Le bel été de Yolk se prolonge, et même dans la grise turpitude d'octobre, la dernière sortie du label est encore une fois une perle.
Enregistré live, comme son nom l'indique, l'album du trio composé de Matthieu Donarier aux saxophones, de Joe Quitzke à la batterie (qui est également un fidèle de Gabor Gado) et de Manu Codjia à la guitare sanctionne dix ans de scène commune à livrer une musique vivante et jubilatoire.
Ce n'est pas un mystère que de dire que Matthieu Donarier est un des chouchous de ce blog, et ce à plus d'un titre. D'abord parce qu'il est l'un des saxophonistes les plus doués du moment, en témoigne sa participation a ce qui reste -décidément- l'un des meilleurs albums de l'année 2009, le Houria de Stéphane Kerecki, où il occupait une piste pendant que Malaby occupait l'autre. Donarier et ce son si particulier avec cette ampleur et cette facilité à jouer simple, à toucher directement l'auditeur sans avoir besoin d'esbroufe, sans compter ce petit souffle sablonneux reconnaissable entre tous qui donne du relief à ses tirades.
Ensuite, Optic Topic, album précédent du trio, est le premier contact que j'ai eu avec le label Yolk en 2004, et la maîtrise des trois musiciens, ainsi que leur capacité à changer alternativement de rôle dans ce triangle mouvant reste toujours l'un des meilleurs albums d'un label qui n'en compte pas de mauvais !
Le trio de Donarier a cette force de ne pas donner un rôle figé à chacun. Ainsi, Donarier peut assurer la partie mélodique alors que la guitare de Codjia se fait rythmique ; il n'est pas sur que les places soient les mêmes quelques mesures plus tard, pour le bonheur de l'auditeur...
Live Forms est une sorte de point d'étape exutoire. Le groupe avait fait un disque studio qui explorait leurs compositions, alors que ce dernier disque expose les reprises qui agrémentaient la scène, véritable champs d'expression naturel. A ce titre, l'interview de Donarier par mes camarades de Citizen Jazz est riche d'enseignement. Live Forms permets également de retrouver un Manu Codjia tranchant, inspiré, après un second album en demi-teinte. L'interprétation de la troisième Gnossienne de Satie est ainsi un moment époustouflant de poésie et d'inventivité.
Si le disque est très compact et cohérent, dressant un portrait progressif, il y a, on l'a vu, un travail sur les reprises absolument remarquable. Ainsi, à deux reprises, Brassens est cité (Le roi des cons et le temps ne fait rien à l'affaire) dans des morceaux où le phrasé impeccable de Donarier fait des miracles. Dans les deux cas, une impertinence virevoltante semble porter le disque vers une sorte d'enivrement libertaire qui colle tellement bien à la légèreté du saxophoniste...
Un disque indispensable !

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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