J'ai longtemps éprouvé beaucoup de méfiance pour la musique de Magma. Je ne goutais guère l'amour transi des Kobaïens pour cette musique certes magnifique, mais qui me semblait trop ésotérique, et dont l'écoute me semblait résulter plus de l'attitude que de la profondeur. Soyons honnête, pour une frange des fans de Magma, on est là-dedans... Alors je n'avais qu'un live, remarquable, plus deux ou trois cassettes usées à la corde, de l'époque où ce genre de chose se faisaient.
Peut être n'étais-je tout simplement pas prêt à me laisser bouger, loin des certitudes acquises, dans une musique d'une puissance presque flippante, aux racines multiples, jazz, contemporain, romantique, sans que jamais une case autre que celle dessinée par son concepteur habité, Christian Vander, génial batteur et grand compositeur devant son démiurge éternel.
Il faut accepter de céder, de lâcher prise et de laisser transbahuter dans les étages toujours plus luxuriants des partitions de Magma, dans ces orgues telluriques, dans ces chants d'un tribalisme sans domicile autre que l'univers. Mais Magma, c'est avant tout une œuvre totale, sans concession, à verser à tout jamais dans les ors de l'Histoire de la Musique avec le H et le M qui vont bien, et qui se goute en entier, pour bien en comprendre les recoins : la voix de Klaus Blasquiz, la basse de Jannick Top, et cette volonté de toujours progresser vers un idéal, de se débattre avec la densité de la structure musicale pour toujours la placer en frottement et en rupture... La beauté innéluctable de Köntharkhöz comme exemple définitif...
La sortie de "l'intégrale en studio" de Magma pour leur 40 ans d'existence, dans une magnifique édition Harmonia Mundi-Chant du Monde est à ce titre une réussite : hormis la qualité de l'enregistrement et du coffret, c'est une mine de documentation sur cette oeuvre totale, qui mérite plus que jamais le respect...

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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