Théo Jörgensmann est un clarinettiste allemand renommé, dont le quartet est l'un des fleurons du jazz européen par sa créativité, son talent et la cohésion de ses membres, dont le background musical est clairement tourné vers un jazz fureteur et loin des sentiers battus, dans les clairières ombragées du free jazz d'Ornette Coleman, dont Jörgensmann a su acquérir le goût du souffle créatif et de la mélodie sans barrière.
C'est en toute logique que Jörgensmann, au jeu onctueux et cérébral réunisse ses comparses Christopher Dell au vibraphone et la très impressionnante ligne rythmique Christian Ramond à la contrebasse et Klaus Kugel à la batterie pour rendre un hommage en guise d'eau-forte à Ornette Coleman, et c'est en toute évidence que ce magnifique album se compte dans l'incontounable catalogue du label Hat-Hut.
Il y a de multiple façon de rendre hommage à un musicien ; la plus bêtasse est de reprendre ses morceaux en n'en changeant rien, comme des pièces muséales fétides. A l'autre bout du spectre, il y a une volonté de variation sur le style en composant de nouveaux morceaux, comme un peinture abstraite, du Ornette qui n'en serait pas, un hommage de l'élève au maître, ce que réussit très bien Jörgensmann et Dell. Fausses pistes, mélodies cabossées et rythmique solide sont en effet dans la veine du maître, tout comme cette volonté de ne jamais se laisser enfermer dans une grammaire musicale bornée.
La recette est simple mais diablement efficace, portée comme en exemple dans le morceau pivot de l'album, "Hybrid Identity" : autour du roboratif duo rythmique, le vibraphone de Dell et le jeu libre de Jörgensmann s'articule, se cherche et se frotte, se congratule et s'affronte dans la mémoire d'Ornette sans ne jamais cloner ses pas.. It's something else... Et c'est à lui seul remarquable.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir. 43 jours !

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