Jun Miyake est japonais, pays où il a trimbalé sont art de la composition et de l'arrangement dans toutes les directions possibles, de la musique de film à la musique de pub, en passant par des projets personnels très fins, inclassables et mettant avant tout en avant toutes les musiques sans étiquettes, passionnées des musiques traditionnelles du monde entier, des arrangements de voix et de cordes, et d'un jazz tordu et apaisé, d'une électronique au service du propos musical.
Jun Miyake remplit donc a peu près 100% des qualités pour être un artiste adulé par votre serviteur.
Soyons honnête, jusqu'à hier après-midi, je me souciais de Miyake comme d'une guigne, ne le connaissant pas. Il m'aura fallu une écoute de son dernier album "Stolen from stranger" pour me rattraper... Jun Miyake est un artiste remarquable, perché entre Burt Bacharach, Gil Evans, Lalo Schiffrin et Eric Satie, qui comme ces grands noms cherche la ligne claire d'une écriture musicale complexe, ainsi qu'un pont entre les cultures... L'écoute de l'album "glam exotica" est à ce titre extrêmement parlant. Ses travaux pour Pina Bausch et Philippe Découflé dans le milieu de la danse aussi.
Europe, Asie, Afrique, ce voyageur est un vrai compositeur cosmopolite, qui ne volerait pas la musique comme le laisse croire le titre mais la confronterait au monde qui l'entoure, l'habillerait d'autres voyages. C'est tout le propos de Stolen from strangers, étrange objet d'un noir profond, qui en mélangeant des artistes atypiques (Arthur H, Sanseverino, Lisa Papineau, Arto Lindsay, un chœur et un orchestre symphonique Bulgare...) et sa musique sur le fil du rasoir entre dérision et désespoir créé une atmosphère poétique et cristalline, entre chanson et finesse des arrangements.
Ce n'est pas sans rappeler Tom Waits ; ce qu'Arthur H. a très bien compris dans son morceau "Le Voyageur Solitaire" ou il répond a ce magnifique chœur Bulgare... Mais un Tom Waits débarrassé de ses oripeaux rock et qui sauterait vraiment le pas vers une musique plus écrite. Chaque chanson, individuellement, est une pièce, un écrin pour celui qui l'interprète... Ce qui n'empêche pas le résultat d'être totalement cohérent, et parfaitement réussi.
Et une photo qui n'a rien à voir, même si c'est au Japon.

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