Le simple nom de Jozef Dumoulin dans un album laisse entrevoir un son particulier, un travail en profondeur sur les ambiances, sur la profondeur même du son qu'il sculpte même au cœur du silence pour créer un son tout à fait reconnaissable, d'autant qu'il est un grand utilisateur de pédales d'effet pour ses claviers et notamment son Fender Rhodes qui prend sous ses doigts un son plus fragile, plus souple, moins chaud mais tellement plus intérieur.
C'est pourquoi le premier album en solo du claviériste, sorti chez Bee Jazz, avec son groupe Lidlboj (ce qui prononcé à la flamande ressemble opportunément à "Little Boy") "trees are always right", composé du batteur liégeois Eric Thielemans, aperçu dans Tous Dehors ou Via Zappa, du saxophoniste d'Octurn Bo Van Der Werf et de la chanteuse et "electronicienne" Lynn Cassiers, figure de la scène expérimentale bruxelloise et membre d'Octurn, était très attendu...
Sa dimension électronique fera sursauter quelques taxidermistes d'un jazz confiné, mais il délivre une musique profonde, très personnelle et fondamentalement touchante, qui évoque tout autant Bill Carrothers (on pense notamment à son dernier album autour des comptines) que Boards of Canada ou Aphex Twin, ce qui est plus rare dans un disque de jazz... Disque de jazz ?
Oui, et que ceux qui en doutent encore se jettent se jettent sur la plage 9, qui se nomme 7 (on a pas idée !) pour ne plus en douter ; ou qu'ils s'achètent des oreilles neuves : en 2003, Franck Vaillant signait avec le premier Benzine (groupe dont Dumoulin fait partie désormais...) un disque très influencé par des expérimentateurs comme Aphex Twin, et Dumoulin reste dans ce courant.
On connait le flamand Jozef Dumoulin comme étant l'un des architectes du groupe Octurn avec Der Werf, un groupe connu pour sa complexité, sa densité, mais aussi son intérêt pour la musique électronique et son assimilation dans le jazz...
Pas cette électronique tapageuse et bourinne censée remplacer une vacuité de composition, de propos et/ou de talent par un relan de groove fétide, mais une électronique qui donne du sens au propos par son pouvoir d'évocation et d'atmosphère, et Lidlboj est dans la seconde catégorie...
"Trees are always right" est un disque qui visite plusieurs univers, pour une musique cohérente et réjouissante. Il sonde les univers oniriques de l'enfance à la fois par une musique très atmosphérique, mais également par un travail rythmique hors pair. "I sat down" notamment, avec la belle voix de Cassiers en néerlandais ou la profondeur du jeu de Van Der Werf dans les deux parties du morceau Eihwaz sont des petites perles qui font de Lidlboj un groupe à l'atmosphère très personnelle.
Si l'on évoque ça et là, l'empreinte de groupes électroniques comme Add (n) to x, le Archive première mouture avec Roya Arab ou bien entendu Aphex Twin, c'est bien le son de Dumoulin tel qu'on le goûte depuis des années qui est proéminent. Mais à titre personnel, ce disque a réveillé en moi une forme de "continuité conceptuelle", comme dirait Zappa , qui m'a rappellé que ces groupes électro étaient ceux que j'écoutais en boucle il y a 10 ou 15 ans, et que finalement, la musique que j'écoute aujourd'hui en découle directement, entre autre(s)...
Ce qui doit rester marquant, c'est que Dumoulin a assimilé la musique des années 90 et du début de ce siècle pour ouvrir une nouvelle piste, ce qui montre encore une fois l'éclatante modernité de la scène jazz venue de Belgique.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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