On avait évoqué ici très récemment un album, pourtant de 2005, de Circum Grand Orchestra que j'avais découvert très tardivement, mais qui m'avais absolument enchanté. Je savais les lillois, membre de Grands Formats, sur le point de sortir un nouveau disque dont le thème tournait autour du "bal", après avoir tangenté la chanson avec la participation de Charlène Martin dans le précédent album.
Le bal est ici tournoyant et prétexte à l'évocation de la passion. Une passion qui s'affirme dans l'opulence d'une perfection de Renaissance que nous montre la pochette...
Dès les premières notes du Ravissement, une sorte de frénésie vous saisit, Un sentiment intime qui laisse penser que le titre s'impose de lui-même. Peu importe le contexte, l'allusion à un texte de Marguerite Duras sur la rupture, c'est le son lourd et pesant de la basse électrique magmaïenne qui ouvre l'album, ou encore la tension électrique de la guitare dans le second mouvement de "Fatal Error" qui vous entraine dans une fable lyrique et magnifique, dans un entrechoc des sentiments, où l'apaisement est "insoluble".
Le dodecatet nordiste fait très fort avec cet album qui s'impose à la première écoute comme un disque réjouissant réunissant une équipe soudée, à la fois virtuose et diablement collective, au service d'une musique oscillant entre les parti-pris d'un jazz-rock acide et la construction impeccable d'une musique improvisée alliant sophistication et élégance dans un creuset privilégiant avant tout une efficacité collective. Il n'y a pas de "vedettes" ou d'invité prestigieux raflant toutes les écoutes dans Circum.
En revanche, il y a une section rythmique époustouflante avec une basse (Christophe Hache, aperçu dans l'album de Grimonprez), une contrebasse et deux batteries plus un piano, où les deux frères Orins font des miracles de raffinement. Il y a des soufflants qui apportent à l'album une véritable profondeur, notamment le clarinettiste Christophe Rocher qui fait des merveilles à la clarinette basse, et deux saxophonistes (Pérez à l'Alto et Favreuille au ténor) remarquables. Il y a enfin un guitariste-compositeur, Olivier Benoit, aux soli zappaïens tranchant (ce qui est patent dans le second mouvement du "Ravissement")* et à l'écriture enlevée et cérébrale qui fait beaucoup pour la cohésion de l'ensemble.
Un ensemble baroque, on a envie d'écrire Bas-Rock, fait d'empilement et de nappes qui évoque tant Magma que Nino Rotta, ou les dissonances d'un bal de cocagne dans une Florence fantasmée. Un projet d'envergure en sept morceaux fait de plusieurs mouvements, comme plusieurs états ou plusieurs impressions.
On pourrait reprendre en quelques mots les écrits de l'album précédent, mais "Le Ravissement" se fait plus lyrique. Plus ambivalent aussi, et c'est peut être ce qui nous approche le plus de Duras, dans ce double-sens du ravissement, entre enlèvement et ordonnancement esthétique, entre joie et tristesse, entre tension et lâcher-prise. Entre cuivre étincelant et dureté électrique...
"Le Ravissement" est un grand disque. Et Circum un grand groupe.
Indispensable.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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*Olivier Benoit m'a fait savoir, dans un très gentil mail que l'auteur du solo en question est Sébastien Beaumont et non lui... Ce qui n'est pas mentionné sur la pochette ; je n'ai jamais été fort à la reconnaissance "à l'oreille" des solistes pour les guitaristes !