Sun Ship

02 août 2018

Curran - Schiaffini - Neto - Armaroli - The Alvin Curran Fakebook, The Biella Sessions

Alvin Curran est un légende plus ou moins méconnue.
Et pourtant, c'est un musicien majeur, créateur insatiable et formidable passeur dont la plupart des collaborations sont proprement étourdissante. Né à l'Ouest des Etats-Unis, attaché à l'Italie depuis le début des années 70, Curran est avant tout connu pour la création de Musica Elletronica Viva (MEV), une des formation d'avant-garde les plus prolixes dans l'appréhension des musiques électroniques, en collaboration avec Richard Teitelbaum (qui a de fortes connexions avec Braxton) et Frédéric Rzewski. Mais aussi Steve Lacy, George Lewis, Evan Parker pour la musique improvisée estampillée plus proche du Free Jazz ou encore Luc Ferrari ou le Rova Saxophone Quartet dans un registre plus contemporain.
Alvin Curran joue des claviers, mais on le retrouve également au schofar, cette trompe au son de bugle qui est sacrée dans la liturgie juive. On le retrouve également en charge de toutes sortes de dispositifs électroniques, comme générateur de son ou comme architecte en direct de la masse orchestrale.
Dans le présent Alvin Curran Fakebook - The Biella Sessions, on peut l'entendre notamment charrier des sons vintage ("Max'd Out") pendant qu'Alpio Carvalho Neto crie avec une sorte d'agitation intense dans un saxophone qui tenterait de maîtriser sa colère. Les interactions sont rares, il y a beaucoup de frottements, mais l'on remarque lorsqu'on y prète attention qu'il y a en arrière plan tout une texture rythmique complexe qui ordonne le propos qui n'a rien d'un chaos. C'est spontané, à l'évidence, mais dûment discuté entre les intervenants et doué d'une grande écoute collective.
On ne peut pas résumer plus simplement le propos de ce double album enregistré pour le formidable label italien Dodicilune qui sort toujours des disques surprenants, qui peuvent aller du jazz le plus sirupeux avec chanteuse au oeuvres radicales comme celle-ci où Curran s'entourent de musiciens sans concessions, comme le formidable tromboniste Giancarlo Schiaffini, figure de l'Instabile Orchestra qui apporte ici une sorte de tension permanente, mais avec une tranquillité désarmante. Prenons exemple sur cette "Séquence 1", où l'ensemble de l'orchestre (ajoutons l'excellent Sergio Armaroli au vibraphone) tente de déconstruire un jeu de coulisse fluide et précis dont Schiaffini ne déroge jamais.
C'est d'ailleurs la clé de ces cinq séquences, les plus douces de ce double disque, où le trombone est un pilier ("Séquence 3"). Le Fakebook de Curran est au départ un livre de partition autobiographique empli de souvenirs à jouer, comme d'autres ont des albums à colorier. Courtes saynètes, rarement miniatures mais toujours pleines d'abstraction, The Biella Sessions en l'occasion d'en jouer des morceaux choisis, parfois assez concertant malgré les choix aléatoires ("A Room in Rome").
C'est dans le second disque, où se trouve le long "The Answer Is..." que les choses prennent une tournure différente, très proche de la musique contemporaine avec moult collages, répétitions entêtantes et ruptures irrégulières. Il y a quelque chose d'assez fascinant de se pencher dans l'univers d'un monsieur né en 1938 qui balance des samples de rappers plus ou moins montés à l'enverspour donner à la musique un vigoureux coup de fouet. 
Une réussite.

