On sait que parfois, pour exister, il faut agir de manière un peu désordonnée, caricaturale, peu sensée au fond. On pourra prendre comme exemple l'adolescent qui se grime avec un look outragé pour ressembler à son idole, dont il aime presque plus le look transgressif que la musique cathartique qui sort de guitares saturées ou de sound-system tapageur. C'est un passage obligé, on l'a tous plus ou moins eu -sauf moi évidemment, qui ai toujours eu des goûts tout à fait objectifs et analytiques en musique, si je vous jure, non, n'insistez pas- des passages de l'existence où l'on s'identifiait à la rébellion plus ou moins travaillée de quelques produits commerciaux déguisés en jeune.
C'est à ça d'ailleurs qu'on reconnait l'authentique amoureux des vraies musiques "métal", "hardcore" et autres disciplines qui se distinguent par adjectifs qualificatifs subtils, parmi eux d'ailleurs bon nombre de jeunes musiciens de jazz (bon, alors que sommes toutes c'est un bon vieux binaire avec de la saturation par dessus ;-) ), à différencier des prépubères en quête de sens qui remettront une radio commerciale le jour où ils quitteront leur école de commerce. Les premiers méritent toute notre sympathie.
On sait que parfois, pour exister, il faut agir de manière un peu désordonnée, caricaturale, peu sensée au fond. On pourra prendre comme exemple la personnalité politique qui cherche à faire interdire une manifestation culturelle en se cachant derrière un paravent de morale inflexible sous prétexte d'une foi et de pseudo valeur qui n'ont pas l'air d'avoir la même vigueur quand il s'agit, par exemple, de sexe tarifé. Le problème, c'est que la puberté n'est ici en rien une excuse.
Au début, lorsque j'ai lu que le parti de Boutin faisait campagne contre le débonnaire festival d'Art Bourrin "Hellfest" au prétexte que les images "sataniques" véhiculées par la communication de la manifestation allaient "influencer négativement des jeunes en fragilité psychologique au point de les amener à poser des actes graves et violents, j'ai cru à une blague. Il faut se résoudre cependant à accepter que parfois la politique française dépasse nos espérances en matière drolatique. Surtout lorsqu'on en arrive à faire des lettres ouvertes à un brasseur pour demander l'arrêt du sponsoring au nom des valeurs supposées du "mieux vivre ensemble". Depuis quand censurer une expression artistique préserve la convivialité ?
Cet argument est celui utilisé depuis les années 70 par les chrétiens fondamentalistes américains contre le backmasking supposément "satanique" des groupes de pop, des Beatles à Slayer. Adapté aux images du Hellfest, il prend une dimension d'autant plus hilarantes qu'il suffira simplement pour contrer ces dévots censeurs, de leur demander de se poster le temps qu'il faudra devant -au hasard- les splendides fresques de la cathédrale Ste-Cécile d'Albi et son "Apocalypse" pour savoir si, la aussi, il n'y aurait pas à redire sur l'influence néfaste que ces images outrancières pourrait avoir sur quelques esprits faibles.
La réponse, souhaitons le, sera négative, car il serait dommage d'interdire une telle œuvre.
Dès lors, la question se pose. De quel droit, et au non de quelle morale on peut décréter une esthétique plus dangereuse qu'une autre. Qu'on juge la qualité éventuelle d'une œuvre au regard de sa sensibilité ou d'un propos, au regard d'une technicité ou d'une complexité, bien sur. Qu'on veuille censurer, même seulement économiquement, une expression au prétexte qu'elle serait "dangereuse", dès lors qu'elle n'attente ni à la vie, ni à l'intégrité des personnes, c'est dramatiquement dangereux.
En bref, on commence comme cela et on cherche à interdire des cartoons avec des poissons qui s'embrassent sous prétexte qu'il "nie la différence des sexes". C'est vrai que le tabou de l'homosexualité, et l'impossibilité d'en parler, ne fait pas du tout de ravage à l'adolescence.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir, enfin disons que pas tout à fait.

79_Cath__d_Albi