Hier, donc, "la soucoupe cassée" se produisait au Trianon Transatlantique, devant un public conquis et nombreux ; il faut dire que la soucoupe emporte pas mal les suffrages dans la ville, notamment depuis leur prestation au festival du 106, à l'automne dernier.
Soucoupe cassée, bonheur en tranche. C'est communicatif, un vrai fluide qui passe dans une musique aussi contagieuse que sophistiquée, avec des musiciens qui donnent autant de plaisir qu'ils en prennent, dans un trio sans véritable pointe forte, chacun prenant à son compte une spécificité du groupe, un rôle attribué dont le principal intérêt est de le transgresser. Ni tout à fait free, ni complètement balkanique, la musique de la soucoupe cassée est issue d'un folklore riche et nomade qu'elle ne cherche pas à faire rentrer dans d'autres cases orthonormées mais se baladent dans d'autres musiques, sans attaches, sans ponts... Juste avec une adresse provisoire, un meublé musical, au gré du plaisir entre Chostakovitch et la "disco roumaine", entre Kusturica et Balasz, profitant de l'aubaine pour jouer une musique cabossée entre hardcore manouche et bluegrass klezmer...
Des trois musiciens, c'est le jeu lunaire de Fred Jouhannet au violon qui frappe en premier lieu, tant il est capable de dynamiter les morceaux, de les désorienter, de leur insuffler une poésie. Sébastien Palis quant à lui offre sérénité et finesse à un groupe capable d'une telle palette, d'autant qu'il apporte une justesse de voix remarquable. Quant à Jérémie Piazza, le trublion du groupe, il apporte la stabilité rythmique, et porte le groupe vers le rock.
Il s'en passe de belles, décidément, à Rouen !

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