01-Errance Bray

Posté par Franpi à 22:42 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,


30 juillet 2018

Matthieu Donarier & Santiago Quintans - Sun Dome

Il arrive parfois que l'on est des images mentales qui apparaissent lorsqu'on écoute un disque, a fortiori quand celui-ci est abstrait et très personnel. Sun Dome de Matthieu Donarier en duo avec le guitariste Santiago Quintans est de ceux-ci. Le disque contient peu d'infos, juste les photos des deux protagonistes et un soleil dardant stylisé sur la pochette.
Et pourtant, l'image est omniprésente, avec ce qu'il faut de persistance rétinienne lié à la lumière puissante et environnante.
Une chaleur à faire fondre le métal qui s'instille dans le drone inéluctable de "Kinda Haka", avec cette guitare réduite à quelques bribes et un ténor qui cherche à s'accrocher au moindre interstice. Une chaleur tout ce qu'il y a d'inquiétante car elle n'a rien de chaleureuse ; elle est destructrice. Mais sans violence, à la manière du soleil, à petit feu.
Tant pis si ce feu est digne de l'enfer. Il dissolvera à petit feu la cohésion du duo, qui ne se délite pas pour autant, mais qui plutôt fusionne, dans une sorte de lave bouillonnante mais jamais explosive, à l'image de "Getty Lee", véritable agrégation des timbres qui s'engagent dans un jeu de masque, se complètent voire se nourrissent. Se coagulent en quelque sorte.
Une vision très douce d'une certaine forme d'apocalypse, qui cuit comme une fin du monde de Ballard, avec ce qu'il faut d'improvisation collective, sans heurt, avec une magnifique architecture du chaos, comme on le perçoit dans "Lucid Red" où si l'on souhaitait aller vers l'oxymore, on pourrait parler de silence assourdissant.
Quintans est une découverte, et il faut s'intéresser promptement à ce musicien, qui joue par ailleurs en quintet avec Donarier. Sa guitare n'est pas un fusil, c'est plutôt un propagateur d'ondes. Un blast atomique, invisible et redoutable. Car c'est bien à ceci que l'on songe tout au long de l'album. à une sorte d'apocalypse post-nucléaire, avec ce qu'il faut de radiations.
Un rôle que les improvisateurs endossent avec une visible gourmandise.
En revanche, on connaît bien ici Matthieu Donarier, qui intervient dans de nombreux contextes avec beaucoup de talent, mais ce qu'il montre avec Quintans est quelque chose de plus personnel, sans filet. On songera à son duo avec Albert Van Veenendal, également sur le label Clean Feed.
Une sensation d'infiniment petit, d'économie des mouvements qui alimentent de grands desseins, à l'instar de "Warm Fog", véritable manifestation de l'invisible qui clôt un bel album, parfois inquiétant mais très riche.

Et une photo qui n'a strictement rien a voir...

25110333

Posté par Franpi à 22:22 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

28 juillet 2018

Escape Lane - Enregistrement Public à Port Louis

Il y a des libertés qui s'imposent d'elles-même sans être réclamées, sans être serinées. Elles sont libres parce qu'elles sont légères, qu'elles savent prendre la tangente. Elle sont libres parce qu'elle le savent, parce qu'elle ont su prendre conscience et mesure de leur statut et de leur but.
Cette liberté là est chère, mais elle est aussi diablement calme et douce, ce qui confère encore davantage de stature, comme ces traits assurés de la contrebasse de Joachim Florent (Radiation 10, OURS) qui à lui seul incarne le titre du quartet. Escape Lane, Ligne de Fuite... Un moyen assuré de tout mettre en perspective.
Le quartet Escape Lane est né dans les voyages intercontinentaux de The Bridge. C'est l'un de ceux qui poursuivent l'aventure dans la durée, puisque leur première prestation date de 2014. Il faut dire que les deux américains de Chicago et les deux français ont tout pour jouer ensemble. Et notamment un goût pour le temps long, le développement acharné mais posé de toutes sortes d'argumentaires et un sens développé de la responsabilité collective.
Le Français qui accompagne Joachim Florent esr le percussionniste Denis Fournier, aperçu il y a peu avec un autre américain. A eux deux, il tiennent une base rythmique irréfragable mais pleine de détails, de petites anfranctuosités qui font comme autant de petites bulles. Fournier est vraiment un formidable batteur, qui aime les défis transatlantiques et se trouve ici dans son élément.
Il en faut pour dérouler deux morceaux -deux faces d'un Vinyl- sans tomber dans la monotonie lorsqu'il n'y a pas nécessairement de pic ou de climax. Grâce au talent de mélodistes des hexagonaux, qui tiennent en haleine et en mouvement cette Escape Lane, il n'y a pas un moment où l'ennui guette.
Il faut dire qu'en face, le guitariste Jeff Parker et l'étonnant trompettiste Ben Lamar Gay. Le premier aime les ambiances souterraines, qui se confondent souvent avec la basse, conférant à cet album une sensation d'infiniment petit qui se déploit aussi lentement qu'inexorablement. Quant à Lamar Gay, c'est la grosse découverte de cet album. Il pratique beaucoup l'électronique en surplus de sa trompette qui ne prend pas la lumière des cuivres comme d'autres à cet instrument. Pourtant, il brille, mais à petites touches et sans rompre totalement la noirceur.
Ce n'est ni de la mélancolie ni une forme de rupture que cette pénombre. Au contraire c'est une nuit chaude, voire moite qui prend aux tripes.
Il y a une belle alchimie dans ce disque capté live, qui illustre la belle cohésion de cet orchestre.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

