"L'art comptant pour rien", c'est le bon mot asséné tout fiérot par notre ministre en papier bible dans le numéro hors-série de Technikart concernant l'art Contemporain. "Je ne serai pas le ministre de l'art comptant pour rien", dit il. On entendrait presque Bouvard pouffer.
Il est pourtant en charge, dans les appartements de la rue de Valois, de la musique et du spectacle vivant, qui sont bel et bien les parents pauvres, que dire, les parias d'une politique culturelle qui se résume partout et toujours à de l'affichage, de la communication et la promotion des arts plastiques. Il en est d'ailleurs ainsi depuis longtemps, sans que notre ministre en soit l'unique responsable. Pour une fois ne l'accablons pas, tout ceci est le fruit d'une longue histoire et d'une pensée dominante qui a fait de la peinture un patrimoine et de la musique un divertissement. En tant que ministre "des "vieilles pierres" dans un gouvernement réactionnaire, il ne pouvait donc en être autrement.
C'est un fait, "L'histoire de l'Art" est picturale ou sculpturale, et la musique est toujours traité à part, voire oubliée... Il est peu de dire que la musique est la part négligée de l'apprentissage et de la politique culturelle de ce pays. Faites le test : demandez autour de vous le siècle du peintre Delacroix (au hasard). Demandez ensuite le nom d'un compositeur faisant partie de ses contemporains !
Pour le reste, oublions les rodomontades condescendantes envers les musiques urbaines et populaires dans le fol espoir d'acheter la paix sociale, pour bien parler du soutien à toutes les musiques et surtout à celles qui ne profitent guère des financements encore réels de l'industrie chancelante du disque.
Parce que la musique, dans le mode de pensée dominant, c'est avant tout une industrie, et que pour les industries, c'est Hadopi qui est la réponse sur mesure. Peu importe de savoir -et de manière mille fois réitérées- que les téléchargeurs sont les plus gros consommateurs de musique ou que le modèle économique de la vente de musique est absolument dépassé. Tout le monde le sait, et les marchands de soupe les premiers. A terme le disque est voué à être défendu par des passionnés sur le modèle économique de la micro-brasserie et/ou servira aux artistes pour promotioner leur métier premier : la scène. Le disque n'est alors qu'un objet pour collectionneur (comme moi) ou une reproduction qui sert de carte de visite et qui doit donc se ventiler au maximum. On y revient.
Ce modèle économique coute cher si l'on veut que les artistes disposent des moyens nécessaires d'enregistrer correctement. Réduire ces coûts pour permettre à une création musicale nationale, européenne et internationale d'exister, c'est le rôle du mécénat public et notamment de l'Etat qui doit régler le problème des Intermittents, fondamental -tellement plus que la tartufferie Hadopi !- dans la prétendue crise !
Dans la manière institutionnelle et économique d'aborder la culture actuellement, le disque est considéré comme "un bien culturel" et pas comme une oeuvre à part entière indépendante. Si l'on veut bien se pencher quelques minutes sur cette problématique, il y a là-dedans un début de réponse aux questions que l'on ne nous pose pas. Soit entre oeuvre d'art et commerce.
Sans doute que les émotions ressenties devant un tableau du Caravage ou à l'écoute d'une oeuvre de Kodaly ou de n'importe quel disque pantheonisé ne sont pas de la même qualité ? Foutaises.
Il faut en finir définitivement avec "l'industrie" du disque. Une oeuvre enregistrée n'est pas majeure ou mineure vis à vis d'un tableau. Alors pourquoi on aurait droit de vendre dans le même temps des originaux, des lithographies, des reproductions, des posters ou des cartes postales de tableaux, voire de ventiler des affiches pour inviter à voir des expositions sans que ce soit une perte financière pour les plasticiens et qu'il n'en serait pas de même pour les musiciens avec des reproductions de leur musique ?
C'est tout l'enjeu d'une politique culturelle qui ferait de la musique autre chose que l'art comptant pour rien. Mais n'attendons rien du papier bible.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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