Chaque disque de Hat-Hut raconte tellement d'histoire et de légendes sur les géniaux improvisateurs qui ont enregistré pour le label que cela peut sembler presque parfois improbable qu'un enregistrement de qualité soit toujours là au bon endroit, au bon moment... Et surtout d'avoir une politique de réédition absolument nécessaire à la perpétuation de ces petits bijoux de l'histoire des musiques improvisées.
C'est pourtant le cas encore une fois pour ce duo du pianiste Ran Blake, figure du third Stream et compagnon de route de Jeanne Lee, de Steve Lacy ou encore d'Anthony Braxton qu'il retrouve ici pour un moment de réjouissance entre deux monstres sacrés.
Imaginons la scène. En 1988, Dans une salle de répétition et de détente à Vienne à l'acoustique parfaite, quelques heures après l'enregistrement d'un disque avec le trompettiste Franz Koglmann et quelques heures avant un festival viennois ou le saxophoniste est invité, Ran Blake et Anthony Braxton se retrouvent et décident de jouer ensemble des standards de Parker, Monk, Miles et consorts et surtout de laisser l'ingénieur du son du label suisse enregistrer...
Ces deux là n'ont pas enregistré ensemble depuis 10 ans. 1978 marquait un album en duo durant l'une des périodes les plus créatrices du multianchiste, à l'époque du Creative Orchestra. Ils se trouvent pourtant tout de suite sur ces morceaux du patrimoine de la Great Black Music. On sait Braxton toujours concerné par ces standards et leur réaffirmation et leur réappropriation continuelle. Les huit titres enregistrés, du Soul Eyes de Mal Waldron au Yardbird Suite de Parker que Braxton transcende sont un moment suspendu, intime avec ces deux musiciens.
De ce moment, il en résulte un enregistrement parfait, profond, avec un Braxton à l'alto étrangement apaisé, un son rond qui emmène l'auditeur aux tréfonds des thèmes sans heurts et que l'on suit sans même se poser la question. Ainsi, Le 'Round Midnight de Monk semble avoir rencontré Schoenberg dans la forêt d'une nuit sans lune, simplement éclairé par les harmonies complexes de Braxton à l'Alto, porté par les tirades main gauche d'un Blake aussi économe qu'efficace.
Magnifique et indispensable, et surtout entrée en matière idoine dans la discographie himalayenne du soufflant chicagoan...

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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