Cahuzac

Posté par Franpi à 19:13 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

21 juillet 2018

La Baronne Bleue

Ici, on aime bien Chloé Cailleton, c'est ainsi et c'est comme ça.
Elle fait partie de ces musiciennes de traverse qui peuvent un jour chanter avec Jean-Louis Longnon et le lendemain avec Alban Darche, en passant, pourquoi pas, à l'étude des oiseaux migrateurs avec le Vanneau Huppé. Sens du rythme rare, voix très douce même quand elle hausse le ton, la choletaise est une musicienne qui s'est fait rare sur la production discographique, occupé notamment par des projets plus théatraux, mais qui revient en force depuis quelques mois, et on ne s'en plaindra pas.
La Baronne Bleue (est-ce elle qui hulule en rital, en compagnie du flûtiste Pascal Vandenbulcke sur le magnifique "Il Gatto" ?) est un projet ancien, né à Nantes comme il se doit en 2013, qui connaît son premier disque avec le collectif Spatule, dont tous les musiciens sont membres, à commencer par le guitariste Fabien Ewenczyk dont le travail premier est de mettre en valeur la voix de Chloé Cailleton...
Considérons qu'il y arrive à merveille.
Ainsi, sur "Bourrasque", après qu'il eut fait parler la poudre ici ou là, c'est lui qui lance la belle mécanique réglée par le batteur Gabor Turi. La chanteuse scate, joue avec les sons, fait quelques pas de deux avec le violoncelle de Stéphane Oster et repart de plus belle. Elle est là la Bourrasque, à la fois rudoyante, mais aussi rafraîchissante et fripponne.
Prudence, prend garde à ton jupon.
Sur le format chanson, délimité par le temps mais pas corseté par la forme, la Baronne Bleue peut s'amuser tant qu'elle veut à bousculer les auditeurs et à sauter à cloche-pied d'une atmosphère à l'autre. Ainsi, après "Bourrasque", c'est "Valse en Troc", chanson aux accents d'abord réaliste mais qui s'évapore peu à peu où le violoncelle marque les temps tout en prédisant la fugue, à moins que ce ne soit la fuite, toujours avec ce qu'il faut de liberté.
L'album, assez court, se boucle à la fin comme il a commencé, par une sorte de folklore imaginaire, plus suggéré que revendiqué mais qui cherche (à la Spatule, sans doute !) à accrocher ses racines dans un terreau commun. C'est le but du "Ptit Bourdon" qui clôt l'album dans un rire, mais c'est aussi le cas des deux premier morceaux, ces deux "Folkish You" intenses qui permettent aux musiciens de faire ce qu'il font le mieux, et avec le plus d'enthousiasme : s'amuser chaleureusement. Comment pourrions nous résister à ne pas accompagner la baronne ?

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

03-Ronds

Posté par Franpi à 23:11 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

20 juillet 2018

Onze ans

Il y a un an, c'était le compte rond, et cette année, ce fut le désert. Ce sera difficile de dire le contraire, ce blog, fort de ses 132 mois, est en sommeil. Il peine à se réveiller. La faute à beaucoup de chose : le manque de photos (surtout), le manque de temps, la sensation de spirale qui fait que quatre mois se passe et qu'on a l'impression qu'il n'y a qu'une semaine...
40 articles en un an ! 7 en six mois... Il est temps que ça change...

