Un disque de Pigalle est toujours un évènement, parce que d'années en années, chacune des sorties de François Hadji-Lazaro est une rencontre nouvelle avec son univers doux-amer, sa poésie des bas-fonds et son talent naturel à raconter une histoire et à la contextualiser dans une situation sociale imagée, comme crayonnée en quelques mots.Toujours juste ; et à tous les sens du terme... Des espoirs répond aux attentes des amoureux de Pigalle. Toujours pareil, mais tellement différent !
On ne le dira jamais assez, mais "Boucherie Productions", le label que François créa dans les années 80 fut à la fois un formidable pourvoyeur de création francophone qui ne s'arrêtait pas seulement à la chanson (et pourtant, des Elles à Pigalle, il y en a eu, du lourd !) et au rock, mais permit à toute une scène trad (le trio sautivet notamment) de se voir produit et distribué correctement et égalitairement ; il présageait en cela un modèle économique qui était déjà celui de la micro-brasserie.
Et puis Boucherie s'est tari, et c'est la grande faucheuse de la "nouvelle chanson française", ce cache-misère sordide qui veut nous resservir du Gilbert Bécaud en l'atiffant de névrose égoïste de trentenaire autocentré qui cru remplir le vide.
Tristesse.
Pendant ce temps, François a créé "saucissongs records", comme on repart au combat, et il a continué à remplir le vide de la chanson francophone par des albums touchants (Et si que... Notamment !), remarquablement écrits, à la musique efficace versant dans ses veines musicales, le punk lointain qui peut revenir à tout moment bruler les paroles et une musique trad voyageuse au dobro, à la cromorne ou à la vielle à roue.
"Des Espoirs" est un disque réjouissant, car il permet de redécouvrir la voix de François, posée, triste parfois, mais qui sait dire les choses avec fermeté et puissance, dans des textes comme "Il te tape" ou "Il y a dans la cité sans nom" et s'offrant des clins d'oeil et des auto-citations dans "la dernière fois". Des espoirs, comme un double sens qui caresse ses chansons, et le beau texte de "Madame Eulalie".
Pigalle est de ces groupes (même si désormais Hadji-Lazaro est tout seul, joue tous les instruments...) qui réconcilie avec la chanson française, pas celle qui honore des gommeux à cheveux sales et des québécoises à la minaude pénible et à l'articulation aléatoire... Plutôt celle qui construit avec abnégation et rectitude une carrière et un vraie écriture...

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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