Dans quelques années, impossible de savoir si quelque historien se penchera sur nos trésors d'image, si tant est qu'elles soient encore exploitable ou qu'elles présentent un intérêt. Parmi celles-ci, Cannes aura sans doute une place de choix. Miroir des vanités et de l'alibi culturel, la lente déliquescence de l'évènement d'un temps fort de la cinéphilie au temple de la poudre de perlimpinpin pour actrices fades et fatiguées sera sans doute sujet d'étude. En attendant, dans nos gazettes, il reste le seul moment où l'on parle des peoples en feignant de parler art, en continuant un sempiternel buzz censé apitoyer ou émoustiller le chaland de passage.
Il en est ainsi de Staff Benda Bilili, le groupe congolais qui délivre une musique urbaine électrifiée forte de diverses influences, du funk au ska en passant par l'éternelle rumba congolaise. Peu importe que leur album, "très très fort", dont nous avions parlé en ces pages en mars 2009 soit un disque qui ait franchi bien des frontières et que le groupe soit reconnu un peu partout ; puisqu'aucun grand média n'en avait parlé et que pour la plupart la musique africaine se résume à deux trois triturations insipides de Manu Chao et à des disques en coma profond de chez Real World.
Non, ce qui compte, parce que c'est ce qui fait vendre du papier ou du temps de cerveau disponible, c'est que les staff benda bilili soient handicapés. Ca c'est vendeur. Peu importe que ce qui fasse le son du groupe, c'est d'abord le coup de génie électrique d'un jeune valide. Peu importe que le documentaire soit réussi. Peu importe que l'album soit très bon. Peu importe que ce groupe représente une certaine forme d'abandon total des plus démunis dans un pays aux ressources riches pillé par les colonialistes de tous temps.
Non, coco, ce qui compte, c'est qu'ils soient handicapés, ça fait tellement valeureux et si tellement couleur locale... Pour s'en convaincre, voir le reportage de France 3.
Comme si la musique Africaine, pour avoir le droit de citer ne devait être que corps souffrant, mais jamais musiciens accompli, comme si pour exister elle devait être soit "fusion" soit avoir une histoire hors du commun. Mais jamais juste une musique de musiciens faite pour ceux qui aiment la musique. Encore une fois, le groupe est excellent et le documentaire n'est ici pas en cause, les deux réalisateurs ayant tout fait, tout à fait honnêtement et avec conviction pour que cet excellent groupe ait la notoriété qu'il mérite.
Depuis des mois, la politique migratoire de la France a fait annuler des tas de concerts faute de visas pour les musiciens africains, ne permettant pas à la fois de découvrir l'expression ni de permettre de vrais échanges de musiciens à musiciens à égalité, comme ce que l'on a pu voir récemment entre Vincent Ségal et Ballake Cissoko ou encore les amis d'Archimusic. Ça bien sur, ça ne fait pas pas la une des gazettes. La musique africaine n'intéresse les médias que lorsqu'elle est exotique. Pas quand elle est juste de la musique. Et c'est d'abord cela, abstraction faite bien sur de la fermeture des frontières à l'autre, qui est tout bonnement insupportable.

Et une photo qui n'a strictement rien à voir...

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