Ca tombe bien, je prends ici une déscision : Je me forcerai à reprendre la barque, et peut-être à ne pas mettre à chaque fois des photos qui n'ont strictement rien à voir... C'est dommage, mais j'ai moins le temps pour ça. Aussi, dans les jours prochains, ne vous étonnez pas si les affaires reprennent mais qu'il y a moins d'image.
C'est aussi pour cela que j'ai fait paraître aujourd'hui Une article sur le Cliffort Thornton Memorial Quartet, enregistré il y a un an jour pour jour. Il y a un besoin d'envie, pour remettre le starter (et de temps aussi)

Et une photo, quand même, qui n'a strictement rien à voir...

najac

Posté par Franpi à 22:05 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags : , , , ,


McPhee/Lazro / Foussat / Sato - Sweet Oranges

La filiation est chose importante, et elle se manifeste à tout âge, mais elle se révère souvent lorsque le temps passe. Joe McPhee approche des 80 ans, et c'est sans doute l'occasion d'aller à la recherche des origines, de fouiller dans les rhizomes du passé pour regarder dans le rétro... Même si le multisoufflant n'a pas fini de nous étonner. On se souvient encore, il y a peu, de son magnfique album avec Rodrigo Amado.
Pour McPhee, sa filiation, sa pierre de rosette, c'est Clifford Thornton. Pourtant, la différence d'âge n'est pas énorme (Thornton est né en 1936) mais la déférence est sensible. C'est d'ailleurs au trombone à piston que le natif de New-York rend hommage à Philadelphie) avec une chaleur évidente dans le long "Sweet Oranges" qui donne son nom à l'album et se mêle joyeusement aux râles électroniques de Jean-Marc Foussat. Y naît, même, parfois, lorsque le son prenant, profond, presque montant comme un brouillard le laisse percer tour à tour avec Daunik Lazro.
Lazro est flamboyant dans ce concert enregistré pour le label NotTwo dans le festival allemand Konfrontationen de Nickelsdorf. Le thème est bien choisi, il y a effectivement confrontation entre les deux soufflant : une force intense de McPhee, bien appuyée par la batterie insatiable de Makoto Sato, et un heurt, une saccade, une pulsation qui s'attache au ténor de Lazro. Son jeu est comme une faille tectonique qui libère la lave électronique de Foussat qui démontre encore une fois son habileté à se fondre dans des cimats qui ne sont pas les siens, a priori, mais dans lesquels il se sait en parfaite liberté.
Les failles qui naissent du mouvement libère d'autre choses, parfois simultanées. Le cri, magnifique, de McPhee fait naître un blues primal, absolument brute, qui transporte le Clifford Thornton Memorial Quartet dans d'autres atmosphère, soudainement plus calme, voire taiseuses. Seul le drumming de Sato, d'une finesse rare, reste comme une transition où une persistence.
C'est la magie des oranges confites, chères à Thornton ("Sweet Oranges" est l'un de ses titres), d'abord une explosion de sucre, et une pointe d'amertume bienvenue où les deux soufflants font voix commune, sans rien perdre d'une certaine rudesse.
En quarante-cinq minutes, c'est une courbe ovoïde qui se présente devant nous. On revient souvent au point de départ, mais avec la sensation d'une révolution qui n'aurait rien de copernicienne. Dans le dernier quart d'heure du morceau, l'alto de McPhee, tout plein de scories, craque à l'unison avec les pierrailles chariées par Foussat.
"Encore", qui clôt l'album dans un "bis" est un concentré de tout ce qui précède, comme un jus de Sweet Oranges pressées, où une huile essentielle.
Un très bel hommage.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir

