Dès les premières notes, les traces de Gil Evans peinent à s'effacer, tant Vince Mendoza, arrangeur et chef d'orchestre estampillé jazz semble ne pouvoir se départir des élans du maître, tant la foultitude caractéristique des arrangements, des broderies cossues des cordes et des cuivres semblent s'étirer. Et pour ainsi dire, c'est si tellement parfait que ça virerait plus d'une fois à l'ennui. Heureusement que c'est pour mieux se rattraper ensuite, après 4 morceaux un peu compassés, où même le son du grand guitariste NGuyên Lê semble diaphane où on le voudrait bouillonnant, usant d'un son sans apprêt estampillé plan-plan qui tranche avec sa discographie et le propos de l'album. Blauklang veut dire "son bleu", Blue Sound, Blue Note, bleus à l'âme et la première partie évoque une mélancolie de midinette que la beauté formelle ne rehausse pourtant pas.
C'est à partir de Ollie Mention, le cinquième morceau de l'album que la tendance s'inverse : plus sombre et plus complexe, c'est un bleu des profondeurs que le groupe, composé de 10 pièces plus un quatuor à corde islandais -le String Quartet Red Urg 4, absolument divin-, visite. Un bleu qui passe des tréfonds d'une sourde angoisse aux luminosités irisées d'un bleu plus chaleureux. Les rôles s'inverse : à la guitare omniprésente se substituent les cuivres, à commencer par Steffen Shorn, particulièrement bluffant.
Puis vient la grosse partie de l'album, les "bluesounds movement" de I à VI, qui se seraient sans doute suffit à eux-même tant ils sont suberbes, fins, fabuleusement arrangés et servis par des musiciens comme Arkady Shilkoper au cor. Le Bleu devient alors ténébreux, consistant, épais, loin d'un pastel sucré tel que présenté au début.
Le label Act propose avec Blauklang un projet dense et magnifique, qu'on aurait peut être aimé un peu plus cohérent. Mais les deux tiers de l'albums, magnifiques, sauvent un début un peu hésitant.
Et puisque qu'on parle de bleu, je rêve de Japon et refait un tout à Miyagima...

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