique solo Zoo, sorti sur Yolk, il y a plus de 8 ans. Avec lui, trois autres musiciens peu connus, mais qui s'approprient avec simplicité et enthousiasmes les compositions du pianiste, au jeu toujours délié.
François de Larrard est un excellent mélodiste ; comme avec Zoo, ses morceaux racontent des histoires, avec parfois une pointe d'ironie qui rayonne autour du ténor de Julien Couvrechef, souvent le musicien qui vient donner la pointe d'énergie suffisante pour que la machine se mette en route.
Ainsi "Tony Truand", tout en swing rutilant est une sorte de crayonné de nuit agité dans un film noir, avec la contrebasse bravache de Jean-Paul Gouttenoire qui vient tenter de battre à la course la main gauche intenable du pianiste. Il en sera de même plus loin avec "Coupez portables" et les ostinato comme les ruptures rythmiques intempestives qui viennent chatouiller la créativité des musiciens sans chercher à tomber dans l'exercice de style.
Rien de révolutionnaire là-dedans, Bronxtet aime les atmosphères urbaines, éclairées de néons et souvent trépidantes, à l'image de "Neuvaine" où le piano sous la main droite de Larrard accélère une course que la batterie de Laurent Pancot accompagne comme à bout de souffle.
Cela tranche avec la douceur pleine d'amour de "Eli's Velvet Eyes", du nom de l'album qui montre un beau portrait d'une bambine au regard intense. Il y a de l'amour dans cette musique caressante qui ne fait jamais l'erreur de tomber dans une joliesse excessive. Comme une peinture dont Larrard est féru, il y a diverses couches qui s'harmonisent voire tranchent entre elles pour donner un maximum de contraste et de relief.
C'est toujours harmonieux et lumineux, à l'instar de "For Bronxtet Only", qui décline en quatre parties inégales où la vision de l'orchestre est défendu comme on présente une argumentation en concours d'éloquence, en privilégiant une thèse mais en n'écartant jamais totalement les autres. Ce qui n'étonnera pas lorsqu'on sait qu'il est par ailleurs chercheur dans le domaine scientifique !
Rien de révolutionnaire, donc, mais un grand plaisir partagé pour une ballade légère et bien balisée qui brille par sa grande fraîcheur. Celle des regards d'enfant.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

01-Parée

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