Sun Ship

25 août 2016

Bi-Ki ? - Quelque chose au milieu

Lomme est l'une des commune associée à Lille depuis de nombreuses années. Ca aurait pu être Ronchin ou Lambersart, c'est Lomme qu'a choisi le duo Bi-Ki ? comme terrain de jeu, ou plutôt comme terrain d'expérimentation sonore pour se fondre dans la ville.
En réalité, les deux saxophonistes alto Jean-Baptiste Rubin et Sakina Abdou, que l'on connaît bien pour être des acteurs de la scène nordiste la plus vivace.
Tous les deux faisaient partie du projet Feldspath d'Olivier Benoit avant que celui-ci ne prenne les rennes de l'ONJ, mais chacun a de son côté une expérience aux confins de nos musiques. Rubin avait fait parler de lui dans Louis Minus XVI dans un registre plus agressif et Sakina Abdou avait pu démontrer de son opiniâtreté et de son acidité dans Eliogabal, deux groupes produits par BeCoq, que l'on retrouve naturellement ici à la manœuvre en collaboration avec Helix, une division de Circum.
Comme on se retrouve.
Ils ont choisi Lomme parce qu'ils y étaient en résidence, mais aussi parce que pour jouer cette musique quasi-immobile, envahissante, troublante, il était nécessaire de connaître la topographie des lieux, les chemins d'usage. Lomme c'est Lille. Et Lille, c'est leur terrain de jeu. La palpitation des lieux familiers fait office de rythmique dans cette succession de paysage : l'église, le marché, la piscine, et même l'autoroute. 
Ce n'est pas cette dernière qui sert d'à-plat le plus chaotique. Ce n'est pas non plus le plus vivant. C'est un lieu, parmi d'autres.
Dans « Tenues », première incursion sur le pont au dessus de la bande roulante, les deux alto grattent les graves, s'intègrent au souffle vrombissant des autos, leur donne une sorte de relief en se laissant aller parfois au crissement. Les slaps joués devant l'Hôtel de Ville (« Sib », qu'on entend aussi dans l'Eglise) ou les tiraillements de « C3/C5/∞ » dans l'église, jouant avec l'écho sont beaucoup plus virulents.
On ne sera guère étonné de trouver derrière ce projet Jean-Luc Guionnet. Il ne joue pas, mais il est aux manettes, à la prise de son de ces Field Recordings souterrains qui mettent en scène les deux saxophones. On pense bien évidemment à Stone, Air, Axioms qu'avait fait paraître Helix il y a quelques années, mais ici le matériel et moins abrupt, notamment dans le remarquable « Grand bassin / Attaques inversées »...
Il y a une véritable scénarisation dans ce long morceau au milieu des cris, des rires, des écoulements et des splashs, qui peuvent être coupés, effacés, étouffés et revenir en explosion soudaine au milieu d'un claquement de anche gavé d'écho.
La référence auquel on songe également, c'est le Quatuor Machaut. Il y a cette même volonté de dompter l'espace, de lui donner du sens, de le faire entrer en plein dans la musique jouée. Mais ici, point de composition ancienne. Juste deux altos à l'unisson qui cherchent, éraflent la masse de bruits quotidiens comme pour mieux s'y intégrer.
C'est parfois très aride, à l'image de ce que BeCoq avait pu proposer avec WATT par exemple. Mais ici, l'apparent immobilisme fait face au quotidien. S'immisce dans la cité, dans les discussions et les rires du marché, dans les petites choses peu signifiante du quotidien qui prennent d'un coup des allures de dramaturgie. Un disque qui nécessite de s'abandonner et d'oublier les repères, pour s'en faire de nouveau. Bi-Ki ? Nous envoie une carte postale de Lomme.
Ou du moins de ses entrailles.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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22 août 2016