IMG_7507

Posté par Franpi à 19:12 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

19 juillet 2018

Cloudmakers Five - Travelling Pulse

Revoici les marchands de rêves, et cette fois-ci, ils ont quitté les rivages de la Manche.
Depuis des années qu'on nous amuse avec le renouveau de la scène jazz anglaise, avec les jazzeux poseurs et électriques qui sont juste bon à alimenter les clichés de la pop-qui-joue-au-jazz, on en oublierait presque qu'il existe une scène digne de ce nom, largement tournée vers l'Europe (c'est vaste l'Atlantique, et il ne faut pas s'y noyer...).
C'est notamment le cas d'une certaine catégorie de musiciens qui se sont réunis autour de Whirlwind Records, le label du bassiste Michael Janish, que l'on entend ici, et qui fait d'ailleurs montre, dans un rôle de capitaine de route, d'un calme qui pourrait passer pour de la discrétion, s'il n'arrivait pas à contenir les bourrasques de son camarade batteur Dave Smith, particulièrement en vue dans "The Past is Another Country", long morceau introductif qui semble sonder les racines de Cloudmakers, l'orchestre du vibraphoniste Jim Hart : jazz-rock bien digéré et surtout pas resservi tiède, un certain regard progressif qui ne se perd pas en route et pas mal de choix harmonique qui témoignent d'une culture classique assez solide. On le retrouvera aussi dans le solo roboratif de "The Road", lâchant la meute d'un réjouissant quintet international.
Les Cloudmakers, tel que nous les avions entendu sur un live de l'AJMI étaient un trio et offraient pas mal d'énergie. Les voici devenu cinq, avec le multianchiste français Antonin-Tri Hoang et le guitariste allemand Hannes Riepler. Une bouffée de nouveauté qui ne change rien à la jeunesse et offre peut être même un peu plus de densité et d'incarnation à un orchestre qui sort ainsi de ses atmosphères nébuleuses pour toucher terre et trouver l'apesanteur
Pourquoi "Marchands de rêve" ? Les cloudmakers font des nuages, semble-t-il.... Et ces nuages étaient toujours pleins de pas mal de fumées alcalines, parfois opiacées, toujours psychotropes. Il n'était pas question de psychédélisme, mais d'onirisme. Il y avait un peu à l'écoute du disque comme une réaction chimique du bonhomme en collage 
Ici avec ces deux lames supplémentaires, l'orchestre a beaucoup plus de ressources, et surtout le vibraphone de Jim Hart se libère de toutes les tâches dont il était lesté. Il laisse beaucoup de place à Hoang qui offre une vision plus heurtée. Pas forcément cauchemardesque, mais là aussi avec plus de relief. Hannes Riepler n'est pas en reste non plus dans la créativité et les possibilités offertes.
Les Cloudmakers ont trouvé la chimie pure pour produire de beaux nuages. Ce disque est un plaisir.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

