Toutes les sorties du label Hat-Hut mérite un intérêt particulier, et Rossini de Mike Westbrook, dont la première édition date de 1986 ne fait pas exception, et permet de découvrir une œuvre remarquable et en prime de relier entre eux des musiciens et des styles dont je n'avais pas forcément mesuré la proximité  : les Westbrook et Lindsay Cooper, l'une des égérie de l'école de Canterbury, notamment ! (C'est la honte, mais j'avais 12 ans en 1986...). J'en profite pour remercier celle qui me l'a offert, 23 ans après !
Parmi les compositeurs les plus éreintant du XIXème siècle, malgré les pistes novatrices de sa musique, Gioacchino Rossini est une sorte de phare... Aussi voir Mike Westbrook, pianiste et tubiste anglais, homme de théâtre et de jazz, plutôt versé vers la musique improvisée, les brass-band et les arrangements décalés et soyeux à la Carla Bley que vers les fioritures bolognaises qui ont mises à l'honneur les artistes capillaires sévillans, cela ne manque pas de piquant.
Dans cette aventure penchant sans cesse entre l'happening surréaliste et un travail d'une rare érudition musicale, Mike Westbrook est accompagné par sa femme Kate magnifique vocaliste qui fait des merveilles, notamment sur "L'amoroso e sincero lindoro" ou l'Isaura "d'Othello". Outre Kate, Mike Westbrook, qui dirige mais reste en retrait, est suivi par les géniaux saxophonistes anglais Lyndsay Cooper et Peter Whyman ou encore par le tromboniste Paul Nieman, qui apportent beaucoup dans le travail de déconstruction de l'œuvre de Rossini, tout en lui redonnant une teinte populaire que le compositeur avait sans doute lui-même perdu de vue.
Il convient de contextualiser le pourquoi de l'œuvre. Répondant à une commande de la ville de Lausanne dans le cadre du festival du théâtre contemporain, Mike Westbrook a travaillé sur une adaptation pour brass-band de l'Ouverture de "Guillaume Tell", telle qu'on peut l'entendre dans le dernier morceau de l'album, telle une marche de fanfare, saccadée, rythmée et très groove, ainsi que des versions plus décalées, comme celle qui transforme l'ouverture en échos distordus qui rappellent l'alpine music de Max Nagl, autre poulain de la maison Hat-Hut...
Etonné et ravi du résultat, et notamment de la richesse et du double-sens que pouvaient avoir ses formidables et luxueux arrangements, Westbrook travailla sur d'autres morceau de l'italien, et notamment "Le Barbier de Séville" qui offre un véritable écrin à la grande Lindsay Cooper, qui iradie l'album.
C'est cependant sur "Isaura" que le propos prend toute sa force, abstraite et malicieuse. Le morceau de bravoure de Desdemone, qui a sans nul doute marqué Laurent Dehors, permet toutes sortes de fausses routes luxuriantes et magnifiques, ainsi qu'un magnifique solo de Cooper.
Cela fera certainement hérisser les poils des amateurs intégristes d'art lyrique ; ce n'est pas le moindre des plaisir...

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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