Les journées font parfois de bizarres cross-over. Le temps est froid et je suis toujours aussi indolent, ce qui me mène souvent au cinoche. En ce moment, mis à part "I'm not there" le film de Todd Haynes, rien ne me tente, mais rien peut être n'atteint cette évocation formidable de celui qui, en mettant un jack dans sa guitare transforma à jamais la perception de la musique et -provocation des provocations- provoqua l'inconfort de certitudes des amateurs de protest songs, en train de s'embourgeoiser en même temps que le plat de nouille froide qui leur servait de musique, et ne dérangeait ou ne dérange personne.
Rien de ce qui n'est ni dissonant ni dansant n'a jamais poussé personne à la révolte, mais plutôt au coin du feu de bois à boire du potage.
Le film est malin, avec une photographie fantastique, et tente de nous perdre entre les époques, les personnages, les avatars pour dresser le portrait en creux de ce que Dylan n'a peut-être jamais voulu être, et dresse par derrière un drôle de choral sur l'Amérique. Au risque de ne pas paraître très original, oui, Cate Blanchett est bluffante, mais Haynes, avec son noir et blanc si granuleux et ses plans rigoureux lui rendent divinement hommage.

Bon, pourquoi cross-over alors ? J'écoute en boucle depuis ce matin le disque de Remi Charmasson Quintet, manœuvres, sorti chez Ajmiseries. Ce quartet de cordes (dont Tchamitchian à la contrebasse) plus batterie (Eric Echampard) est une évocation de L'Amérique et d'une errance auquel j'ai pensé durant le film. Des visites électriques dans les grands espaces de Jim Harrison, dont les textes sont évoqués à deux reprises dans cet album. A noter le morceaux-titre de l'album, particulièrement réussi dans cette volonté claire de faire voyager l'auditeur.
Avec tout ça, j'ai pas fait de photos.