Il y avait de quoi se pourlécher les babines à la simple évocation de la soirée Théma d'Arte appelé "Main Basse sur l'Info".
Même le Canard Enchainé l'avait évoqué dans son édition de mercredi dernier ; et pour cause, une émission qui regroupait deux reportages à charge contre Internet présenté par Daniel Leconte laissait entendre un grand défouloir contre la toile. Pour tout dire, c'est presque avec des bières et des chips qu'on s'est collé devant l'affaire, persuadés que l'on était de se marrer. Pensez ! D'Elkabach à Pujadas, nous allions assister à un fameux sottisier hésitant entre propagande et servilité.
En fait, ce fut bien pire que tout ce que je pouvais imaginer. Le postulat de départ d'abord, que ne renierai aucun Lieutenant Drogo : Internet c'est le mal.
Dans le premier reportage, il est exposé qu'Internet est le lit des conspirationnistes et des racistes de tout poil... Le tout présenté à charge, sans distance, et laissant entendre au spectateur, et plus particulièrement au spectateur visé (soit, en substance, ma mère, le genre de personne pour qui appuyer sur une touche est déjà susceptible de ramener un virus tueur psychopathe) que ces épiphénomènes sont une tonitruante vérité universelle du web. Voila le mécanisme le plus pur de la rhétorique sophiste de propagande, puisque l'angle usé est défini comme universellement valide. Un instant, je me suis même demandé si le présentateur n'avait pas oublié son manteau d'hermine et son petit marteau...
Le second reportage fut un ramassis de prêche prétendument docte où les interlocuteurs sans contradicteurs souhaitaient démontrer que l'info sans journaliste et directement du producteur au consommateur était dangereuse pour la Démocratie. Presque la porte ouverte au totalitarisme (et à la peste bubonique, à la semaine des quatre-jeudi, au retour de Lara Fabian et autres plaies immortelles).
A cet instant, j'ai eu la terrible impression d'assister à une réunion de petits-commerçants poujadistes geignant sur leur pré-carré qui s'effiloche. Et ne geignant pas sur leurs conditions économiques et les grands groupes industriels qui les regroupent et les affament, mais bien contre ce cochon-de-payant qui veut prendre son autonomie envers ces pédants imprécateurs qui savent informer, eux, alors que le récepteur ne sait pas et ne saura jamais. J'y a vu le trépignement et son cortège de sueurs froides de trouille de se voir croquer de sa légitimité par un public "récepteur" plus exigeant et à la parole déliée. Une parole qui fut confisquée dans cette émission où l'on n'entendra que des sages éclairés en lumière contre-plongeante nous délivrer une parole d'or.
On y verra comme une définition très claire de leur vision du journalisme.
C'est bizarre, mais j'ai vraiment l'impression qu'un internaute, même crédule, sera moins désinformé en surfant sur le net qu'en bavant sa bouillie devant le 13h de TF1. Mais je suis sans doute un cruel optimiste qui s'informe grâce aux pure-players, aux radios sur le net et à twitter, et qui donc, par essence, ne sait pas ! Cependant, il ne s'agit pas de sauter sur sa chaise en prétendant que le net c'est mieux. Sans éducation à l'image et à l'information, un chose qui n'apparait dans aucun programme, ce ne sera qu'un média comme un autre. Il convient simplement de ne pas confondre contenu et contenant. Qualité de l'information et vecteur de celle-ci.
Quand France 2 se plante en diffusant de fausses images chopées sur Internet, ce n'est pas la faute d'Internet. C'est la faute d'un mauvais recoupement. Internet oblige le journaliste à "muscler" son travail rédactionnel et à offrir un angle et un éclairage, un regard complet sur la marche du monde et un travail de documentation en profondeur. C'est à dire autre chose que des grèves, des claudettes et de la neige. On notera au final que le Canard Enchainé, sans site Internet et sans réseau social fait des bénéfices insolents, preuve qu'un journalisme papier est valable s'il offre un angle. On notera également que les intervenants du jour sentent terriblement l'âcreté de l'ORTF, et que, définitivement, Arte version web est mille fois plus pertinent que sa vieille copie hertzienne.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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