J'avais évoqué, il y a quelques mois à l'occasion d'un article évoquant les Beatles, une relative circonspection pour ces jeux vidéo où le but du jeu est de secouer un manche en plastique orné d'excroissances criardes en se prenant pour une rock star.
Tout d'abord parce que je trouve (et j'ai pourtant toujours joué et je joue toujours ) qu'il est d'un ridicule consommé de se dandiner avec un succédané de guitare en négligé dans son salon, mais surtout parce que ces "rythm games" réduisent la musique à sa plus simple expression, sans profondeur ni réflexion, juste pour savoir y coller un rythme plus ou moins véritable.
Il ne s'agit pas de l'illusion de faire de la musique dont il s'agit ; après tout, l'illusion est le rôle de la plupart des jeux vidéos. Évidement, sans aller jusqu'à des cas cliniques, comme passer des heures à pêcher sur la Wii ou à conduire des avions sur son PC, on ne fait pas autre chose qu'alimenter cette illusion quand on joue au foot sur PES ou à dégommer du méchant en tous genre avec des armes fantasmagoriques. Mais la notion de performance comptable (je joue mieux, plus vite, plus comme il faut et comme la machine me le dit) dans une discipline artistique m'est absolument insupportable.
Bref, lorsqu'on décortique ces jeux, on se rend compte qu'ils apportent certes un ludique indéniable, mais surtout une vision de la musique réduite aux acquêts, où le rythme est bien droit et bien poli et ne se fait jamais complexe. Tout le monde dans le même temps...
Pour un peu, ce serait plus martial que Call of Duty !
Tous ces jeux sont surtout un message clair à tous les mélomanes : l'industrie du disque n'a jamais eu moins cure de la création. Elle recycle jusqu'à la nausée des artistes verdâtres et piqués aux vers qu'on rêverai d'intégrer dans un Resident Evil 6 tellement leur démarche artistique claudicante et déraisonnable semble avoir été déterrée de frais et ne tourner en boucle en attendant l'auto-destruction faisandée. Imaginons Léon S. Kennedy en mission aux Victoires de la Musique. Laissez la moi.
84% des français disent écouter de la musique tous les jours et plutôt que d'encourager la création, la diversité et la curiositer, on recycle des chevaux de retour pour exciter des manches en plastique. Et cela uniquement parce que la poule pond des œufs d'or.
Mais il est de l'exploitation intensive comme de toutes formes d'agriculture. Et le filon se tari... Une fois qu'on a sorti à peu près tous les groupes clinquants qui font saliver le nolife chauve et bedonnant qui va pouvoir rattraper sa morne adolescence, après avoir tenté de sortir leurs répliques moisies (Aerosmith !), la combine ne marche plus guère. Il est évident que tout cela résulte d'un manque total d'imagination qui conduit la politique des majors depuis 30 ans.
Ce n'est pas parce que la guitare est en plastique qu'à la fin la corde ne cède pas.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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