Que la Culture soit en crise, je crains qu'il ne soit pas nécessaire d'en claironner le scoop. Que l'on s'entende bien, la crise de la culture n'a rien à voir avec la prétendue crise du disque, avec laquelle les majors nous dansent sur le ventre depuis des mois et qui relève d'un foutage de gueule conscient tant les bénéfices restent constants, avec d'autre biais que les galettes de plastique peut être, mais tout aussi pléthorique et fade, produisant toujours les mêmes merdes cooptées sous les vivats de la presse généraliste ou spécialisée subventionnée.
Non, il s'agit bien de la Culture, celle qui est méprisée, foulée au pied par le gouvernement dans la plus grande indifférence bas-du-front de ceux qui "souffrent sur" la Princesse de Clèves. Celle qui est abandonnée par les collectivités, la faute (objective) aux économies budgétaires (l'Etat se désengage partout) et de la crainte (subjective et même parfois bien utile) de l'absence de rentabilité. Ce dernier argument est parfaitement inconcevable si l'on veut s'inscrire dans une vraie politique culturelle sur le long terme qui soit autre chose que de l'événementiel démagogique ou de l'émerveillement putassier. Bref, une vraie politique culturelle qui offre diversité et ouverture, connaissance et plaisir, envie et plénitude.
Autant le dire tout de suite, continuer à attendre des pouvoirs publics compétents une politique à long terme et un intérêt constant à la Création, d'autant plus si celle-ci concerne les marges et l'expérimentation, nous place, nous autres acteurs locaux et nationaux de la Culture dans une position de quémandeurs et d'attentistes qui ne favorise ni nos projets ni notre rayonnement.
Il y a bien longtemps, et ce n'est pas la première fois que je l'écris ici, que l'initiative associative, privée et collaborative (je l'avais appelé "économie de la micro-brasserie"), en clair l'économie de marge -puisque ce n'est pas encore considéré comme parallèle, mais tout est possible- doit être le modèle économique viable pour la diffusion d'une culture qui ne soit pas seulement celle, dominante, de l'entertainment et du fric.
Dans cette recherche d'un modèle économique viable, plusieurs initiatives existent et fonctionnent (labels indépendants spécialisés, salles privées, collectifs d'artistes, centrales de distribution indépendante, souscriptions, etc...). Mais c'est avec beaucoup d'intérêt que j'ai découvert récemment les Amacca, issus des modèles de l'Economie sociale et solidaire, et qui pourrait bien être l'un des modèles important à venir dans l'économie culturelle puisqu'il est à la fois basé sur un réseau et n'exclut pas le financement du projet par les collectivités locales courageuses (il en reste).
Les Amacca, c'est l'adaption à la culture (Amacca veut dire :Associations pour le Maintien des Alternatives en matière de Culture et de Créations Artistique...) de ce l'Amap est à l'agriculture, c'est à dire la mise en réseau d'une distribution à l'échelle locale -ou à l'échelle d'affinités électives, c'est à réfléchir- de "produits" de consommation. En gros, vous payez tous les mois une cotisation pour pouvoir bénéficier de spectacles et bénéficier de biens culturels ; mais cette cotisation est en réalité un mécénat, ce qui est déductible des impôts et peut donc changer de 1 à 3 ce que vous donner à l'artiste pour le bien culturel qu'il vous propose, et surtout la possibilité de la diffusion dans le réseau. C'est aussi et surtout une manière d'envisager la pérennité des projets artistiques et le soutien réel à la production.
Bref, tout comme les paniers mensuels pleins de salsifis et de radis noirs qui permettent de produire des produits de la terre raisonnables et de qualités, vivement que nous puissions profiter de nos seaux de contemporain, de free-jazz, de théâtre ou de chanson produit passionément et avec professionnalisme...

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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