Dans la discographie pléthorique de Braxton, qui l'a souvent disséminé dans maintes labels différents, il existe depuis plus de quatre décennies des pépites, des morceaux faisant pont entre jazz des origines, musiques savantes européennes, et toutes les influences passées dans les tubes de sa Création.
Si la plupart de ses enregistrements sont enregistrés live, c'est que l'instant reste toujours son moteur de ses compositions, et qu'il s'entoure toujours de fabuleux improvisateurs. C'est d'ailleurs le cas sur cette composition 343 enregistrée à Londres en 2004 et éditée par Leo Records, petite perle atonale en deux parties qui laisse le temps au développements d'idées, de tirades bossuées et de corps à corps avec le trompettiste Taylor Ho Bynum.
Si son quintet de 2004 reste dans les esprits, c'est qu'au delà d'une composition à la première partie touffue et brillante, la formation est spectaculaire. Il y a bien sur la section rythmique composée d'un Chris Dahlgren que l'on a déjà vu avec Braxton, mais aussi du percussionniste Satoshi Kateishi, figure de la musique électronique expérimentale japonaise... Mais on sait que Braxton a toujours eu un rôle de passeur, et deux des jeunes musiciens qui l'entourent sont à la fois des fidèles de ses productions et des musiciens influencés par le multianchistes. Taylor Ho Bynum et Mary Halvorson participent également aux Ghost Trance Series et cela se perçoit.
Il y a dans ce concert londonien capté par la BBC à la fois un résumé du travail de Braxton dans ce début de XXIème siècle, mais aussi les prémices jetés des productions des deux jeunes New-yorkais. La guitare d'Halvorson est saignante, relance parfois le dialogue entre le saxophoniste et le trompettiste, ouvre d'autres plages et d'autres pistes. A la réécoute de ce concert, on pressent déjà la retenue d'un album comme Crackleknob.
Quant à Bynum, il étincelle. La seconde partie de la composition 343, beaucoup plus nerveuse, comme exutoire est placée sous sa direction et rappelle furieusement les parti-pris de Asphalt Flowers Forking Past, l'éclatant album tant aimé par ici...
Si ce concert jette les bases d'une musique improvisée contemporaine de la fin de cette décennie -on pense à Joe Morris également-, il est indubitable que Braxton en est l'un des grands instigateurs. Il n'y a qu'à se laisser cristalliser par son magnifique solo d'alto à la 32ème minute de la première partie...

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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