L’autre soir, nous avions envie de passer quelques instants impavides devant la télévision pour avoir des choses à raconter à la machine à café ou à Twitter, ce qui est sensiblement la même chose.
Nos neurones apeurés –mais tout à fait consentants- se sont offerts une demi-heure à la soirée en « hommage » aux 25 ans du Top 50, la foire au boudin du disque qui a fait autant de mal à l’industrie musicale que l’étroitesse de ses décideurs et les mauvais encodages de MP3. Le simple plaisir d’assister au triste et malsain spectacle de quelques starlettes délaissées, se partageant en nombre égal entre voix parcheminées et vieilles naïades botoxées et lisses jusqu’au ridicule aurait pu suffire...
Mais ce plongeon dans l’eau glacé, digne des pires heures de Jeff Buckley (ou de ses meilleures, tout dépend du point de vue), du marais vaseux des années 80 ne concernait finalement pas que la musique, et m’a projeté dans une autre forme d’état, plus proche du malaise.
Parce que les années 80, ce n’est pas seulement que cette musique en conserve pour benêts qui dandinent leur cholestérol sur une chanson affligeante pour l’Ethiopie. Ce n’est pas seulement ce moment où l’industrie a compris que la masse des auditeurs avait le sentiment d'être militant en écoutant un gendre idéal aussi factieux que de l’eau tiède ahaner deux pauvres rimes dénotant que la guerre et le racisme c’est pas bien, forcément, puisque c’est mal. Enfin, ce n’est pas seulement que les gesticulations de Gold et Images qui se prennent pour des stars du funk alors que leur carrière les a mené à jouer à la fête des vignerons Ardéchois avec Julie Piétri.
Non, les années 80, c’est également le cynisme, l’arrivisme, la cuistrerie de quelques matamores en chaussures à bout pointus, ces horribles chaussures en triangle qui donnent des envies de mines anti-personnelles. Les années 80 ce sont ces années incroyables où vendre des photocopieurs avec une gourmette était presque pareillement dans le vent que de jouer un trader encocaïné dans un film décousu où le symbole de la réussite est de porter une chemise de couleur avec une montre vulgaire.
Bref, les années 80, ressemblent à s'y méprendre aux cauchemars actuels. A bien y regarder, c’est évident ; Barbelivien, le bling-bling, les moralistes en beurre fondu pour causer à la jeunesse, le culte du winner cuistre, l’argent qui palpite, la vulgarité du cynisme…
L'argent qui palpite : il parait que c’est terriblement démago que de mettre en parallèle le prix de l’installation d’une douche multi-jets -qui aurait coûté 200€ chez Casto Dépôt- avec un revenu moyen d’un salarié qui peine à s’acheter une maison à ce prix là dans un centre-ville de province ; le cynisme : il parait aussi que c’est fallacieux de souligner la morgue qui consiste à répéter mot pour mot un discours aux agriculteurs –en y adjuvant quelques relents maurassiens qui glacent- à neuf mois d’intervalle... Alors soyons démago et fallacieux : ce revival des années 80 là me fait beaucoup moins rire que les synthés improbables de quelques partenaires particuliers.
Dans les années 80, comme d’autres, je trainais mon spleen adolescent dans l’incommunicabilité de mes goûts musicaux : Coltrane, Zappa, Soft Machine ou les Beatles, quand tu as 12 ans en 86, c’est la certitude de les passer au fond de la cour en remâchant son incompréhension –c’est le moment sensible du billet-.
L’apprentissage de la violence viendra avec des groupe comme « Tears for Fears » qui singeront les Beatles avec le très très mauvais « Seeds of Love », puisqu'il est des choses dans la vie sur lesquels on ne transige pas ! C'est ainsi que tout recommence. Ce matin, j'ai failli m'étrangler avec mon café en apprenant que CarlaBi allait reprendre un morceau des Beatles avec Harry Connick Jr dans un duo oscillant sur le papier entre le clinquant et le prétentieux, entre un héron asthmatique et un paon décati. So eighties. D'où cette question, posée avec le poète urbain Didier Morville ; "Mais Qu'est-ce qu'on attend ?"

Et une photo qui n'a strictement rien à voir, et tant mieux pour elle...

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