Pour continuer sur le billet d'hier, certes, Google rend idiot.  Mais Internet n'est pas le fond, même si il a permis d'aller plus vite dans la dérive. Le fond, c'est cette volonté d'étiqueter, de marquer, de faire rentrer dans des cases, de simplifier à l'extrème, de ne donner que des pistes liminaires ou confuses sous couvert d'expertises.. Ca, les médias n'ont pas attendu Internet pour le faire, même si le TF1 de Bouygues a l'âge du Minitel !
En musique, cette lame de fond est aussi à l'action depuis très longtemps, depuis que chaque musique n'évolue que dans sa petite case dépressive et n'en sort qu'au gré des études de marché... Mais il faut bien avouer qu'Internet à là aussi servi d'accélérateur de particule.
Un article édifiant mais d'une rare lucidité vient corroborer tout cela. Ainsi, le "journaliste musical" n'aurait plus qu'à rendre concis son propos, offrir des "métadonnées" pour que le lecteur puisse se "faire lui-même son idée". Si ce n'est pas une négation de chronique de disque, qu'on me passe en boucle un compile de Renan Luce. Le journaliste musical qui ne pense rien et qui markette, peut être, le passionné dont j'espère faire partie préfère encore se percer les tympans à la chaux vive.
On connait les sites internet qui fournissent aux Internautes des services de prescription automatisées. Au mieux, c'est médiocre, au pire, c'est un salmigondis de clichés mainstream qui détruisent toutes formes de curiosité. Parce que le web est soi-disant "une grand poubelle" comme le dit l'un des créateurs de ces sites de "prescription" avec ses "artistes similaires" qui font hésiter entre éclat de rire et crampes d'estomac...
Snobant absolument toutes les marges et tous les passeurs, ces prescriptions figées comme un chou de Bruxelles dans de la crème rance se permettent le luxe de l'approximation et d'autres drôleries du genre. C'est ainsi que je suis tombé sur la fiche de Sun Ra (On parle bien de Sun Ra !) qui commençait bien, puisqu'elle était rangé en "World" (le jazz, qui n'est plus vraiment une musique, n'est pas dans les genres proposés en premier lieu). Je passe sur le commentaire assez nauséabond sur les happenings du maître comparés à un show de Drucker pour en venir aux désopilants "Artistes Similaires"...
Ainsi, j'apprends que Herbie Hancock, qui a commencé en même temps que lui dans un style assez peu comparable est sa "succession musicale" et que Jelly Roll Morton est un "artiste similaire"... Mis à part que ce sont des pianistes, quoi d'autre ? Et qui encore ? Richard Claydermann ?
Si les métadonnées censées changer la lecture critique de l'industrie musicale sont de cet acabit, les pensums que je vous inflige ici ou ailleurs ont encore de beaux jours. Tant mieux pour la musique ? Ce n'est pas à moi de le dire ;-) !

Et une photo qui n'a strictement rien à voir, tant mieux !

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