Yves Robert Trio - Inspired

Nous l'évoquions en mai dernier avec Le Maigre Feu de le Nonne En Hiver, et c'est la même chose pour cet Inspired, du trio d'Yves Robert.
La nostalgie, camarade.
Celle du label Chief Inspector, et de tout ce qu'il a pu apporter à nos musiques hexagonales en terme d'innovation et de liberté. En 2008, à la préhistoire de ce blog, je parlais de Ninja Tune Français. C'était grossier et à l'emporte-pièce, mais il y avait de ça. Il y avait par exemple ce projet fou, L'Argent, porté par le tromboniste Yves Robert et qui mêlait, voix d'Elise Caron, électronique, pensée économique et mise en musique par un musicien majeur de l'instrument, qui à l'époque faisait partie des Pyromanes de David Chevallier.
Plus tard, il y avait aussi eu Inspirine, avec une partie de ce présent trio. Etrange sortie d'album passée relativement inaperçue par ce que le label périclitait peu à peu à l'époque. Un morceau comme "Bien dans sa peau", que l'on retrouve ici, avec la basse puissante et agile de Bruno Chevillon, était déjà présent sur le précédent album. La lecture n'est guère différente ; elle s'est sans doute quelque peu émaciée. Elle fait moins de concessions, va droit devant accompagnée par l'approche très percussionniste de Cyril Atef que l'on est heureux de retrouver sur ce genre de projet.
On s'étonnera, sans doute, de voir ce disque sortir chez Budapest Music Center. Et puis ce sera comme une sorte de confirmation de l'ouverture tout azimut du label qui offre (enfin ?) une sortie "normale" à un disque de ce trio.
Seul manque Vincent Courtois, qui se partageait les cordes avec Chevillon. Mais, il est présent, un peu : "Between The Bliss and Me" est de sa plume, et dans le brouhaha de voix mixées, on retrouve la rythmique colorée que le violoncelliste aime apporter dans ce genre d'orchestre où la complicité est de mise. Se souvient-on de L'Homme-Avion, aussi chez Chief Inspector ?
Ici, c'est Atef qui fait office d'architecte avec une pétulance qui rappelle nécessairement ses aventures avec Bumcello. Il y a du groove, et même du dub parfois, sans que celà soit le centre du propos.
Inspired va en tout sens mais ne s'éparpille pas.
Chevillon dont le tribut au rock se fait chaque jour plus évident, et le Atef débordant des grands jours permettent à toutes les audaces de Robert d'avoir une large couleur pop, qui ne cède en rien pourtant à la rigueur du propos. Pour s'en convaincre, il suffit d'écouter "Brain Wave" où la contrebasse est la pointe saillante d'une atmosphère planante, où le trombone joue une mélodie douce avec ce léger vibrato qui renforce l'aspect Ambient des choses...
Pas pour longtemps !
Chevillon relance la machine, et la puissance est de mise, sans que Robert n'ait besoin d'hausser le ton. Tout semble très calculé entre les trois musiciens, et pourtant ce concert au BMC Jazz Club, capté en 2014 avec le concours de l'institut Français est la plupart du temps parfaitement improvisé. Mais la complicité est là, comme une reconstitution de ligue dissoute.
Sur tout l'album, Yves Robert impressionne, et rappelle s'il en était besoin qu'il est l'un des meilleurs trombonistes de la période. Revenons à "Bien dans sa peau" (mais on pourrait dire la même chose de la Batucada tordue de "Cahutchuca") : le velours de ses basses tout comme le jeu de coulisse ferme et rapide sont la marque des grands techniciens. Mais Yves Robert est bien plus que celà, nous le savons.
Y compris dans cet album où il s'amuse, intrinsèquement.

