On le savait, Sarkozy n'aime pas le Roman Courtois.
Ses récentes déclarations sur la Culture sont signifiantes à bien des points. Pas sur le contenu général, non, on sait le personnage attaché à des valeurs culturelles bien établie, à une culture de droite bien conservatrice et flatte-couillon qui laisse le bon grain classiciste et renfrognée à une bourgeoisie traditionaliste et l'ivraie de la culture de masse au bon peuple qui paye sa redevance. Entre deux, point de salut. Pas de passerelle, et rien pour le vivant, le déviant, le vibrant et l'expérimental. Ça n'existe pas de toutes façons, ou ça ne devrait pas.
Création, morne plaine. Jazz, combien de divisions ?
Mais ce qui marque le plus, c'est l'imagerie "3ème République, France Éternelle" qu'il souhaite donner à la Culture. En dénaturant Lévi-Strauss, d'abord, lorsqu'il cite hors contexte que "L'Identité n'est pas une pathologie"... Pas plus qu'elle n'est un marqueur de naissance ou de contexte, heureusement, car les portes fermées et les volets clos à vouloir garder la petite flamme de la Culture originelle et pas métissée, n'en déplaise à son attachement soudain et terriblement médiatico-photogénique à Jeff Koons, sentent en général franchement le renfermé et le moisi.
Notons que Sarlozy est pour les portes qui s'ouvrent : que le Louvre se délocalise pour acculturer Abu-Dahbi ou Singapour, montrer nos tableaux de maître comme des muscles, mais rien sur les échanges et autre chose que l'art officiel. Le beau, c'est ce que temps patiné a décidé qu'il serait. C'est le discours de Dakar appliqué à Fragonard ! C'est le savoir du cuistre : c'est connu, alors c'est bien.
Mais ce qui frappe avant tout, c'est l'absence des mots Théâtre et Musique. Bref, le fer porté dans le vivant et l'éphémère. Sur 24 pages de discours, il est cité quatre fois "théâtre", pour continuer l'opposition entre public subventionné -chiant, cela va de soi- et privé, et deux fois "musique"...
Deux fois musique pour deux usages différents ; le commerce et l'apprentissage, le téléchargement et le scolastique, la dépression et l'ennui... Bref, parler pour ne rien dire de ce qu'on ne connait pas, ou pire, que l'on fantasme.
La musique vivante n'est plus qu'une chimère. Seuls comptent les prix internationaux qui font briller le paquebot France -peu importe qu'"entre les murs" dynamite mon projet de société, tant qu'ils ramènent une palme d'or-, et l'Histoire de France, cette divinité maurassienne qui mérite un musée. Assouline a raison : comme si le pays en lui-même n'était pas déjà qu'un cliché muséal ! Mais derrière ça, il y a toujours cette même idée : la France Eternelle, mère des arts et de la culture, au patrimoine ineffable.
Mais comme tout le reste, ce discours n'est qu'un instant infinitésimal de la société du spectacle. Un vide sidéral qui tombera dans l'oubli, tout comme cette analyse...
Comme les notes de pochettes du disque d'hier je finirai sur cette citation de Franck Médioni :
"Le jazz est cette musique née du manque et du rien, une musique qui n'a cessé de se nourrir des son pré-existants et voisins. D'où un état créatif qui transcende ses propres formes."
On ne peut rien souhaiter de mieux à la Culture...

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

24_Cit__radieuse_5