Eric Seva est un personnage rare dans le jazz français, par son parcours atypique et reconnaissable entre tous. Venu de la musique populaire de tradition familiale (son père tenait un dancing, il s'est donc acculturé à la musique à travers le baloche), il est révélé grâce à l'ONJ de Franck Tortiller venu lui même de cette sphère. Mais c'est Dave Liebman qui l'a révélé, ce qui se devine lorsqu'on prête attention à ce son granuleux, et cette obsession mélodique qu'il met en avant dans l'ensemble de ses compositions.
C'est sans doute pour cela que son premier album, Folklores Imaginaires, il s'entourait de Daniel Yvinec et de Didier Malherbe, eux aussi mélodistes convaincus. Tortiller, Yvinec. 2 directeurs d'ONJ... On a fait pire comme entourage !
Le premier album de Seva avait d'ailleurs reçu un accueil remarquable bien au delà de la jazzosphère habituelle, autant dire que son second album était très attendu.
Espaces Croisés, le second opus est un album plus modeste, autour d'un simple quartet sans basse à cordes, reprenant son idée précédente d'utiliser des saxophones baryton, soprano et sopranino pour créer là aussi une musique du contrepoint, sereine et limpide. La musique de Seva est une errance, un jazz sans domicile qui à cette classe fragile d'un nomadisme choisi. Une musique cosmopolite et chantante.
Cosmopolite, quel joli mot.
Entouré de Lionel Suarez à l'accordéon et au bandonéon qui s'offre le luxe de ne jamais être pleurnichard et d'apporter le travail sur le chant et l'âme qu'il explore avec Minvielle, les saxophones de Seva virvoltent et s'entremèlent, le piano de William Lecompte se faisant plus rythmique, ne s'offrant que quelques échappées belles électriques à l'orgue, lorsque Seva forme un chant rythmique au baryton où il excelle. Il faut cependant saluer le travail rythmique de Pierre-François Dufour qui apporte une atmosphère bien particulière à ce bel album.
Espaces Croisées est un titre très bien choisis, car chacun des musiciens semblent s'entrecroiser, s'entrechoquer parfois dans des voyages intérieurs que chacun semble faire entre la mélodie et la rythmique, entre les rives de la Méditerannée, dans une poétique de voyage qui ne semble pas se tarir, et qui prend toute sa force dans le dernier morceau, identité vagabonde, qui le définit si bien.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir. Sauf l'errance, peut être...

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