Tsadik, le prestigieux label de John Zorn, a toujours le chic pour découvrir des groupes au gré de ses inspirations, et pour leur offrir sur un plateau un disque de qualité et une vitrine mondiale.
C'est ce qui vient d'arriver au sextet toulousain "Stabat Akish" (le philistin souffrant ? quelle drôle d'idée...) dont la musique, frondeuse et en mouvement avait il est vrai tout pour plaire au saxophoniste de Masada : très cinématique, tournée vers un groove pulsatil où l'efficacité et la tension sont les ressorts d'une efficacité imparable, la musique du contrebassiste Maxime Delporte se conçoit comme une dynamique de groupe où les solistes portent un propos collectif avant de penser à une éventuelle gloriole.
Il y aurait pourtant matière à enflammer les solos tant il y a dans la puissance de feu du sextet des sacrés lames, Ferdinand Doumerc en tête, que l'on avait adoré ici dans Pulcinella ou un Delporte dont chaque trait de basse est d'un à-propos dévastateur.
Un Maxime Delporte qui est certainement allé pêcher dans son enfance sud-africaine des rythmiques complexes une ouverture sur le monde et la musique qui évoque parfois Heavy Spirit, qui fit feu de tout bois en 2004 avec la Campagnie... Une influence qui s'exprime notamment par les ostinato des saxs baryton et basse, joué par Marc Maffiolo qui imprègnent l'atmosphère d'une virulence sournoise et d'un groove fièvreux, comme dans le morceau Lolen.
Les influences de Stabat Akish sont multiples, foutraques, mais avant tout urbaines, lorgnant tant vers un rock sautillant et psychotrope que vers un jazz puissant et versatile ou vers les complexités d'écritures d'une musique contemporaine qui ne serait pas déconnecté de son temps. Le propos peu sembler parfois malicieux, il est surtout ardent, s'offrant parfois au gré des surenchères des deux saxophonistes et de Marc Amiel, vibraphoniste remarquable, des moments de pur groove.
Se limiter à Zappa, serait un peu facile ; en ce moment, dès qu’un groupe se pique de mélanger des tonnes d’influences avec humour et érudition, c’est le moustachu de Baltimore qui est convoqué. Il est indéniable que l'influence est là mais elle ne se limite pas aux propres obsessions du maître pour offrir une musique moderne et salement efficace. Sur que Stravinsky aimerait de temps à autres qu'on se souvienne de lui !
Indispensable.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir, même s'il y a un dialogue japonais dans l'un des morceaux !

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