Vincent Courtois est un des grands, un violoncelliste rare, qui a fait de son instrument quelque chose d'inouï en jazz avant lui. Que ce soit avec Louis Sclavis, John Greaves ou Jeanne Added, chacune de ses galettes est un plaisir pour les oreilles. Son dernier opus, "L'Homme avion" qui va sortir début juin chez Chief Inspector  distribué par Abeille Musique est de cet acabit.
Ce disque né de la rencontre de Courtois avec Zé Jam Afane, un conteur/slameur africain lors d'une création aux flâneries musicales de Reims est à la fois d'une finesse remarquable dans les orchestrations. Courtois a l'archet sec et efficace, et les musiciens l'accompagnant se mettant tout au service d'une seule cause : faire un écrin langoureux aux textes acérés, poétiques et acides du grand poète qu'est cet Afane.
J'ai déjà parlé à plusieurs reprises de la pauvreté du slam français, dont le soleil est caché par le grand benêt qui récite des devoirs de CM1, mais avec Fada et consorts, et maintenant avec ce disque, tout montre que certains ont enfin compris le rôle littéraire des slameurs. Le slam n'est pas un rap doucereux sans le pied qui fait peur à tata Simone, c'est une forme lyrique et poétique d'une expression, d'une révolte,c'est la clé élastique de création qui manque au rap, celle de pouvoir sortir de la scansion et du temps. Un lyrisme que le saxophoniste Adrien Amey renforce par une partition remarquable.
Les musiciens de "l'homme avion" ont bien compris. Maxime Delpierre a la guitare est remarquable, et la partie rythmique Olivier Sens à la contrebasse et Guillaume Dommartin à la batterie donne à ce disque une saveur seventies qui va loucher tout droit vers les last poets.
Des textes de Zé Jam Afane, on gardera surtout "l'arbre lumumba" et "Marie-France", un regard salvateur sur la Franc, l'Afrique, la Françafrique et cette terre des hommes qui ferait mieux de cracher de l'espoir plutôt que de vomir du sang...

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