Le batteur Thomas Grimmonprez est un musicien très recherché, avec à son actif un nombre tout à fait impressionnant de collaborations à son actif, qu'il serait trop long de citer en entier, tant le CV est consistant. Cependant, on peut noter qu'au delà d'une propension à participer à des projets de Grands Ensembles (notamment avec Patrice Caratini), il est l'alter-ego de la rythmique dans le trio de Stéphane Kerecki, dont le dernier album, Houria, est toujours pour le moment dans mon top 5 des meilleurs albums de l'année.
Dans chacun des projets où il a posé ses cymbales, Grimmonprez a toujours offert un jeu sec, précis, métallique, et toujours très polymorphe. Son projet "Bleu", sorti il y a peu chez Zig-Zag Territoires, est son premier album en tant que leader et surtout compositeur des huit morceaux qui le composent. Un album en forme de trio classique, formation qui permettait à Thomas Grimmonprez d'exprimer au mieux son propos, aussi direct que son jeu.
En retournant à ses sources lilloises en choisissant des musiciens qu'il côtoient pour l'accompagner dans cette atmosphère à la fois très sèche, groove et très ramassée, allant droit au but, il permet également d'éclairer la scène lilloise dans toute sa qualité. Bleu, c'est avant tout un climat électrique évoquant parfois l'esprit des circonvolutions funkisantes d'un Miles Davis estampillé seventies ou bien plus surement le Bojan Z de Xenophonia...
Bien sur, la présence du Rhodes de Jérémie Ternoy n'y est absolument pas étranger. Le piano électrique de ce très fin improvisateur qui utilise son instrument entre légèreté d'un jeu parcimonieux, comme dans le très joli "sans nom", ou encore la dureté d'une électricité chaleureuse, comme dans "Bleu" qui ouvre l'album est le pivot important de la musique de Grimmonprez...
C'est frontalement que les trois musiciens affrontent une musique aux atmosphères allant de la lumière à la nuit, dans toutes les gammes d'un bleu porté collectivement, un collectif exprimé jusque dans la pochette qui résume à elle seule l'album : urbaine, vivante, en mouvement mais sans cependant qu'une silhouette se détache de l'autre...
Le jeu de Grimmonprez est économe d'effet, sachant se sentir à la fois franc frappeur dans le morceau "Sphères" et s'offrir des passages coloristes et intériorisés dans le magnifique "sans glace". Si la musique est définitivement collective, on le perçoit cependant comme l'authentique leader de la formation, partageant la rythmique avec un magnifique contrebassiste aperçu dans le "Circum Grand Orchestra", Christophe Hache, qui fut l'un des bassistes de l'ONJ de Franck Tortiller, et dont le jeu limpide éclaire la relation du batteur avec son pianiste.
Il en résulte un album très cohérent, synthèse d'un batteur qui ne cherche pas à se mettre en avant, pas plus qu'il sacrifie l'efficacité et l'atmosphère à une virtuosité vaine, pour une vraie réussite.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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