Faire ses gammes, connaitre les anciens pour en tirer la moelle, pour mieux savoir s'en départir, c'est la différence entre l'art et la posture, entre l'exigence et le snobisme.
Ellery Eskelin n'est pas dans le snobisme, et c'est l'un des plus exigent saxophoniste ténor de ce temps. Tout se tient. Eskelin a vécu à Baltimore, comme Frank Zappa, mais ça n'a rien à voir ; sauf qu'à Baltimore, on n'est jamais loin de New-York et de sa culture vibrillonante, jamais loin de ce poumon créateur en lien direct avec l'Europe. Et jamais loin au fond de l'Histoire de la musique, celle avec le H qui va bien sculpté dans un matériau en perpétuelle mutation.
Eskelin n'a bien sur pas toujours été cette figure incontournable du jazz moderne, ce pont qui marche dans les traces de Liebman entre l'Europe et les Etats-Unis, Ce son puissant et percussif reconnaissable et cette inventivité chevillée au corps habitué aux projets de solistes qui aiment à jouer ensemble.
C'est d'ailleurs à l'écoute d'un projet récent dont nous parlerons dans les jours qui viennent que j'ai décidé de m'installer dans mon plus bon fauteuil pour écouter un disque enregistré en 1990, le premier d'Eskelin en leader dans un trio des plus conventionnel, avec la ligne rythmique qui babille dans son coin pendant que le ténor roucoule.
Accompagné de deux sidemen New-Yorkais excellents musiciens, Drew Gress à la contrebasse et Phil Haynes à la batterie, qui continuèrent d'ailleurs l'aventure en trio plus tard avec un saxophoniste moins étincellant, Eskelin livre un vrai numéro d'équilibriste sur des morceaux on-ne-peut-plus-bop. Toutes composées par Eskelin, sauf "Fleurette Africaine" d'Ellington, ces morceaux prennent une forme pour mieux la dynamiter...
Une implosion plus qu'une explosion, car jamais Gress et Haynes ne se départissent d'une ligne assignée autour de laquelle Eskelin s'enroule comme un boa constrictor concasseur de thème... On doit beaucoup, parait-il à la ligne rythmique de ce trio dans la culture musicale "classique" d'Eskelin. Qu'ils en soient remerciés ici.
Ressorti par Hat-Hut en 1994, à une époque ou Eskelin explorait déjà d'autres territoires en compagnie d'Andrea Parkins, de Jim Black ou de Dave Liebman, Forms est un disque de gestation qui permet de comprendre la trajectoire d'une comête ; et c'est indispensable.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir

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