J'avais ouvert cette rubrique des "racines du bien" en évoquant un album live de Portal, où je confiais qu'il existe "des dates pour lesquelles on regrette de ne pas avoir eu la chance d'être là. Même une heure ; voir, sentir. Des moments d'Histoire, des brisures d'espace temps qui nous seront inconnues mais que l'on peut sentir grâce au phonographe."
C'était le cas en 1972... Mais 95 ? Où étais-je, le 25 mars 1995 ? Comment j'ai pu rater le train de l'histoire à quelques 100km de là ? La frustration, parfois...
Steve Coleman est certainement l'un des grands monument du jazz mondial, l'un des saxophoniste les plus doué, les plus simple, les plus groove et à la fois les plus inventifs de sa génération...
En mars 1995, dix ans après son premier album, avec une véritable troupe, il investit le Hot Brass parisien pour 3 séries de concerts avec trois groupe différents (Mystic Rythm Society, abordé ici, The Metrics et the Five Elements) qui vont jeter, rien de moins, les bases d'une écriture musicale "nouvelle" débarrassée des étiquettes, venant du funk comme de la musique africaine, du jazz comme du Hip-Hop, avec une écriture d'une beauté exemplaire et d'une puissance de feu époustouflante. Il existe, de cette série de concerts 3 albums distincts que j'ai pris comme un gigantesque coup de pied dans la gueule, comme beaucoup, tant cette musique est toujours d'une absolue modernité.
Parmi ces 3 disques, j'ai choisi "Myths, modes and Means" parce que c'est sans doute celui qui a le plus ébranlé mes certitudes musicales, celles que l'on a parfois à 20 ans.
Ce mélange de tradition soufie, de Hip-Hop New-Yorkais avec ce jazz si limpide, cette section rythmique absolument imparable avec Gene Lake à la batterie et Reggie Washington à la basse, les interventions du rappeur Koyaki, les rythmiques cabossées de Josh Jones et Ramesh Shotham et ces longues et délicieuses phrases de Koto de Miya Masaoka se mélange sans frontières et sans prise de contrôle de l'un sur l'autre. Ce n'est pas de la musique du monde où quelques nervis dénaturerait une musique pour vendre trois disques à des oreilles dégénérées par "le son pop-rock"... On est dans une création tellurique, dans un agencement d'un espéranto du groove, à l'écoute du monde et de son coeur qui bat. On est dans la musique, tout simplement...
Et une photo qui n'a strictement rien à voir.

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