C'est le récent livre de Guillaume Belhomme sur Eric Dolphy, cette étoile filante de la musique qui m'a donné l'envie de réécouter quelques albums trop bêtement délaissés.
Le livre de Belhomme est donc allé jusqu'au Japon et c'est avec plaisir que je me suis replongé dans la trajectoire du multianchiste, dans un livre didactique, clair et très bien écrit. Dolphy est un personnage romanesque et tragique. Sa carrière pavée à égalité d'or et d'incompréhension... De quoi en faire un bouquin des plus agréable.
Dolphy, on en a déjà parlé ; sa carrière aussi fulgurante que déterminante dans son intime volonté de faire avancer les choses, les convergences entre la musique de jazz et les formes les plus savantes de la musique contemporaine en font un musicien incontournable. Il y a ses album studio, parmi lesquels aujourd'hui "Out to Lunch" est reconnu comme l'une œuvre cruciale dans la mutation du jazz des sixties. Il y a "Outward Bound" et cette déconstruction minutieuse du Bop. Il y a aussi ses participations à des albums historiques : Mingus à Antibes, Olé de Coltrane, Free Jazz d'Ornette Coleman...
Il y a  enfin ses lives, multiples et divers pour une carrière aussi courte. Des lives enregistrés en Europe où sa musique était plus libre, mieux compris et adulée. Le problème est que malgré ce sentiment de force perçue des les premières notes, cette indestructible force tranquille qui fait sonner sa clarinette basse comme aucun peut être n'a su donner ce son à cet instrument, la qualité des enregistrement n'est pas toujours des meilleurs, si l'on fait abstraction des trois volumes de "Dolphy in Europe" (mais les Stockholm sessions, c'est à éviter).
Si le "Eric Dolphy at the five spot" est une perle, ce n'est pas seulement parce que ce concert New Yorkais de 1961 a bénéficié de l'un des meilleurs ingé son de l'époque. C'est aussi parce que le quintet présent est certainement l'un des plus remarquable de l'histoire. Ne faisons pas dans la demi mesure. En effet, au delà de Dolphy cantonné à l'Alto et à la Clarinette Basse et l'autre comête Booker Little à la trompette se trouvait Mal Waldron au piano, Blackwell à la batterie et Richard Davis à la contrebasse.
Peu de chose à dire sur la section rythmique, qui tiennent la maison et permettent au soliste de s'exprimer, de s'offrir la dissonance, de chercher loin, dans les tréfonds des improvisations ce qu'on pénait encore à appeler Free Jazz. Waldron, tout en retenue s'offre peu de fantaisie, même si son élégance se traduit par une compo magnifique (Fire Waltz) et un solo court et rageur sur le titre de Dolphy, The Prophet, où chacun semble profiter des sommets sur lesquels Dolphy surfe à l'alto.
Dolphy, mort à 36 ans et Little, mort à 23 livrent quant à eux livrent un combat virulent dans une liberté totale, loin des sons éthérées et plus proche de la rage, de la violence, de la fièvre d'une musique bouillonnante, de quelque chose en train de se créer en direct. C'est sur Bee Vamp, morceau de Little, que la complémentarité des deux hommes s'exprime le mieux, la clarinette basse de Dolphy touchant au sublime, et chacun semblant courir dans la démesure pour le rattraper.
Plus qu'un indispensable.

Et une photo qui n'a rien à voir. Petit clin d'oeil à une amie (Diane H., si tu passes par ici...)

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