47-Potomorto

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16 août 2016

Madeleine & Salomon - A Woman's Journey

Il y a parfois des disques qui vous tombent dessus sans raison, joie des envois presse. Ca arrive de moins en moins souvent, à mesure que les projets et leur développement sont connus en amont... Mais parfois, certains affleurent la zone de confort : a priori, non, mais soudain, grand oui. C'est le cas de ce Woman's Journey, duo piano/voix par deux musiciens qu'on attendait pas ; du moins, pas là, pas comme ça, pas ici.
Pas avec cette force belle et tranquille et tout cas, qui renverse toute forme de doute.
Oui, ici, on préfère d'habitude quand la chanson ferme sa gueule, ou bien il faut que ça emporte absolument. Ce chant ne peut se taire.
On ne sait pas qui sont vraiment madeleine et Salomon. Enfin si, on sait, ce sont la chanteuse Clotilde Rullaud et le pianiste Alexandre Saada. Mais Madeleine et Salomon ? J'ai décidé dans mon coin que c'étaient les deux gamins de Melocoton, dans le jardin de Colette Magny.
Parce que c'est la grande absente de ce disque, même si elle semble plus présente que jamais dans cette flânerie dans la musique populaire et le rythm'n'blues où se croisent Mimi Farina et son « Swallow Song » sépulcral et un « Strange Fruit » presque immobile et glaçant. Une autre manquante traîne son esprit, de ci de là. Jeanne Lee.
Mais quelque chose nous dit qu'elle n'est guère loin.
Sur le morceau de Billie Holiday, la chanteuse se tient droite, compactant tous ses registres vocaux qu'on croirait infini dans une puissance intérieure, ou du moins intériorisée par un piano préparé étouffé, laissant le silence jouer son air funèbre. On croyait que ce morceau avait tout dit, mais le duo y trouve encore quelques atomes d'émotions, qui peuvent monter aux larmes, si on y prend garde.
Parce qu'à tous les instants de sa voix si troublante, Clotilde Rullaud nous intime de lui prendre la main, dans ce voyage d'une femme dans le cœur des femmes, ou plutôt dans leur voix et leur colère. Une colère froide et nue, mais jamais sèche. Une colère qui choisi l'économie de geste et de puissance, mais pas de parole. En témoigne le « Four Womens » de Nina Simone ou le piano de Saada cherche dans l'économie de note une ligne claire, un trait droit qui trace sa route. On l'a vu avec De Chassy, Maxime Saada. on ne s'en étonnera guère.
Il y a plusieurs morceaux de Nina Simone, mais c'est sans doute celui-ci qui fini de nous faire aimer cet album à l'esthétique intimement politique qui nous fait entrer dans ce voyage sans se poser plus de question.
Parce qu'évidemment qu'on la prend, cette main de Clotilde Rullaud. Peu de voix, dans la période, peuvent se targuer de charrier autant d'émotion ; Elise Caron sans doute.
Clotilde partage avec elle la flûte, dont elle use dans de courts intermèdes improvisés, mais aussi cette technique qui emprunte aux canons de la musique ancienne ("Image"), au Sprechgesang (« The End of Silence », intelligemment mêlé au Mercedes Benz de Janis Joplin), et à certaines traditions balkaniques (« All The Pretty Horses », qu'on croirait parfois droite sortie d'un orchestre Sevdah...). On songera aux Elles, aussi, par petites touches. Naturellement, sera-t-on tenté de dire.
Les choix sont toujours idéaux entre jazz et musique pop, jamais très loin des hymnes de lutte. On citera "No Government", que ma camarade Raphaëlle a très bien défini dans sa chronique pour Citizen Jazz. Mais c'est la présence de Minnie Ripperton et son magnifique "Les Fleurs" qui réjouit. Ripperton, trop souvent délaissé. Clotilde Rullaud lui offre un bel écrin, électrisé par Saada, toujours juste
C'est phénoménal ce que la chanteuse, qu'on avait pu découvrir en duo avec le guitariste Hugo Lippi, transforme sa voix au gré du voyage comme pour briser ses chaînes. On est sous le charme d'un disque qui est de ceux qu'on écoutera encore dans tant d'année...
Instant Classic, dit on.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

21-Errance-Besançon

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14 août 2016

Keefe Jackson & Jason Adasiewicz - Rows and Rows

Bataille de textures et de formes, et en même temps, grande complicité. C'est exactement ce qui prévaut lorsque le multianchiste Keefe Jackson et le vibraphoniste Jason Adasiewicz entament leur duo sur "Caballo Ballo". Rows and Rows, leur premier album en duo est sorti sur le prestigieux label Delmark, comme la plupart de leurs disque à chacun.
Il y a de la joie, voire de l'exubérance dans le dialogue sans rechercher la performance. Les deux musiciens grattent chaque facette de leurs timbres pour trouver une forme d'union, ou du moins un langage véhiculaire qui permet de pouvoir faire un bout de chemin ensemble, entre pureté véloce du cristal et chaleur rocailleuse du souffle.
Jackson et Adasiewicz sont des perles étasuniennes comme on les aime. Celles qui aiment à plonger dans les racines d'un certain jazz sans s'assigner une tâche mémorielle.
A peine remettent-ils les choses en perspective, pour mieux avancer
On remarque, dans le magnifique "A Rose Heading", le velours de la clarinette basse qui a ce qu'il faut de spleen pour être caressé par un vibraphone avare de notes toujours justes, qui ne cherchent pas à se mesurer à l'autre mais à souligner un propos qui charrie en son sein de nombreuses racines Dolphyennes, qui n'est jamais cité expressement mais dont chaque geste porte quelque signature spectrales.
Ce type de signatures qui animent aussi les disques de Rob Mazurek, Jason Roebke ou de Frank Rosaly. On avait pu voir le vibraphoniste, remarqué par son jeu calme et puissant, au côté de Mike Reed (Living by Lanterns) ou dans son orchestre Rolldown... Quant à Keefe Jackson, qui est sans doute un peu trop méconnu, il est une des pierres angulaires des Fast Citizen's de Fred Lonberg-Holm, dont nous serons sans doute amenés à parler dans les mois qui viennent.
Tout ceci est made in Chicago. Mais qui s'en étonnera ?
Du côté de l'Europe, on avait pu chacun les rencontrer avec le saxophoniste Christoph Erb : Yuria's Dream avec Adasiewicz et Roebke, et le remarquable Urge Trio avec Jackson et Tomeka Reid... Excusez du peu. Jackson fait d'ailleurs de nombreuses fois penser à Erb, notamment sur le plus dur "Where's Mine", où la clarinette basse va toucher les arêtes coupantes du gouffre des graves. Lorsqu'il y pénètre, les lamelles de fer de son comparse se font plus étouffées, jusqu'à se mêler au bois du cadre, donnant un caractère plus secret encore au duo.
Le clarinettiste démontre en tout cas qu'il est une voix qui compte. La relation avec la Suisse d'Erb est assez ancienne pour Jackson qui en 2013 avait enregistré un disque qui était passé relativement inaperçu par ici et qui mérite qu'on s'y arrête quelques instant. Keefe Jackson's Likely So est un septet de soufflants sur une même ligne. On y retrouve, outre Wacław Zimpel dont nous parlions récemment, trois soufflants suisses de Lucerne (Stucki, Rempis, Mejer). A Round Goal est un album aux allures très contemporaines. On a la sensation que Braxton n'est jamais loin et qui fait une large part aux boucles minimalistes. Il y a quelques liens avec ce qui se passe avec WATT ou chez Guillaume Grenard dans la circulation entre les soufflants notamment. 
Pourquoi cette digression ? Parce que Rows and Rows est la percolation de tout ceci.
Il est indispensable de s'y intéresser au plus vite !

