Les rééditions de Braxton chez Hat-Hut permettent de découvrir le travail de Braxton à rebours, ou au mieux dans un désordre qui permet de recoller les morceaux. Hat-Hut sur une pochette à la photo toujours aussi subtile réédite "Seven Compositions (trio) 1989", certainement l'un de plus réjouissant enregistrement de Braxton du catalogue suisse.
Ce trio enregistré à Amiens en 1989 avec le contrebassiste Adelhard Roidinger, autrichien que l'on a vu avec Khün et surtout toute l'avant-garde du jazz nippon, et Tony Oxley, vieux compagnon de Braxton et de Cecil Taylor est remarquable. Les sept compositions de l'album sont ramassées en trois plages qui permet aux improvisateurs de passer à chaque composition comme dans un souffle continu, Roidinger soufflant sur les braises de la rythmique, poussant Braxton dans le retranchement de ses anches, exultant à l'alto ou faisant hurler le sopranino... Oxley quant à lui délivre dans une pointe un peu doublée un jeu tout en abstraction entre rythmique anguleuse et tintement harmonique. Il y a dans le deuxième morceau, celui qui comment par ce standard des standards, "All the things you are" de Kern & Hammerstein comme des chaines harmoniques qui se brisent, hurlent et se libèrent. La basse enflamme la mélodie, force Braxton à accélérer toujours, magnifique esthétique de lutte.
La force de la Musique ne se niche pas seulement dans le bagage technique sans limite du multianchiste, qui ne réside pas uniquement dans l'écriture subtile de thèmes musicaux riches, mais également dans une puissance démiurge qui utilise tout autant le chaos que le souffle, le silence et la déchirure pour conduire aux vibrations abstraites qui zèbrent ses compositions où les standards qu'il joue. Habité par cette force, cette puissance, cette rage qui se nomme tout simplement création, crue et radicale. "J'ai toujours joué du blues" dit Braxton ; sa musique est peut être, dans sa complexité, le plus pur des blues.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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