La Belgique est une contrée de jazz, c'est indéniable. De tous les styles, de Toots Thiemelmans à Michel Debrulle, les diables rouges auront alimenté l'histoire de la musique improvisée européenne à plusieurs niveaux bien différents.

Octurn est de racine belge, mais si comme toutes les choses passionnantes de ce pays, le groupe prend ses racines ici et ailleurs : le sax baryton Bo de Werf est flamand et dirige ce petit monde cosmopolite, on avait eu la chance de le découvrir dans "21_émanations", l'album sorti chez Yolk, avec le flutiste Magic Malik comme invité. Mais le problème, ce de trouver un disque Belge en France : complexe de supériorité nazebroque ou défaut de distribution ? ce disque est vendu comme autoproduit ici,se trouve sans difficulté à Bruxelles... A la boutique du Musée des BOZAR, même pour être précis : des amoureux de jazz, quand même !
Le nouvel album d'Octurn, "XP's [live]" est encore un peu plus sous la coupe de Malik, notamment parce qu'il reprend pas mal de ce que le Magic Malik Orchestra avait développé dans un album "XP" sorti chez Label Bleu au début des années 2000, et parce qu'il compose la plupart des morceaux. Des morceaux à concevoir comme des blocs à part entière. Des compos indépendantes, un peu bavardes, pas toujours abouties, mais qui contiennent beaucoup d'idées, de trouvailles, et de talent.
Le Talent, c'est un peu le truc d'Octurn. Parmi les musiciens, pas moins que Guillaume Orti au Sax, Jozef Dumoulin au Claviers ou Jean-Luc Lehr, absolument fascinant à la basse. Un Lher qui avec Chander Sardjoe à la batterie forme une charnière rythmique qui, quand l'atmosphère du disque lâche un peu les longues plages de construction d'une atmosphère électronique dense, offre de véritables morceaux de bravoure remarquables.
Le problème des morceaux de Malik restent leur volonté de sculpter une atmosphère sonore faite de nappes et d'artefact électro... Au défi parfois de la spontanéité... Reste que lorsque la machine s'envole, elle nous conquiert, elle emporte tout sur son passage et c'est ce qui reste... Et dans ces cas là, l'excellent Guillaume Orti n'est jamais bien loin.

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