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56-Chokoclouds

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09 août 2016

Frantz Loriot Systematic Distorsion Orchestra - The Assembly

A chaque fois que nous rencontrons Frantz Loriot sur un disque, depuis que nous l'avions découvert l'année dernière à l'occasion d'un fameux solo au violon alto, son instrument de prédilection, on se dit que nous avons à faire à l'un des plus brillant représentant d'une génération.
Son récent duo avec Christoph Erb, tout en brisures et en remous en est un exemple, mais c'est sans doute avec sa famille New-Yorkaise que le violoniste est le plus à l'aise.
Famille ? On peut utiliser le mot lorsqu'on découvre le line-up de son orchestre à onze pupitres où l'on retrouve bon nombre de musiciens croisés dans l'Acustica du batteur Carlo Costa qui est présent ici aussi, dans le déluge du Systematic Distortion Orchestra (SDO). Une famille qui peut aussi revêtir d'autres avatars, ceux moins Free du Notebook, qui ne fait qu'accentuer l'aspiration de Loriot pour les grands ensembles.
Jugeons-plutôt de la parenté du SDO, de l'Acustica et même de l'Aum Grand Ensemble ou le Vision 7 de Niggenkemper qu'on retrouve forcément ici : dans cet étrange instrumentarium (trois batteries, deux contrebasses, deux trompettes, deux trombones dont un basse joué par Sam Kulik, qu'on découvre et qui est à suivre...), on note la présence de Ben Gernstein et Joe Moffet, mais aussi du batteur Flin Van Hemmen qui s'est déjà illustré sur le label Neither/Nor.
The Assembly, l'album de SDO paraît quant à lui sur le label américain OutNow Recordings, plus souvent dédié au travail du saxophoniste Yoni Kretzmer.
Le Systematic Distorsion Orchestra porte à la fois bien son nom et induit en erreur, ou du moins joue avec les faux semblants, ce qui semble être constitutif du chaos très organisé de son morceau titre « The Assembly » où le son constant des pizzicati de l'alto gratte un bourdon formé par le reste de l'orchestre, qui avance par poussées soudaines, tempêtueuses et parfaitement circulaires, notamment lorsque Nathaniel Morgan perce d'un souffle d'alto la forteresse bâtie par les trompettes et les trombones. La distorsion est certes systématique, celle de la réalité et de toutes velléités mélodiques, mais elle n'est absolument pas électrique.
Tout est de vent, de peaux, et de boyaux, fussent-ils de métal.
La Forteresse, l'idée est là. Ce n'est pas innocent si la pochette représente la célèbre photo de Evzerikhin pendant le siège de Stalingrad, ces statues d'enfant dansant dans le chaos.
C'est exactement le sentiment qui ressort de cet album et notamment de la longue composition « Le Relais » qui clôt un album court. Fait de soudaines accélérations et de moments plus lascifs, qui rappellent l'Acustica, The Assembly est une bonne illustration d'un siège. D'un moment collectif où même l'improvisation semble acculé à une nécessité circulaire, au milieu des rafales lointaines des frappes et au brouillard de métal.
Cependant, le SDO et l'Acustica poursuivent une voie différente ; là où Costa faisait un éloge de l'économie d'un mouvement pourtant inéluctable, l'orchestre de Loriot est se situe plus dans la construction méthodique d'une agitation qui submerge.
Seule cette submersion perdure. Elle est le fait notamment de cette base rythmique composé des contrebassistes Pascal Niggenkemper et Sean Ali. Ce dernier donne à « Maybe... Still... » un aspect étrange du fait d'un Spoken Word spontané au milieu des souffle des cuivres et de crissements de cymbales. Ses comparses sont les batteurs Carlo Costa, Flin Van Hemmen et Devin Gray ; on connaît bien les deux premiers. On a pu déjà entendre le dernier avec Eskelin ou Formanek.
Dans « Echo », le premier morceau, ce sont les trois batteurs qui décident des moments d'insoumission et de confinement. Mais ce sont les cuivres qui construisent le discours de révolte. Il y a dans The Assembly comme une allégorie d'une lutte permanente, collective, dont l'alto serait l'engrenage initial.
On se sent très à l'aise au milieu de cette famille de musiciens, tout chaotique que soit l'environnement.
A suivre, indubitablement.

