Découvert l'année dernière par une ressortie du label Hat-Hut dont on ne pourra jamais assez féliciter l'abnégation à rééditer les petits bijoux du jazz et de la musique improvisée, j'ai continué à remonter le fil du travail de l'anglais Mike Westbrook, dont on peut dire qu'il n'est plus aussi présent en France depuis les années 80.
On Duke's Birthday est, comme l'on peut s'en douter un hommage à Duke Ellington, pour les 10 ans de sa mort. Enregistré dans un festival Amiénois en 1984, donc, à l'époque où il se passait quelque chose de créatif en festival de jazz dans la partie de la France coincée entre Lille, Paris et Nantes, "On Duke's Birthday"  est un très intéressant témoignage du grand talent de Westbrook pour la composition et l'arrangement pour grand orchestre.  Il existe un extrait vidéo très mal enregistré phoniquement du morceau "Checking in at Hotel Le Prieuré".
Ce qui est bien entendu frappant dans ce disque, c'est que bien que cet hommage à Duke ne soit en aucun cas un blasphème ou une divagation, aucun des morceaux joués ne soient signé d'Ellington. Pas même une citation ou une altération ; juste une couleur -bleue, cela va de soi- qui évoque, qui en garde la saveur tout en la transgressant habilement... On peut y voir une manifestation de cet humour de fer qui fait, comme d'ailleurs pour Rossini, que l'hommage à Duke Ellington se fait entre défiance et déférence.
Défiance par les astuces trouvées dans certains morceaux où le chant guttural de Kate Westbrook remplace les sourdines des trompettes dans "On Duke's Birthday 1", ou quand la guitare du fidèle Brian Gooding vient emporter d'un riff acide toute une construction de cuivre sur "On Duke's Birthday 2". En tout cas l'exercice périlleux est remarquable, car il faut parfois, et notamment dans le morceau final "Music is..." regarder plus d'une fois la pochette pour bien s'assurer qu'Ellington n'est pas l'auteur de la série de notes !
Déférence enfin lorsqu'on retrouve cette appétence pour les cuivres ainsi que cet érudition de l'arrangement dans des pièces sous formes de suite où l'érudition se partage à la volonté de travailler les timbres "classiques" avec des instruments peu commun dans les big-bands de jazz (l'habituel cor anglais de Kate Westbrook, le dialogue violoncelle/violon de Georgie Born et de Dominique Pifarely...).
Le moins que l'on puisse dire est que l'exercice de style est réussi. Et qu'il nous tarde, réellement que Mike Westbrook et sa femme refassent quelques tournées en France...

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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