Machiavel disait, raconte-t-on, parmi les phrases qui ne furent pas les plus sensibles à la postérité, "qu'un changement en prépare toujours un autre". Jean-Jacques Birgé et Antoine Schmidtt, les papas de l'Opéra des lapins Nabaztag ont du se souvenir de cette phrase lorsqu'ils ont sorti un disque interactif en 1998 se constituant en 111 extraits vidéo bouclés sur lequel le spectateur armé de sa souris peut interagir... Programme justement nommé Machiavel. Je dois bien avoué que j'étais à l'époque passé totalement à côté de cet objet fascinant... C'est aujourd'hui réparé grâce à Internet...
Il faudrait faire un article complet sur Jean-Jacques Birgé et sur "Un drame musical instantané" qui est une des pierres qui a contribué à l'engouement pour l'accompagnement musical revisité des films muets dont nous parlions l'autre jour... Mais ce créateur inlassable, designer sonore à qui ont doit une palanquée de disques et notamment la mise en scenario du Chronatoscaphe dont il faudra que que je vous parle très vite dans les racines du bien est par ailleurs un blogueur émérite (depuis 2004 !) qui tient un fascinant carnet quotidien de création qui se raconte à lui seul...
Depuis quelques semaines, Machiavel, scratch vidéo interactif, est disponible en téléchargement gratuit, assorti d'un don volontaire PayPal si l'on souhaite soutenir le travail des artistes... Ce que, soit dit en passant, on ne peut que conseiller de faire !
Mais revenons à l'objet Machiavel... les notes du logiciel indiquent : "Machiavel réagit très différemment à des gestes lents ou rapides, tendres ou brutaux. Certains comportements permettent de l’apprivoiser,d’autres le contrarient. Mais qui manipule qui ?"... Les boucles issues de scènes de l'actualité et de la télévision, doublées par une architecture sonore insistant sur les sons quotidiens et les lourdeurs rythmiques décalées transportent le spectateur dans un état qui passe alternativement de l'excitation de la création immédiate et le malaise de la crudité du monde.
Très vite, la souris se maitrise tant bien que mal pour créer un matériau sonore brut, mais un réel fantasmé et abrupt dans sa froideur neutre. Le jeu de souris tourne bien vite à la fascination addictive de voir défiler ces images du réel devenus d'inconscientes pièces d'un puzzle illusoire, où le son prend parfois le pas sur des images qui nous laissent comme nus et seuls devant notre écran à regarder ce monde. Une formidable expérience...

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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