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09-Lampion-Epinal


05 août 2016

Régis Huby Quartet - Equal Crossing

Il y a une constante sur certains labels en terme d'esthétique, de choix, de musiciens qui en disent parfois plus long sur la durée que toutes les analyses.
C'est le constat qu'on forge à l'écoute d'Equal Crossing, l'album d'un quartet inédit de Régis Huby paru sur le label Abalone, dont il est par ailleurs le dirigeant. Artistique avant tout.
Regardons dans le rétro : l'année 2016 en est à son mitan, et voilà déjà que le disque de Laurent Dehors a marqué les esprits et qu'un autre, en septembre par Marc Buronfosse aura le même destin. 2015 était aussi l'année Abalone, avec deux disques marquant d'Yves Rousseau. Huby de son côté s'offrait une petite douceur de chants italiens avec Maria Laura Baccarini et transcendait le quatuor IXI, que l'on va retrouver bientôt aux côtés de David Chevallier.
Une trajectoire discrète, dans l'ombre pourrait on penser, mais droite, fabuleusement droite, au confluent de tant de genres, de tant d'expression qu'il est souvent difficile de caractériser la chose... Et souvent on s'en dispense, à l'instar de ce magnifique Equal Crossing qui dit tout en une heure de ce choix de non-aligné ; qui trace une trajectoire elle-aussi absolument rectiligne au milieu du rock, du jazz, de la musique minimaliste, de l'expression chambriste et de l'électricité avec une modernité étonnante.
Et surtout, une voix, un discours personnel qui ne fait pas mystère de ses emprunts mais ne répète rien.
Huby recycle, réinterprète, s'approprie, à l'instar de la première partie du deuxième mouvement, "Are We From... ?" où l'on songe quelques instants à quelques poussières du Mahavishnu Orchestra (les timbres en présence y sont pour beaucoup) sans avoir le côté clinquant et indigeste du jazz-rock.
C'est une bulle, un instant, vite balayé par un silence hérissé d'électricité et d'électronique : elles sont l'oeuvre conjointe de Marc Ducret à la guitare et de l'étonnant Michele Rabbia, qu'on avait notamment croisé sur le beau disque de Federico Casagrande. Un rôle presque identique : celui du soulignement, du design de l'intime... Architecte de la musique intérieure qui sait parfois renverser l'ordre établi et appuyer sur les fondations ("The Crossing of Appareancies", et ce mouvement répétitif qu'il ponctue et trouble à de nombreuses reprises).
Huby maîtrise tant de langage qu'il tente une forme d'espéranto qui n'aurait pas besoin de glossaire. Qui serait évident à tous, glossolalie universelle.
C'est la volonté tout à fait assumé de Huby, qui cite Lévi-Strauss sur la troisième de couverture : "C'est le fait de la diversité qui doit être sauvé". La musique du quartet est un plaidoyer universaliste ; tout les moyens sont convoqués pour embrasser le monde.
Pour Equal Crossing, le violoniste mise sur l'électricité : son violon bien sûr, qui se mêle avec bonheur avec la guitare anguleuse de Ducret, qui s'offre -et c'est chose rare- quelques instants acoustiques, comme pour répondre à la sécheresse sur "Faith an Doubt" qui ouvre l'album. Mais aussi Bruno Angelini qui quitte quelques instants son piano si rythmique pour des claviers électriques (Rhodes et Minimoog, remarquable sur "The Synthesis of Nowhere").
Ce qui est fort avec cet album, c'est qu'Equal Crossing s'adapte à toutes les situations musicales. C'est au croisement des expressions, bien évidemment, mais c'est aussi au croisement des leaderships. Dans le mouvement permanent proposé dans l'album, il n'y a pas de solistes, il y a juste des agrégations qui prennent différentes formes et que chaque instrumentiste, chaque couleur entraîne pour former une autre géométrie. A certains moment, c'est le piano qui l'emporte et l'on est chez Angelini ("The Crossing Of Appareancies". Parfois c'est la guitare, que dire du clin d'oeil "Imaginary Bridges"... Mais toujours pourtant on est dans la musique du violoniste tel qu'il l'a conçoit : ouverte, opiniâtre, discrète et pourtant d'une rare richesse.
On pénètre dans l'univers d'Huby, et l'on s'aperçoit que le paysage luxuriant cache de nombreuses routes, de nombreux raccourcis, des routes éboulés et d'autres boulevards. Equal Crossing est de ces disques qui révèlent à chaque écoute de nouveaux sentiers, de nouvelles pistes, de terrains à défricher, voire de délicieux passages souterrains rafraîchissant dont on n'aurait pu soupçonner l'existence.
Voici du bel ouvrage. Marquant et indispensable, dont -et mon camarade Olivier sera d'accord avec moi-, on reparlera forcément en fin d'année !

