C'est avec circonspection, pour ne pas dire méfiance, que j'ai enregistré la nuit dernière les "Victoires de la musique Jazz", mais du jazz à la télé, c'est comme un film de Lubitsch, ça ne passe qu'une fois tous les dix ans, ou sur des chaînes câblées improbables.
Il y avait aussi, j'avoue, une forme vaine d'envie cynique d'étudier l'inanité des commentaires ; la présence au micro d'Isabelle Giordano paraissait prometteur et ne me déçu pas. Mais avant d'attaquer cette part de lion, comme la crinière léonine de Robin McKelle qu'Isabelle remarqua avant toutes choses, quelque mot du contexte de la cérémonie et de ses prix.
Dans la hiérarchie télévisuelle, le jazz est en division d'honneur (posthume). Les "Victoire de la musique" (entendre variétés) bénéficie du prime time et d'un nombre de prix pléthorique. Les "Victoires classiques" sont diffusées en direct le dimanche après-midi pour prévenir les somnolences gériatres. Mais les victoires du "Jazz" (car tout ceci doit être bien cloisonné, n'est-ce pas, au cas où ça se mélangerait sans prévenir) n'offre que cinq prix, et n'est diffusé qu'après minuit et en différé.
Bonne nouvelle, les prix donnés par l'académie avaient un sens, même s'il est agaçant de voir que la somptueuse formation de Ducret a obtenu le prix après sa dissolution et n'aurait peut être jamais été distingué sans la volonté d'une poignée de passionnés d'en faire un disque. Mauvaise nouvelle, le prix du Public-qui-a-toujours-raison-et-qui-n'avait-aucune-chance-d'être-truqué-la-preuve-j'ai-voté-plusieurs-fois a de quoi faire tomber de l'armoire.
L'émission fut au délà de mes attentes. Enfin pas dans le sens positif de l'attente, je le crains.
Dés l'entame, Isabelle nous présenta Caravan Palace, qui est au Jazz ce que la famille Guetta est à la musique électronique, non sans avoir invoqué le pauvre Django qui a du en ouvrir une rotisserie à Samois sur Seine. Puis il y eu l'hommage aux disparus passablement grotesque, avec ce fantasme de jazz de club enfumé entre La Huchette et Manhattan qui n'existe peut être que chez les poseurs ou chez ceux qui n'en n'écoute pas. Pour finir, ce fut platitudes sur platitudes, de l'interprétation "un tout petit peu improvisée" à ce "Petite Fleur" "que nous aimons tous".
Pour un peu, on attendait presque un solo de Jean-François Copé.
On ne compta plus non plus les hommages complaisants aux fifties comme horizon indépassable, comme doudou "tellement si mieux"  pour une jeune génération jazz "respectueuse", présentée comme figée dans ses anthologies. Heureusement, le pauvre Médéric Collignon rebaptisé "trublion" -faut il ne jamais avoir été à un de ses concerts ou en possession de l'un de ses disques pour le réduire à cela- nous offrit comme à son habitude un des rares chouette moment de l'émission... Pour le reste, ce fut court : un bon morceau de l'ONJ, un morceau de Kerecki remarquable, un moment Free d'Emile Parisien...
Allez expliquer ensuite au grand public que la scène jazz est si vivace ! Non, le jazz n'est pas mort. Moins mort peut être que sa funeste représentation télévisée. Mais le jour où cela arrivera, soyons en sur, un groupe de mauvaise électro jouera "Petite Fleur" en costume d'école de Commerce.
Y'aura peut être même Jean-François Copé.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir.

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