Tout à l'heure, j'ai bravé le vent mauvais, froid, et pas fripon pour un sou, malgré ma cheville bleuissante et ma claudication accentuée, pour aller me rendre compte de l'attraction rouennaise du moment, la destruction vengeresse de ce que tout le monde s'est plu à appeler la verrue, ce bâtiment posé là et resté là...
J'aime bien les friches, même si celle-ci bizarrement me rend presque triste, comme si il avait été possible de faire autre chose que ces appartements de luxe qui vont remplacer ce lieux marqué par les conclaves de pharmaciens dignes de Playtime... le pire peut être, c'est cette affiche de promoteur postée à l'affut, ce bureau de vente de "standing" posé sur du rien, comme s'il fallait remplacer au plus vite le rêve de modernité du congrés de notables par le rêve du progrès du gemütlich pour fonds de pension.
Le vent était froid avant cette nuit tombée, et je ne puis que penser au vent qui va balayer la place avant que l'autre bâtiment soit construit... Et à la gueule qu'aurait eu une salle de spectacle enchâssée dans la ville, puisque le jardin n'eut aucun sens historique, sur cette magnifique place... Mais c'est ainsi des verrues, il arrive que même éradiquées, elles repoussent.

Tout est question d'époque.

04_Verrue