Deux titres en anglais en deux jours, c'est mal. Mais vu le sujet et la date, c'était trop tentant.
C'est la grande annonce musique de la journée, voire de l'année à lire certains blogs enthousiastes, que la sortie de l'intégrale des Beatles remasterisées. C'est amusant, car mon correcteur automatique d'orthographe, dont je devrait faire bien plus souvent usage, je sais, me propose "remastiquées". Et si l'intelligence relative de ses proposition avait trouvé pour une fois le mot exact ?
J'ai passé une bonne partie de la journée à écouter les Beatles après avoir été bassiné dès le matin par la sortie des "remasterisés" bombardés info capitale sur Inter, je me pose la question : remasterisés, d'accord, mais pourquoi ? A cette question, une réponse, donné par le journaliste d'Inter qui m'a fait tiquer : "pour donner aux Beatles une sonorité plus d'aujourd'hui..." suivait un exemple absolument pas patent, tout à fait normal entre le compresseur de l'antenne et la qualité médiocre du radio-réveil. On imagine cependant aisément le lissage du souffle, la rondeur de la basse et la mise en avant des petits détails qu'il fallait parfois pêcher en fermant les yeux, comme les slides sur "Strawberry Fields"... Ce parti-pris, je le crains, ne va pas agacer que moi. Les ingénieurs ont beau dire qu'ils ont "nettoyé Mona Lisa sans lui rajouter du rouge à lèvres", le manque d'aspérité, le lissage des voix bien lavées, est-il destiné à l'auditeur habitué à la pauvreté du MP3 ? Ne recommençons pas le débat...
La question qui reste, c'est donc : pour qui ?
Il ne fait pas mystère que cette sortie est un magnifique coup d'éclat commercial pour se redonner des couleurs ; l'intégrale sortira en même temps qu'un jeu où l'on désapprend la musique sur une minable guitare en plastique.
La réponse est donc dans le précédent paragraphe : pour les collectionneurs et ceux qui veulent refaire le monde jusqu'à la fin des disques (et je fais malheureusement parti des deux catégories), il se trouve que ce sont ceux qui achètent encore des disques... Mais était-ce nécessaire ? Les CD de 87 sont bons. C'est donc bien une idée de marchand de soupe.
De ce désagréable élan médiatico-commercial qui surfe régulièrement sur le fait de société que représentent les Beatles, il en reste cependant une véritable constante : quand on voit ces pauvres garçons d'Oasis être obligés de se foutre sur la gueule pour exister, l'apitoiement musical d'un Jagger qui me fait penser à une actrice oubliée placée de force dans une institution, obligée de vendre ses robes pour se payer un déambulateur, ou encore des papys rebelles boudinés dans du cuir hurler la haine de la société-à-papa avant d'aller finir leur sudoku, il est tentant de se dire que si la pop n'avait pas eu ces quatre là, elle serait définitivement bien triste.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir

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