Encore un fois soirée passée avec les Vibrants Défricheurs dans la cave du 3-Pièces pour découvrir cette nouvelle formation créée clairement pour le plaisir de jouer ensemble par trois rouennais (le pianiste Antoine Berland, le saxophoniste Raphaël Quenehen et le contrebassiste Thibault Cellier) et deux parisiens, le batteur Julien Loutelier qui partage l'affiche de Lorelei avec Raphaël et le tromboniste Fidel Fourneyron (aucun lien, je le dis d'emblée pour les rouennais) qui est un jeune musicien qui monte (Occidentale de fanfare, Sylvia Versini Octet...) et qui a prouvé à la petite salle remplie ces deux soirs qu'il méritait les louanges entendues. On y verra donc une image assez claire de la vivacité de cette jeune scène jazz française que l'on ne voit guère sur Rouen et qui ne demanderait qu'à prendre de l'ampleur...
La journée de vendredi était évidemment un peu bredouillante du fait du manque de répétition, vampirisée par la relation Quenehen/Fourneyron, née au CNSM, et dont les rôles de dynamiteur ne laissaient que peu de place aux autres, malgré l'à-propos de Loutelier. Voilà un batteur à suivre, et c'est peu de le dire ! Un vendredi, donc, placé en demi-teinte ; une préparation du samedi...
Mais cette soirée de samedi ! Elle fut beaucoup plus réjouissante. Chacun semble s'être trouvé, Antoine Berland le premier, qui prit beaucoup plus le jeu à son compte et ne s'empêcha pas, malgré le répertoire joué, de mettre les "mains dans le moteur" de son clavier, comme il sait si bien le faire, pour donner des sonorités altérées au jeu  "droit devant" des deux soufflants, retrouvant par là même sa complicité avec Raphaël.
Idem pour le contrebassiste Thibault Cellier qui trouva plus facilement Loutelier dont le jeu tout en nuance et en humour collait si bien à l'ambiance bon enfant de la soirée.
Le répertoire choisi pour cette rencontre au débotté tournait autour de standards d'Ornette Coleman (Invisible, Lonely Woman, Eventually...) qui sont vraiment un creuset dans lequel Raphaël Quenehen s'épanouit avec force (il nous l'avait déjà prouvé avec "Petite Vengeance" et cela mérite qu'on s'y attache, tout comme il semble assez évident que cette formation doit se donner de l'avenir, surtout si elle insiste sur ces standards Coleman/Haden/Dolphy en instillant ça et là des compositions Personnelles....
Il y a de vraies bons points dans cette formation. D'abord le son et l'inventivité de Fidel Fourneyron, remarquable, et puis la façon d'aborder les morceaux de Dolphy (Hat & Beard, Gazzeloni, Out to Lunch) en commençant par un minimalisme destructuré (ce qu'Antoine sait si bien faire...) pour finir dans une masse conquérante de rythme et de cuivre. Et puis surtout ce qui se passe entre les musiciens, cette volonté de dépasser les egos et les chapelles, de jouer sur les ambiances et les silences, d'engranger les images et les écoutes mutuelles.
De jouer, tout simplement.

08_Quintet