Jonathan Fenez est l'un des piliers du jeune collectif montpellierain "Rude Awakening", qui enchante à chaque nouveau disque tout ceux que la musique improvisée passionne, à la fois par la richesse et la diversité des projets, mais aussi l'unité de chacun de ses disques et de ses musiciens.
Musicien autodidacte, Fenez a très vite pris la direction des platines et des samplers pour se faire créateur d'espaces sonores personnels et bricolés, véritable laboratoire de création inclassable où le travail rythmique est primordial. Au sein de Rude Awakening, il a participé à différents projets, dont notamment "Ca dépend des mouettes" et surtout Twits, que nous avions eu l'occasion d'évoquer ici et sur Citizen Jazz et qui démontrait le talent du turntablist à créer un univers singulier et personnel, ce que l'on retrouve dans cet album.
Dans son album Monotype, sorti en 2008, sous le nom de Jonah, Fenez expérimente ainsi sur dix titres sa conception assez universelle de la musique et sculpte littéralement le son par le rencontre en cascade de musique traditionnelles de diverses origines (des chants soufi, ou d'Afrique de l'Ouest, des gavottes bretonnes...), la lourdeur d'une basse hard-core, de Hip-Hop infectieux ou encore des extraits torturés de rock seventies, le tout au milieu de cris d'animaux, d'extraits de films ou de polyrythmies cabossées. C'est ce maelström qui tricote ou triture au final un univers très personnel, dans lequel on plonge avec un véritable plaisir qui évoque par petites touches la musique concrète, comme dans le très beau morceau Biophone, de loin le plus profond de l'album...
L'image des DJ est fortement écorné ces derniers temps par quelques baudruches médiatiques favorisant la performance que le temps et le ridicule finira bien par faire rendre gorge.
Heureusement pour lui, Jonathan Fenez fait partie, à l'image de quelques un de ces créateurs de sons comme Kid Koala ou DJ Shadow, de ceux qui savent mixer pour définir une couleur, un monde, une introspection sonore créé par ces carambolages de matériaux sonores (Loop'n'roll ou Macro-Micro sont à ce titre remarquables) qui créent une autre dimension. Par son utilisation de disques bricolés, parfois gondolés, Fenez apporte une forme d'étrangeté et de poésie dans un exercice de construction d'images auditives imparfaites mais de ce fait tellement plus évocatrices que des exercices léchés flairant l'ennui profond...
En inscrivant sa musique dans l'improvisation plutôt que dans le design sonore, Jonah montre qu'il persiste encore un turntablism créatif et inventif qui soit autre chose qu'un papier peint pour les oreilles... Et rien que pour cela, c'est un disque que je suis ravi d'avoir découvert...

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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