La semaine dernière, en promenade au milieu d'un Morbihan magnifique autant que désert, nous avons mangé des crêpes, ce qui semble tout à fait indiqué lorsqu'on se trouve dans cette partie là du continent et qu'un repas roboratif est nécessaire pour avancer dans le vent, et parce qu'en plus, j'aime bien les crêpes.
C'est bien les crêpes, parce que c'est convivial. C'est un peu comme la pierrade ou la raclette, n'importe qui vous le dira. La crêpe a un capital sympathie que n'a pas la tripe à la mode de Caen, par exemple ou le lapin à la moutarde. La crêpe à la saucisse est terroir, alors que la crêpe au chorizo est inventive ; la complète quant à elle est plus classique.
La crêperie étant un endroit familial, il convient d'écouter de la musique familiale. De mettre en rapport l'environnement avec le concept même de la crêperie. D'adapter la masse sonore à l'idée de l'hospitalité commerçante par un design musical recherché. Ainsi, certains tentent la musique bretonne typique au synthétiseur afin d'appeler une abstraction identitaire mais par essence excluante de la crêpitude. Pour les autres, il y a Laurent Voulzy.
Le voyage permet la découverte ; c'est ainsi que mes oreilles habituées aux brisures des musiques radicales ont découvert l'existence d'un disque de reprise du barde neurasthénique où tout y passe, tel un Jacques Martin sous tranxène reprenant des chansons mollassonnes avec un semblant de légèreté affectée qui évoque un camp scout qui se réunirai devant une vidéo de feu de bois en mangeant des marshmallow grillés au micro-ondes.
La version de Santiano, hit remaché des baba-cool ayant fait 68 au club-med, transforme le trois-mats fin comme un oiseau en un optimist cabotant dans l'ennui d'une vague molle. Passons sur toutes les reprises en fait ; seule la reprise d'une chanson de Daho semble rivaliser avec l'originale... Ceci dit pour en juger la pénibilité et l'aspect absolument translucide de ce papier-peint musical de la convivialité, cette invention où l'important reste de ne rien se dire pour ne froisser personne.
Quelques jours plus tard, j'ai découvert que Garou, qui est à la sensualité ce que la laryngite est à la soul, avait fait peu ou prou le même concept de reprise dans un disque. Évidemment, on pourrait penser que cette débauche de reprise a un quelconque rapport avec les fêtes approchantes.
Il est de ces moments où l'on se dit que si pour flatter les bas-instincts mercantile, les têtes de gondoles -et c'est vrai qu'on se gondole- en on sont réduit à faire dans la cover pour présentoir rotatif mal huilé de caisse de relais autoroute sordide, c'est que la fin de l'industrie du disque est proche.
Et qu'on n'ira pas à l'enterrement.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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