Hadopi semble se débattre dans le vide le plus total, tanguant entre la coquille vide et le vice de forme, tandis que les dernières nouvelles du marché du disque semblent démontrer plus qu'une convalescence qui ne médiatise pas autant que les ronds-de-jambes d'artistes finis qui mettaient leur désamour sur le dos du vilain internet.
Malgré ce constat d'échec de mois entiers de lobbying, malgré la relative discrétion des grands dirigeants de majors et des consortiums d'entertainment, il y a toujours quelques voix un peu hargneuses et moralisatrices pour défendre encore et encore l'industrie de la balle dans le pied. Une industrie si vertueuse, qu'elle est comme la colombe exempte de toutes fautes et victime expiatoire du méchant public qui ne veut plus raquer pour la culture en batterie qu'elle essaye de refourguer.
Il faut lire la tribune de Libération écrite par une économiste et un universitaire accréditant que le Piratage -non content de manger les enfants et de ne point descendre les poubelles- serait à l'origine de la destruction, -non seulement de Babylone- mais aussi de "dizaines de milliers" d'emplois dans les "industries créatrices". Entendu par "industrie créatrice" ces façonneurs de gouts neutres, de coups faciles, de flatterie de mauvais instincts. Bref, ne pas confondre avec la Culture, on aura bien compris, je l'espère, la différence.
Il faut se pincer pour y croire, tant les ficelles tirées d'un rapport analysé par ReadWriteWeb sont grosses. Tournent en boucle les vieilles antiennes entendues depuis des lustres sur l'évaporation des contenus à cause du piratage. On se demande soudain si les auteurs de la tribune pensent vraiment ce qu'ils disent, s'ils se rendent compte qu'il ne parle pas d'industrie mais de culture... Qu'ils parlent de quelque chose d'immatériel qui devrait -normalement- plus interroger la passion que le business plan.
A ce moment là, peu importe finalement que des études prouvent que les téléchargeurs sont souvent les plus gros acheteurs. Peu importe l'idée que c'est l'affadissement de la qualité des contenus qui ont fait de ceux-ci non plus des objets indispensables, mais du tout-venant kleenex. Peu importe si désormais le contenu sert à promouvoir l'image du contenant alors qu'on demande au gens de payer pour le contenu. Peu importe si l'absence de qualité n'est jamais interrogée quand il s'agit de crise du disque puisqu'on le dit bien fort :si tout part à veau-l'eau, ma pauvre Lucette, c'est à cause de ce cochon de client qui ne veut pas payer l'oeuf mimosa au prix de la truffade.
C'est donc à cause du piratage qu'il y a des licenciements dans le monde de l'industrie de la création.
Ce n'est pas à cause de la frilosité, de la course au profit, de la constante fusion, du profit à court terme, de la courte vue, de la multiplicité des projets qui se ressemblent tous et n'ont ni saveur ni humanité, sont d'une pauvreté musicale, sémantique et créative absolue. Ce n'est pas non plus à cause de l'horreur économique qui fait que désormais il ne faut plus rien faire qui pourrait déplaire aux pourceaux d'actionnaires propulsés directeur artistique de la casse systématique de tout ce qui pourrait être un peu audacieux et même un peu créatif. C'est bien connu, ce n'est jamais à cause de ces gens là que l'ont licencie...
Non, c'est à cause de la main invisible et nécessairement malfaisante de l'internaute inconscient qu'il convient de persécuter plutôt que de l'accompagner et de lui offrir du contenu qu'il aurait envie d'acheter. Mais au lieu de ça, l'homme qui rit dans les cimetières et sa clique préfère financer l'industrie en créant une carte-jeune plutôt que de subventionner les créateurs. On y verra comme un résumé de Politique Générale, soutenu comme toujours par des "spécialistes" et des "consultants" qui pensent comme les chats dans leur caisse : là où on leur dit de faire...

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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