Encore une fois, un article de l'excellent blog Sawnd laisse pensif quant à la dichotomie de plus en plus patente, en tous cas de plus en plus béante entre l'industrie de la musique, ou ce qui l'en reste, et la confection, la conception artisanale de la musique enregistrée. Enregistrée seulement d'ailleurs, car finalement, quand on parle d'économie de la musique, on parle encore enregistrement... Physique ou non.
La question un peu provocatrice, posé par le rédacteur du blog est :
"Qui peut bien encore vouloir mettre des sous dans la musique ?" 
Je me permettrai de garder cette question pour la fin, préférant dans un premier temps analyser le reste de l'article, et notamment la comparaison, que je trouve un peu outrancière, entre la crise de l'acier de l'est de la France et la balle dans le pied que s'est placé elle-même une industrie trop gourmande de ses profits à court terme.
Même si l'on peut trouver quelques similitude en tant qu'usure d'un modèle économique, il semble un peu difficile de comparer l'abandon pur et simple de milliers d'ouvriers dans une marche en avant à la modernisation spéculative avec la course à la nouveauté et aux projets plus fallacieux les uns que les autres d'un secteur qui ne sait même plus ce qu'il vend et qui ne peut même pas user un modèle économique à défaut de son existence... Ne serait-ce que parce que comme le remarque Sawnd, contrairement à l'abandon pur et simple des hauts fourneaux, "les investissements n'ont pas manqués" !
Le fait qu'ils n'aient en général été qu'hasardeux -et même filent le tournis lorsqu'on en lit, abruptement le détail dans le billet- est un autre biais du problème.
A tel point d'ailleurs que l'ont peu se demander si la myriade de petites bulles d'investissement par des fonds dédiés voire par des complexes militaro-industriels ou de Presse (bon, en France ce sont les mêmes !) dans les croyances au futur du support ne servent pas seulement qu'à une spéculation strictement financière... En ce qui me concerne, à simplement observer la manière dont se comporte l'industrie du divertissement, ma religion est faite !
Entre les espoirs fondés tout à tour dans la vente par morceaux, par le streaming, par la sonnerie de téléphone, voire par l'échange de campagne marketing et autres utopies mercantiles qui en arrivent à leur propre limite créative par la création d'un téléchargement en streaming d'un morceau avec de la pub comme on fait un cercle vicieux (rien que le titre du Figaro sonne comme une blague !), il semble juste que dans tous les délires de montage financier créés pour tenter de sauver le soldat major, tous ceux qui ont réfléchi à l'éventuelle pérennité de la grande famille de l'entertainment ont juste oublié un truc.
Tout bête.
L'artistique.
J'imagine que le propos doit sembler d'une rare démagogie, mais lorsque je lis ou j'entends des discours sur le support ou la décrépitude de l'industrie culturelle qui obère à ce point l'artistique, j'imagine André Citroën dessiner sa première type A en oubliant les roues, en se disant qu'il faudra inventer un modèle économique pour trouver quatre cons qui porteront le châssis.  Il n'y a peut être jamais eu autant de ces nouveaux talents mainstream, c'est en tous cas ce qu'on entend partout, mais ils n'ont jamais autant bégayé le même ennui et le même propos faisandé. Pourquoi ? Parce que ça pète de trouille dès qu'il faut prendre un risque sans calcul et faire parler la tête et le cœur avant le chéquier ; parce que ça réfléchit sur l'attitude avant de réfléchir sur la profondeur. Parce que ça mise sur le support à perte plutôt que d'investir dans le contenu...
Bref, ça fait un métier de marchand de soupe avant de faire un métier de défricheur.
Ainsi, je répond à la question initiale. investir dans la musique aujourd'hui, pour ce que ça rapporte en terme de pécule ne peut être qu'affaire de passionnés ou une affaire de volonté politique de la subvension. Le reste n'est que spéculation et jeu de roulette. Autant dire du vent. Et diablement pestilentiel, encore.

Et une photo qui n'a -vraiment- strictement rien à voir...

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