Les disques de solo sont souvent très tranchés : soit c'est un bavardage un peu convenu, soit c'est une entrée en puissance dans l'univers musical d'un artiste, dans les tréfonds de son style et de son propos. Plusieurs pianiste de grand talent se sont lancé dans une période récente : on pense à Stéphan Oliva ou Bill Carrothers, pour ne parler que de mes goûts, se sont déjà lancés dans cette aventure.
C'est sur le "Stenway Grand Concert" du studio La Buissonne (l'un des studios les plus important du jazz contemporain européen) qu'Andy Emler, l'animateur du remarquable MegaOctet, Dream team remarquable de la jazzosphère européenne (Tchamitchian, Collignon, Dehors, De Pourquery, etc.), a enregistré un disque pénétrant, d'une finesse inouïe et qui offre, à chaque écoute de nouvelles formes, des raffinements que ce disque offre. Car ce disque n'est pas seulement un solo de piano, exercice difficile et parfois un peu janséniste. Emler, tête chercheuse, avait besoin d'aller plus loin, de renouveler cet exercice, de ne pas laisser l'i,strument seul dans une déclamation austère mais ouvrir un dialogue, jouer une Dramaturgie Pianistique...
Andy Emler est surtout connu pour son écriture fulgurante et pour son excellente capacité à diriger les musiciens. Avec ce solo, on perçoit qu'au delà de ce musicien imprégné de culture populaire tout autant que de musique savante, il y a un pianiste d'une grande finesse, inventif et évocateur. L'idée de cette album, c'est l'empilement de phrases de pianos, comme un dialogue entre claviers qui ne proviendrait que d'un seul homme. C'est Emler lui-même qui le définit le mieux : c'est "une oeuvre orchestrale pour pianos multiples". Que la ligne soit claire ou le piano préparé, c'est dans le raffinement du mixage que la magie s'opère, quand le grattement des cordes vient s'instiller dans le thème principal, quand des frappements des notes les plus basses viennent rythmer un passage plus éthéré... Pour une réussite totale.
On notera, dans cet album, véritable militant de la cause instrumentale, un morceau magnifique "Speak up ! Tribune for Better Times" qui ne me quitte pas depuis hier.
Et une photo qui n'a rien à voir... Le petit matin gris, toujours, en attendant des "better times"...

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