Habitué aux trios de cuivre, le tubiste François Thuillier, compagnon de route du Mégaoctet d'Emler comme de Portal revient avec le tromboniste Daniel Casimir, musicien du Gros Cube, pour une formation identique accompagné en surplus du trompettiste allemand Matthias Schriefl qui est une bien intéressante découverte. Cette nouvelle formation, c'est European-TV Brass Trio, où le mot d'ordre facétieux semble se situer avant tout dans le plaisir de jouer ensemble une musique libre et ouverte à toutes les déviations et promenades, chemins de traverse ou à contre-courant. Le combo touche au but assigné, celui de délivrer une musique libre et espiègle, inventive et radicale. Wunschklang veut dire "Le son parfait en Allemand (je remercie mon camarade Matthieu Jouan pour la traduction..). C'est vrai que la chaleur des cuivres, ce son très travaillé est l'un des points forts de l'album.
Tout pousse d'ailleurs dans ce disque où l'humour n'est jamais loin à chercher dans les accords et les harmonies complexes des élans picaresques. La musique se nourrit donc des fausses pistes ironiques et des élans ébréchés, patinés et dépolis comme portant en eux des charmes d'artisanat qui tiennent autant aux personnalités universaliste qui composent le combo qu'à une volonté de confronter la richesse harmonique d'une tradition de musique européenne à la baguenaude nonchalante d'un jazz des origines, s'offrant même quelques remixes électro pour les derniers morceaux... A ce titre, "Mama", composition de Schriefl donne les clés de l'album dans ses brisures travaillées et ses rebondissements coloristes.
C'est encore le label Yolk qui produit cet album innovant qui offre aux cuivres (tuba et saxophones, trombone, bugle et trompette, donc) toute leur place, leur possibilité sans être maintenu dans une rigide rythmique par les cordes et les frappes. Libérés, ces instruments offrent les champs du possible, sans que l'une des têtes du trio ne se détache, unis dans la même virtuosité. Ici, les sons étranges et parfois biscornus obtenus tout autant par les techniques d'embouchures que de voix ou de langue (growl, etc.) que par l'utilisation d'objets dérisoires et la facétie des musiciens.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir, bien qu'il s'agisse de photo au Holga, comme sur le livret de l'album !

Tokyo0002