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Neufchatel

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01 août 2016

Guerineau /Carter /Oki /Sato - D'une rive à l'autre

Sylvain Guérineau est un passeur, ou du moins un observateur acéré de la chose Free.
Il faut dire, il est là depuis tant d'années, depuis les caves des années 60, avec d'autres mythes : Tusques, Delcloo, Avenel... Toujours un peu dans l'ombre, ce qui ne l'empèche guère d'être solaire dans sa manière de jouer du saxophone.
Sylvain Guérineau n'est pas qu'un remarquable joueur de ténor ; c'est un peintre également. Quelqu'un qui a donc l'habitude de la lumière et de la couleur, des formes et de la matière. Ce n'est pas la première fois que Improvising Beings offre la parole à un graphiste. On se souvient de Jean-Luc Petit ; il n'y a pas de parenté spécial ici, mais une démarche qui convoque de nombreux sens, la vue et le toucher, intimement liés, foncièrement présentes.
Ce que l'on peut tout de suite constater dans l'intense "Terre-Neuvas", qui ouvre D'une rive à l'autre, cet album en quartet.
Ce n'est pas la première fois qu'on l'y trouve. Il y avait eu ce passage de relais, avec Tusques et Alex Grimal, hélas à la qualité sonore parfois défaillante. Ici, avec Kent Carter à la contrebasse, remarquable et profond à l'archet, la prise de son de Jean-Marc Foussat est idéal, ample, laissant autant de place à Carter qu'à lui-même et invitant à ce joindre à la masse en constant mouvement deux figures du jazz nippon installés en France, le trompettiste Itaru Oki et le batteur Makoto Sato.
Morceau court, "Bateau-Phare" permet à ces dernier de se mesurer à la vague inéluctable d'un saxophone turbide, plein de heurts et de scories et de pizzicati comme une lame de fond, épaisse et structurante. La trompette, moins physique que dans son précédent exercice sur le label de Julien Palomo est un frêle esquif ballotte au gré des changements imperceptible.
Quant à Makoto Sato, qui partage avec le saxophoniste une collaboration avec Yoram Rosilio, c'est l'élégance qui le caractérise, comme à l'accoutumée. Une goélette dans le soleil couchant, pour continuer à filer la métaphore maritime. Une maîtrise qui se perpétue dans le plus anguleux "Récif", où la navigation rythmique tient de la conduite agile, jamais à l'arrêt et toujours aux aguets, répondant coup pour coup aux rocailles soudaines de la contrebasse de cette légende de Carter.
Guerineau quant à lui est un capitaine à la boussole fendue. Il se cogne, il heurte, il gronde. Il suit les appels solennels de la trompette, tour à tour miroir aux alouettes et sirène de détresse. Ressac et courant porteur. Son jeu est fluide, rapide, il fait mouche. Revenons à "Terre-neuvas" : il éclaire, même, comme il éclairait chacune de ses collaborations avec Benjamin Duboc et Didier Lasserre.
Une sorte de trait assuré dans le Chaos environnant qui s'organise peu à peu dans son sillage.
Guerineau brille, mais c'est Carter qui est, écoute après écoute, le plus impressionnant dans ce disque. C'est le point central de D'une rive à l'autre. L'escale pourrait-on dire.
N'oublions pas que Carter fut longtemps un des lieutenants de Lacy....
Car il y a quelque chose de sous-jacent dans ce disque, illustré par la pochette, forcément peinte par Guérineau. D'une rive à l'autre est, presque tautologiquement, à la fois transatlantique et transpacifique. Il est une sorte de plaidoyer universaliste de la musique improvisée, du Free, de la musique vivante et percutante.
En peu de temps, après le beau disque de Lasserre et Boni, c'est le second coup de force d'Improvising Beings, label opiniâtre s'il en est.
Indispensable aussi, comme ce disque.

