Il est des musiciens, au fil des ans, des succès, des épreuves parfois, qui larguent quelques notes qui laissent que le temps ne fait rien à l'affaire, quand on est bon, on est bon.
Comme il le prouve dans ce live italien, Archie Shepp fait partie de cette catégorie, lui qui d'expérience en expérience ne fait qu'affirmer une idée directrice majeure : quelle que soit les directions prises par les musiques noires américaines, il est toujours à l'avant-garde. Sacré pari.
Saxophoniste paroxystique dans une lignée coltranienne qu'il fait bien d'assumer, Shepp a toujours été à la fois là où on l'attendait pas et là où il se devait être, sans pousser du col ni suivre la marche.
Hormis dans les années 80-90, qui ne furent pas les plus simples, Archie a visité le free qui l'anime, libertaire dans une musique libertaire. Le sax de Shepp, au souffle reconnaissable entre tous a travaillé avec des musiciens Maliens, Gnawa, Soufi ou Indiens, a travaillé avec des dizaines de jazzmen renversants (Coltrane, Roach, Braxton, Lacy, Cherry...) et s'intéresse maintenant au Hip-Hop, sans condescendance ni tentative de rajeunir sa musique.
Juste en toute simplicité, dans une continuité d'une musique urbaine radicale et contestataire, dans la lignée d'un blues qu'il n'a jamais vraiment quitté, et dans lequel il se plait lui-même bien plus que dans certains carcans d'étiquettes totalement hors de propos. Il y a d'ailleurs dans cet album un morceau, Revolution, ou Shepp de sa voix rocailleuse charrie un blues édifiant.
Archie Shepp et le Hip-Hop, ce n'est pas une amourette de cinq minutes. Il a participé de manière étincellante à l'album de Rocé en France, il a fêté ses 70 ans avec Chuck D de Public Ennemy himself... Ce n'est pas du hip-hop vocodé où quelques naïades plastifiées viennent dandiner du short. Définitivement axé dans un Hip-Hop "old school" qu'il faudra bien un jour se décider à appeler "forever", c'est à coup de phrases enflammées de ténor qu'il pose sur le CNN de la rue.
Dans un disque réalisé en live en novembre 2007 au théâtre Manzoni de Milan, Shepp réitère avec le rappeur et beat-boxer Napoleon Maddox pour une immersion dans un groove imparable, une prestation ahurissante, avec une base rythmique remarquable constituée du batteur Hamid Drake et du contrebassiste Joe Fonda comme pour tenir la maison jazz, accompagné par les beat-boxing toujours à-propos de cet impérial Napoleon Maddox.
Sacré trouvaille que ce Maddox, à cheval entre saul Williams, Chuck D et Rahzel, à la fois excellent parolier et doté d'un groove à réveille Michel Contat, il délkivre dans "Ill Biz" un morceau entêtant et d'une rare efficacité, qui constitue de plus une pure perle old-chool. Pour le reste, il s'efface derrière un Archie Shepp en transe, accompagné de riffs du jeune saxophoniste Cochemea'a Gastelum, notamment dans une reprise scotchante de Kashmir de Led Zep, qui s'ouvre par un solo Garrissonnien de Joe Fonda...
Un disque libre qui s'épanouit en liberté ; un bonheur.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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