Il y a un intérêt certain à suivre les circonvolutions de notre ministre en papier-bible à peine la rentrée passée, entrain de s'affairer sur Hadopi, la loi portefaix dont il a hérité. Les vacances terminées, passées à crier son amour de Souchon et à aller voir Thomas Dutronc dans un festival de Jazz (quelle abnégation, quel courage, quelle stoïcisme christique !), Hadopi reprend en effet sa route, droit dans le mur, en appuyant sur l'accélarateur si possible.
Il ne s'agit pas de gloser sur l'oubli par le ministre de l'acronyme Hadopi sur un plateau de télé comme un infortuné Lefèbvre, même s'il est assez succulent de voir ce monstre de maîtrise s'embrumer dans son côté faussement lunaire pour tenter de s'en sortir sur une bien triste pirouette. Décidément, le gouvernement est très en pointe sur les pirates. Le glissement sémantique organisé sur les téléchargeurs fait d'ailleur tout drôle quand le ministre des sous-marins à la crevette en parle sérieusement...
Il s'agit plutôt de s'interroger sur l'énième mouture de cette loi taillée pour les lobbys, et notamment cette réflexion sur les droits d'auteurs avec un train de retard. En effet, les acteurs de la Culture, comme Création Public Internet, dont je vous avais déjà mentionné l'existence, ont déjà planché et apporté des réponses très éloignés des désir des majors, pour défendre vraiment l'intérêt commun des artistes et du Public ; mais comme le développe Owni dans deux articles de Stéphane Favereaux, le ministre, membre par ailleurs d'un des lobbys les plus en pointe sur la défense d'Hadopi, est peut être tenté de faire entendre une autre voix : celle plus éraillée du droit d'auteur mis en pâture aux marchands de soupe.
La mission sur l'offre légale annoncée ne sera pas dirigé par les trois Stooges (contre les hors la loi ?) mais par 3 personnalités contrastées : Patrick Zelnik, Jacques Toubon et Guillaume Cerruti, les deux derniers ayant connus les ors de la Rue de Valois, sans pour autant finir à la danse. S'il ne convient pas de présenter Toubon, très virulent selon PC-impact sur les question Internet, ni de s'étendre sur l'ancien directeur de Cabinet d'Aillagon, il est nécessaire de parler du patron de Naïve, Zelnik.
Il serait trop facile de résumer le patron de Naïve à la production des œuvres inaltérables de Carlabi. Naïve a toujours été un peu à part dans la distribution de disque (et même assez honorablement), et Zelnik avait en 2004 des positions sur la crises du disque assez intéressantes("nous subissons nous aussi la crise du disque, qui est elle-même le résultat de ces fusions [de majors] et non pas uniquement celui du piratage", " l'industrie a développé des outils comme les compilations, (...) Toutes ces «innovations» ont été décidées par des managers qui voulaient maximiser leurs profits à court terme, soutenir leur cours de Bourse et profiter de leurs stock-options. Ce faisant, ils ont mis en danger leur avenir car ils ont dévalorisé le CD aux yeux du public. Plus personne n'a une idée du juste prix d'un disque. C'est cette dérive, plus que l'internet, qui a ouvert les vannes au piratage. C'est l'industrie du disque elle-même qui a tué notre désir de CD". ou encore "les difficultés de notre profession sont avant tout liées au poids écrasant pris par le marketing, au détriment du culturel"). Il conviendra de le rappeler, le cas échéant...
On a certainement pas fini d'en parler.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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