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20-Carpe

 

24 juillet 2016

Ozone Acoustic Style Quartet - Organic Food

Enregistré en 2014 à l'Institut Français de Budapest, là où quelques années avant avait été capté La Manivelle Magyare, ce moment de folie avec la Campanie des Musiques à Ouïr, Organic Food est le deuxième album d'Ozone, l'orchestre à géométrie variable de Christophe Monniot qui paraît sur le label Budapest Music Center.
Le premier était un quartet avec le joueur de cymbalum Miklós Lukács et ses vieux complices Joe Quitzke à la batterie et son alter-ego du clavier Emil Spányi. Un orchestre équilibré, ou plutôt équilibriste : entre la batterie volubile de Quitzke, qu'on a l'habitude de voir et les explosions régulières de Monniot, il y avait une cristalisation immédiate.
This is C'est la Vie était un album funambulesques, où les cordes se mélangeaient dans des artifices électroniques puissamment acides, où les fausses pistes se succédaient avec une fougue qui sied parfaitement à l'univers de Monniot ; cette impression que tout part dans une déflagration d'enthousiasme avant de révéler une construction méticuleuse, discrète d'abord mais implacable. C'est ce qu'on constate ici sur « Grace » qui ouvre l'album sur un long morceau où Spányi et Quitzke entame un pas de danse ensemble, vite rejoint par le souffle guilleret de Monniot.
Le morceau tourne autour du traditionnel « Amazing Grace » sans jamais mettre le pied totalement dedans, où si vite que cela tourne au clin d'oeil.
On pense à ces jeux d'enfant imaginaires où l'on marche sur les bandes du passage protégé pour éviter les crocodiles. Ces stratégies d'évitement très malicieuses sont partout : dans le beau solo de batterie comme dans la dynamique générale, qui entreprend tout l'album, jusque dans la suite « Du vent dans les voiles qui occupe la moitié de l'album ; Cette suite, comme la plupart des morceaux d'Organic Food, est signé Monniot. En quatre partie, elle est d'abord lyrique avant d'être plus contemplative, le saxophone emmenant ses comparses dans différents climats, aux décors dessinés à grand traits par la batterie et le piano, dont l'amalgame permet toutes les libertés à Monniot, tout en gardant une ligne de conduite très collective.
La nouveauté, c'est qu'un grand musicien hongrois en a supplanté un autre. Le cymbalum de Lukács a laissé la place à la contrebasse très musicale de Mátyás Szandai, que nous aimons particulièrement par ici. En plus de donner une dimension plus profonde, plus charnelle à Ozone, la quasi-disparition d'artefact électroniques donne tout son sens à Organic Food. Ainsi, son solo sur la troisième partie « Du vent dans les voiles » est l'un des moment suspendus de l'album.
Il y en a d'autres : « Anatology » -un clin d'oeil parkerien, à n'en pas douter- en est un qui consacre ce nouveau quartet dans son équilibre, et son hoût affirmé pour une certaine tradition qu'il faudrait pouvoir gentiment malmener pour en sortir quelques nutriments nouveaux. C'est exactement ce qui suinte également de « Greensleeves », reprise du standard à la Monniot, sur la trame impeccable de son orchestre. Le saxophone tangue, perce, revient et se cogne jusqu'à trouver la place assez large pour libérer le thème.
Organic Food est un disque vivant, plein de puissance. On aime Monniot pour ces deux qualités, embelli par cette belle formation et un enregistrement impeccable. Un plaisir.

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119-Détail-monument-pêcheur

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20 juillet 2016

Neuf ans

Ce fut une année bien difficile, pour tous, partout. On ne va pas s'enfoncer dans les truismes et les émotions faciles, j'ai évité d'utiliser ces pages ces derniers mois pour les registres liés à la colère, aux doutes, à la sensation d'aspiration par le vide que me laisse cette époque, et ce n'est pas maintenant que je vais recommencer.
J'écoute la clarinette, et ça n'empèche pas de tenter de rendre ce monde moins laid sans se saisir d'un clavier.
Ce monde a besoin de musique ; ni recongelé après surgélation, ni sous-vide. Ce monde a besoin de musique qui frappe, cogne, émeut, renverse, contribue, dérange, démange, lacère. Ces musiques qui vivent et que Sun Ship, avec ses presque 150.000 visiteurs uniques essaie depuis neuf ans (9 ans !) de mettre en lumière.
Cette année fut pour moi bien étrange, entre la sortie d'un livre et la participation a un spectacle sur la scène du Petit Faucheux. Aucune de ces choses n'est peut-être la dernière. Mais aussi dure fut cette année, il me reste, sur le plan de la musique et de l'écriture, ces deux moments qui laissent une pointe de fierté que je n'espère pas mal placée.
200 chroniques. Le chiffre me fait même peur en l'écrivant. C'est ce que j'ai écrit cette année. 100 environ pour Citizen Jazz, le reste pour Sun Ship. Ca veut dire près de 400 disques écoutés.
De quoi se préparer à fêter dignement les DIX ans de Sun Ship.

