Je n'ai toujours pas regardé les infiltrés. Et j'avoue que le débat de sous-latrines qui gangrène le net depuis quelques jours concernant cette émission qui -de toutes façons- ne devrait pas être rangée dans le registre du journalisme me laisse coi... Non pas sur la méthode, bien sur, qui est ce qu'elle est. Il convient d'éviter de comparer "Les Infiltrés" avec le travail de Florence Aubenas sur le travail précaire sur le registre de l'obération du statut de journaliste.
Elle est différente pour une palanquée de raison. la forme d'abord, plus longue et plus profonde en livre. Le sujet ensuite, qui met le média dans une position d'acteur du monde du travail, et non pas d'auxiliaire de Police conditionné par une posture moralement inacceptable.
Si l'émission de France 2 pose problème, c'est bien pour le choix populiste et fangeux de ses sujets bien plus que pour la méthode.. Et c'est le mélange des deux qui est bien indigeste, si ce n'est plus. Sachant que c'est CAPA qui est à l'origine du concept, il me vient toujours un petit malaise... Et j'imagine toujours notre grand photographe confronté à de telles révélations sur l'utilisation de son nom dans de telles aventures hasardeuses...
De la maltraitance en maison de retraite à l'abus sexuel sur mineur, les sujets choisis par "Les Infiltrés", des sujets qu'ils qualifieront sans doute "de société" pour éviter de penser plus loin ou surtout de se colleter aux causes sentent en effet le souffre. Si on les doublent de méthode d'infiltration qui met en effet le "journaliste" déguisé dans une position moralement inconfortable en participant de fait au passage à l'acte ou à sa future revendication (le fait qu'il soit spectateur passif ou incitateur n'a pas de différence notable en l'espèce), on obtient un piège qui se referment sur les victimes autant que sur les potentiels bourreaux. Évidemment qu'il se doit de dénoncer dans des situation si extrêmes. Mais s'il n'était pas aller se mettre dans une telle galère, aurait-il été obligé de se compromettre dans de tels choix moraux ? N'y avait-il pas d'autres angles et surtout d'autres sujets ?Et surtout, puisqu'il y avait dénonciation, était-il obligé, sous peine d'être taxé d'exploiteur des tourments humains d'exploiter son reportage ?
En cherchant bien chez Balzac, ça doit porter un nom peu ragoutant. Pour jouer les justiciers, l'émission sert un populisme d'exception qui n'est pas à mettre au crédit du journalisme. Pire, il instaure l'idée qu'il y aurait deux poids, deux mesures. Une protection des sources pour les abus de biens sociaux et une médiatisation de la vindicte publique pour les tourments de l'âme humaine... on voudrait aider les croisés qui défendent la peine de mort qu'on ne s'y prendrait pas autrement.

Et une photo qui n'a -merci bien- strictement rien à voir...

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