Lire le rapport Création et Internet, c'est un peu comme manger une dragée au poivre en conscience ; c'est à dire en sachant pertinemment que l'on va le sentir passer et que le malaise sera puissant sans que la réaction ne soit ni drôle ni étonnante. La plupart des propos vont dans le sens du Désert des Tartares de la compréhension par nos gouvernants d'Internet et des changements qu'il induit.
On ne va pas s'acharner sur le pensum, d'autant que moult sites spécialisés en parlent avec bien plus de connaissances que moi qui ne suis qu'un observateur de la musique et de la culture depuis 15 ans.
Cependant, je voudrai revenir sur la première proposition du rapport Zelnick qui demande un regard particulier. Elle s'attache à "favoriser le développement de la demande de musique en ligne". Tout un programme...
Les lecteurs les plus fidèles de ce blog connaissent mes positions sur les fichiers numériques musicaux en single et mes doutes sur leur qualité, même si les offres lossless ou studio masters de Qobuz changent un peu la donne à mesure du temps...
C'est surtout que cette forme de diffusion de la musique, sur des plate-formes souvent peu complètes et n'offrant aucune possibilité de prescription est une forme d'apauvrissement de l'offre culturelle. Justement, la réponse de l'Etat, si tant est que la Culture, son rayonnement et sa diffusion fut au coeur de sa politique publique plutot que la défense pavlovienne des majors et des marchands de soupe aurait du aller dans le sens de la diversité et de l'aide à la prescription.
On pourrait imaginer que devant la difficulté aujourd'hui de produire et distribuer de la musique, que ce soit sous sa forme luxueuse en disque physique destinée au mélomane collectionneur et sa forme basique à l'écoute "tout venant", que le rôle d'une politique publique bien mené devrait permettre d'aider les musiques de marges et expérimentales à remplir leur rôle d'ouverture, de complétude de l'offre culturelle, de soutien aux musiques qui ne bénéficient pas d'un matraquage publicitaire des vendeur-de-musique-pour-vendre-du-déodorant-de-chaussure.
On pourrait imaginer que se posant la question de la difficulté à instaurer une vraie diversité culturelle, le gouvernement développe les aides à l'écoute publique et à la formation des jeunes à l'écoute musicale dès l'enfance, à l'école.
Ben non.
Toujours nostalgiques des années 80 qui sont le berceau moderne de leur idéologie, le Président et son ministre en papier bible ont accueilli sous les vivats la proposition de la commission de créer une "Carte jeune musique en ligne", comme celle qui nous était proposée, pauvres trentenaires, pour nous apprendre à consommer avec Childeric, puisque "si tu paies le prix, t'as rien compris" ; quelle ironie.
En regardant plus loin, on peut y voir également une conception de l'approche de la musique, nécessairement jeune, par les gouvernements successifs (n'incriminons pas toujours le même !). Une approche qui confère à la musique le statut de "fait générationnel" et "d'attitude" plus que d'art à part entière. D'entertainement pour mômes qui passera avec l'acné plutôt que d'expression universelle. Mais c'est peut être parce que je n'ai jamais eu d'acné.
Une carte jeune, donc, d'une valeur faciale de 50€ dont les contribuables paieront la moitié pour que les "jeunes" -et seulement eux, mamy n'aura pas de Jack Lantier, ça doit être le prénom- puissent télécharger des titres sur les vitrines légales du téléchargement. J'imagine, comme le disait Mediamus sur Twitter que dans leurs alcoves bien au chaud, assis sur leurs chiffres de ventes qui n'ont pas besoin de subsides, "ce sont les producteurs de Lady Gaga et de Rihanna et de... Bébé Lilly qui doivent sabrer le champagne !" de toucher ainsi des aides de l'Etat pour écouler leur soupe en lieu et place des acteurs culturels en difficulté !
Ce n'est même plus que de la démagogie, il faut y voir comme une confirmation de politique général qui favorise l'accumulation au détriment de la diversité... Le pire c'est qu'on ne s'en étonne plus

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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