Ljiljana "Petrovic" Buttler est un monument. La première écoute de "Mother of the gipsy soul" laisse pantois, sonné, comme une explosion de tristesse.
Pour certains c'est la saudade, cette âme lusophone qui pleure l'éloignement, le bonheur d'être triste... Et puis il y a le sevdah, ce blues yougoslave qui vient du tréfond de l'âme, ce cri balkanique qui raconte tous les tourments des cultures multiples quand elle sont balayés par la faux de l'histoire et la grossièreté nationaliste.
Ce n'est pas la beauté de bohème des feux allumés où l'on gratte la guitare, ce n'est pas de la gitanerie de bobo aussi authentique qu'un Amadou et Myriam souillé par Manu Chao. C'est de l'âme qui passe dans les enceintes, c'est une beauté qui vous fait à tout jamais aimer les Balkans unis par la musique.
Ljiljana Petrovic est la Yougoslavie à elle seule : un père tsigane né à Belgrade et une mère croate partie chanter dans les Kafanas bosniaque à la mort de son mari. Ljiljana jeune apprend le piano et accompagne le soir sa mère dans les cafés. Un jour, sa mère étant malade, elle la remplace sous les quolibets et finis sa soirée sous les vivas. Sa mère meurt rapidement, et la voilà contrainte de la remplacer, de cafés en cafés, de ville en ville à l’age de 14 ans… Afin de gagner sa vie, elle étoffe son répertoire, ne s’arrêtant pas au sevdah, mais mélange Jazz, chanson traditionnelle balkanique ou russe, classique. Enceinte à 15 ans, elle part tenter sa chance à Belgrade, où elle enregistre pour la première fois à la radio un disque où elle creuse son sillon de sa voix grave et chaude comme un alcool trop fort.
L'histoire se répètera après 40 ans et une guerre stupide. C'est ce disque déchirant...
 Dès les premières notes de « Ashun Daje Mori », le premier morceau de l’album, on sent que c’est dans une autre dimension que le disque nous amène. La guitare de Miso Petrovic, la clarinette de Mustafa Santic, la basse de Kosta Latinovic et soudain, pan, la voix de Ljiljana Petrovic et les autres musiciens qui enchaînent, jusqu’à ce chorus fabuleux qui vous enlèverai l’âme. « Ecoute chère mère, écoute ma misère ma misère car je suis maudite Oh mon dieu, je suis maudite » dit elle. Si un choc électrique ne vous traverse pas la moelle, c’est que vous devez consulter rapidement !

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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