Ce disque, c'est là aussi un moment d'histoire musicale, une descente sur les pierres encore chaude de la création en mouvement...
C'est surtout l'histoire d'un album des tréfonds du désespoir, son dernier enregistrement avant une mort par noyade qui ressemblait fort à un suicide, à 34 ans. Pas de voyeurisme là dedans, simplement une explication à cette tension qu'Ayler a toujours eu dans son jeu et qui se trouve ici au point de rupture. Ayler, c'est un jeu violent, de puncher, sans concession et ne sachant pas en faire, dans une sorte de composition instantanée qui ne fait aucun cas de joliesse. C'est de l'expression avec tout ce quelle comporte : heurts, dérapages, lapsus... Mais surtout véracité, honnêteté, franchise. Ayler exprimait un malaise et le faisait en stentor : ce disque en est la plus éclatante preuve.
Albert Ayler, un musicien de la tribu des oubliés, en bonne place au milieu des Braxton et des Dolphy, dont il partageait le goût pour un jazz sans concession et l’exil américain, à l’image de Don Cherry, de Don Byas et de tant d’autres, las de leur condition noire dans un pays qui ne comprend la culture que lorsqu’ils l’ont eux même traduite pour leur classe dominante, était parti s’installer en suède, dans un pays ou a création n’a jamais fait peur à grand monde.
Un musicien au destin tragique, peut être plus tragique encore que les autres, et dont la vie même était un thème de blues qu’il cognait dans les murs. Des thèmes simples, parfois simplistes (La Marseillaise...) mais poussés dans leurs retranchements, violentés, acidifiés au possible...
Dans ce concert, ce musicien noir a tout donné. Avec une équipe de fidèle, les derniers, qui semblent parfois accompagner un corbillard hurlant, il dynamite à grands coups de ténor -et de soprano- rageur des obsessions et des rythmiques. Et puis il y a le moment magique. Le dernier morceau de l'album, Music is the healing force of the universe, où Maria Parks lache le deuxième sax pour chanter, accompagné par un Ayler presque rasséréné, apaisé, semblant avoir trouvé sa voie.
La dernière.
Et une photo qui n'a rien à voir...

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