IMG_7410

Posté par Franpi à 22:21 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

13 juin 2018

Erdmann / Marguet - Three Roads Home

La question est la suivante : Quand on a une dream-Team sous la main, pourquoi choisir ? C'est le postulat de Daniel Erdmann et Christophe Marguet à l'occasion de cet album : Three roads Home, trois façons d'arriver à ses fins, à ce Home mythique que constitue nos musiques, ce qu'on appelle Jazz, une musique aux frontières poreuses dont l'essence vient du blues, ce que ce quartet semble toujours à voir dans la caboche.
Quartet ? Three Roads Home !
Parce que si la base de l'orchestre est bien un dou, solide et rodé qui nous avait offert Together Together ! il y a quelques années, ils sont désormais accompagnés de deux contrebassistes qui offrent trois formules : Deux trios distincts aux approches très différentes et un quartet à deux contrebasses qui offre une foultitude d'atmosphères différentes et souvent très luxuriantes.
Il faut dire que pour accompagner Marguet et le saxophoniste de Das Kapital, ce sont deux des plus grands contrebassistes hexagonaux qui viennent prêter main forte. D'un côté, Claude Tchamitchian et son jeu physique et son goût pour l'archet. De l'autre, Henri Texier, son penchant pour la simplicité. Deux voies parallèles pour des rythmiciens qui sont par ailleurs de redoutables mélodistes ("Manif contre personne.")
Lorsqu'ils sont deux, chacun sur un canal comme dans le magnifique "One Back Two Forward", où le saxophone languide d'Erdmann tente de se frayer un passage dans la broussaille de pizzicati, ce sont les contrebasses qui mènent le jeu tout en laissant le duo d'origine choisir l'intensité de la joute. Lorsque Marguet notamment prend un solo, c'est une explosion de couleur où la douceur n'est pas exclue, voire est réclamée.
Il ne s'agira pas de faire une lecture comparée. De toute façon, Erdmann et Marguet adaptent eux-même leur approche, à l'instar de Valse pour eux où le ténor est plus profond et rocailleux, cherchant l'unisson avec Claude Tchamitchian et son archet vrombissant. De la même manière, la précision de Texier fait des miracles sur "Don't Buy Ivory Anymore", où les couleurs africaines de la batterie s'adjoignent d'un saxophone plus lyrique.
Pour Together Together, il était écrit en ces pages que le duo était un mélange de clarté et de complexité. C'est également ce que souligne Three Roads Home, à ceci près qu'il y a peut-être encore davantage de nuance et de poésie avec les forces en présence. Le disque, paru sur Das Kapital Records comme une évidence est de ces objets que l'on écoute avec le sourire : c'est fluide et pourtant intense, il y a un soin très particulier donné à l'enregistrement réalisé par Maïkôl Seminatore et les douze morceaux au format chanson relèvent d'une grande diversité tout en adhérant de manière assez fidèle aux obsessions de chacun des compositeurs. Ainsi "Don't Buy Ivory Anymore" est un morceau 100% Texier quand "L'ombre de l'eau" est un pur produit de l'imaginaire de Tchamitchian. Au milieu, coule une rivière et elle pourrait tout autant être La Loire, le Zaïre ou le Mississippi.
Trois routes, trois fleuves, trois visions d'un même monde. Une réussite !

Et une photo qui n'a strictement rien à voir..

01-Errance-Loire

 

Posté par Franpi à 14:28 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,

11 juin 2018

Un Drame Musical Instantané - A Travail égal, salaire égal

Le disque qui passe actuellement sur ma platine est un petit moment d'histoire. Pas seulement parce que c'est un disque qui comme d'autres de l'orchestre que Jean-Jacques Birgé continue de faire exister au delà du collectif d'origine, Un Drame Musical Instantané est réédité (d'autres le seront prochainement). A travail égal, salaire égal est aussi, outre un mot d'ordre indispensable et moderne qui était déjà ainsi en 1981 lorsqu'il fut enregistré, une pièce de musée.
Pas de celle qui prennent la poussière, plutôt de celles qui s'admirent et inspirent.
Prenons le "je". C'est rare quand je prends le je dans une chronique parce que "je" déteste ça, mais il faut s'y résoudre : ce disque, s'adresse à moi sans le savoir. Et avant de le découvrir, assez ébahi de fait, il y a quelques semaines, je n'en avais absolument pas conscience...
Comme j'aime bien les wagons qui se raccrochent inconsciemment, c'est peu de dire que la découverte fut grande et importante. J'écoute, depuis une semaine, "Crimes Parfaits" en boucle, à chercher tous les chevauchements, toutes les références, tout le travail de découpages, les heures passées sur la bande et le travail de timbre des cordes... Avec, ne vous en déplaise, Kent Carter et Didier Petit au violoncelle, Geneviève Cabanes à la contrebasse et bien sûr Francis Gorgé à la guitare qui offre au fantastique travail collectif quelques échappées zappaïennes, période Lumpy Gravy, celle qui compte peut-être le plus pour Birgé ; notamment avec Jouk Minor au sax baryton qui zèbre et déchire la masse orchestrale, bien plus soudée que ne pourrait laisser penser la sensation première d'un musique qui saute d'un univers à l'autre, comme on se balladait jadis sur la bande FM (ou encore mieux AM) à la recherche d'horizons inconnus et qu'on en trouvait, loin de la collusion miaoumix qui jonchent les ondes actuelles.
Et c'est là que vient le je, encore plus fort que les lignes précédentes. Un jour qu'on causait ensemble, Jean-Jacques Birgé m'avait dit que les meilleures chroniques venaient des moments que l'on avait vécu. Certes, j'étais à peine à l'orée de mon CE1 quand le disque est paru et je devais davantage écouter le générique de La Panthère Rose, mais j'étais déjà fasciné par la radio et aimait me ballader à la recherche des sons. Sur un vieux radiocassette Marantz, chez ma grand-mère, je m'amusais à coller des sons, des voix, des bruits d'usage quotidien... Plus tard, à la radio, je me souviens d'heures passées à tenter des montages, à jouer avec les nagras et à tâter de la souris...
En creux, et en moins bien, tout découlait de ce disque -et de nombreuses esthétiques de la musique concrète- sans que nous ne le sachions vraiment. Il y a dans ce disque, une force, une modernité et une intelligence qui force l'admiration. "La preuve par le grand huit", dernier morceau où l'ensemble de l'orchestre intervient est le bouquet final d'un disque indispensable.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir.