On fait quoi ?

Bonnétage

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19 juillet 2016

Ken Vandermark Resonance Ensemble - Double Arc

Alors qu'il fête prochainement ses 52 ans, Ken Vandermark paraît être dans le paysage de nos musiques depuis toujours ; enfin au moins depuis des décennies.
En réalité, ce multianchiste de Chicago est actif discographiquement depuis la fin des années 80 mais influence de manière assez importante de nombreux musiciens de chaque côté de l'Atlantique.
Il faut dire qu'il embrasse largement de nombreuses expressions qu'il amalgame, infuse et retranscrit dans son propre environnement, fait de soufflants pugnaces et de rythmiques insistantes, et qu'il est aussi prolifique en terme de disque qu'en terme de formations ; Aller sur son site, c'est contempler les ramifications d'une famille entière de la Creative Music. Celle de Mats Gustafsson et du fondateur Chicago Tentet de Brötzmann au crépuscule du XXe siècle, avec Joe McPhee et Fred Lonberg-Holm, ainsi que le fabuleux batteur Michael Zerang, que l'on retrouve sur ce Double Arc du Resonance Ensemble.
Resonance, orchestre-amiral de Vandermark. Toute ressemblance voire influence avec notre cher Christoph Erb ne serait absolument pas fortuite...
C'est depuis 2008 qu'existe cet orchestre transatlantique à géométrie variable. Il n'échappe à la boulimie d'enregistrement de Vandermark. Tant qu'on a du mal à suivre. Trop ? Sans doute. On notera par le passé le remarquable Head Above Water.
Mais c'est sans conteste Double Arc, et son impression de forêt primaire, qui est la grande pierre de l'édifice. Pour s'en convaincre, il faut écouter le tutti inaugural de la « Section D » de l'Arc Two et cette sensation qu'en quelques secondes on passe en revue 100 ans de Creative Music qu'elle soit écrite, improvisée, américaine, européenne, aléatoire ou dirigée.
C'est jouissif, autant que spontané.
Dans ce Resonance Ensemble, on retrouve de manière stable le tromboniste Steve Swell, lui aussi un compagnon régulier de Brötzmann, mais aussi l'Ukrainien Mark Tokar, remarqué avec Op Der Schmelz ou encore du suédois Magnus Broo, trompettiste furibard et véritable alter-ego de Vandermark. On avait pu entendre ce cuivre avec Paal Nilssen-Love (et Ken Vandermark) sur 4 Corners ; il brille ici dans la déconstruction méthodique de la « Section D » d'Arc One, entre l'alto du saxophoniste polonais Mikołaj Trzaska et la clarinette de son compatriote Wacław Zimpel.
Le tentet, où l'électronicien Christof Kurzmann vient instiller des formes étranges et déstabilisantes, à l'instar de l'entrée en matière quasi-silencieuse où apparaissent de manière éparses des chants d'oiseau torturé et une masse ronflante, a une incroyable force de frappe.
Ce n'est pas seulement lié à la double batterie de Zerang et Daisy, et ceux même lorsque la « Section B » d'Arc One offre quelques instants d'un funk fébrile.
Il s'agit plutôt de cette capacité à avancer collectivement sans direction précise d'un premier abord, mais qui en réalité marque une grande rigueur. Les deux axes filent droit, se tiennent au cordeau au dessus de l'Atlantique, et se rejoignent à l'infini.
On a le sentiment, tout au long de l'album, entre les interventions de chacun et les vagues successives d'un gigantesque maelström.
On songe à Zappa, dans l'Arc 1, et puis on l'oublie, Julius Hemphill de manière régulière dans l'Arc 2, et il persiste. Ca se croise, s'entrecroise, se rentre dedans mieux qu'en mêlée avec une euphorie qui n'oublie jamais cependant d'être rigoureuse. Vandermark tient fermement les deux arcs, ceux qui relient la musique contemporaine et le jazz, parvient à les dompter et nous faucher. Ce fan d'un certain cinéma de genre ou d'essai -des deux, même-, qui va des montages secs et tendus à la Cimino aux films de la Nouvelle Vague, voire aux documentaristes de génie (dans Kafka in Flight il dédicace un morceau à Chris Marker) use de sa musique comme d'un réalisateur, avec ses plans séquences et ses contrechamps, avec ses ellipses et ses plans américains soudains et appuyés.
Double Arc nous touche en plein cœur.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

Besançon

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