01-Port-du-Havre

Posté par Franpi à 21:29 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

07 mai 2018

Romain Baret - Naissance de l'horizon

Les lyonnais du collectif Pince-Oreilles sont un peu les benjamins de la scène Rhône-alpine, toujours en effervescence. Réunis autour du vaisseau-amiral que constitue le sextet d'Anne Quillier, ils sont également connus pour le duo Watchdog, passé par Jazz Migrations, où le quintet de Grégory Sallet, où l'on retrouve le guitariste Romain Baret et le contrebassiste Michel Molines, deux protagonistes de cette Naissance de l'Horizon, extension rythmique au trio de Romain Baret qui avait déjà eu l'occasion de faire parler de lui.
On se souvient de la Suite Astrale d'Antoine Galvani, qui réunissait de nombreux musiciens du collectif ; à plus d'un titre, le présent disque où le ténor d'Eric Prost et la trompette de Florent Briqué (également membre de Superdog) font un travail d'orfèvre en est le pendant terrestre ; une autre forme d'immensité, moins cosmique et plus sujette à la pesanteur, bien présente dans les chorus exalté de la guitare, à l'instar de "Schizophrénie", petit modèle d'énergie rock où les soufflants ont fort à faire.
Naissance de l'horizon est un album assez direct, avec une volonté d'être rugueux sans pour autant prendre l'auditeur à complet rebrousse-poil ; ainsi, si la temporisation du rêve est une belle passe d'arme entre les membres du trio d'orgine (Baret, Briqué, Prost), c'est aussi l'occasion pour Molines de s'offrir une plage plus douce, une respiration avant que ne reprenne le duel entre trompette et guitare, guidé par la batterie contondante de Sébastien Nicca.
Le morceau acte une certaine vision du monde, et même sous-jacent, un discours politique. Celui-ci est corroborré par les compositions déclarées en Collective Commons. Ce discours, c'est que la concorde et une certaine forme de joliesse, celle qui naît dans le fort joli "Some Kind of Bug" très marqué par l'école de Canterbury ne peut s'obtenir par le frottement et le rapport de force : celle d'une électricité perclue d'effets et d'une batterie fougueuse par exemple.
"La Guerre des classes n'a pas eu lieu (elle est permanente)" est donc comme un manifeste. Les rôles sont bien distribués et les dispositifs de tension sont souvent à leur comble, avec une impression de mouvement permanent cher à l'esthétique du collectif Pince-Oreilles. Ce n'est pas le big-bang, mais cela tient de la réaction en chaîne : les vents font bouillir les cordes qui répondent en explosion successives extrêmement contrôlées. Nous sommes avec ce quintet dans le bouillon de culture qui a donné la vie : des accolades, des erreurs, des fausses pistes mais un résultat lumineux.
Naissance de l'horizon est un disque très plaisant qui, s'il ne révolutionne pas les genres, présente le travail de cinq jeunes gens qui fourmillent d'idée. Une belle découverte, assurément.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

01-Maison-Le-Havre-

Posté par Franpi à 07:20 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,